Un colloque lui est consacré depuis hier

flagdz.jpgDe nombreux intervenants ont soulevé “le besoin” de la communauté d’une “grande politique algérienne” pour lui permettre de “participer au développement de ce pays”.

“Je suis scandalisé qu’un Chef du gouvernement vienne dans la salle pour applaudir et repartir. Il n’a même pas daigné faire un discours ni souhaiter au moins la bienvenue aux Algériens vivant à l’étranger. Si on veut être respecté par l’émigration, il faut commencer d’abord par la respecter”.

Cet avis a été exprimé hier, à la Résidence El-Mithaq (Alger), par Abdellah Zekri, président de la Fédération de la Grande-Mosquée de Paris et membre du Conseil français du culte musulman (CFCM). Loin de heurter les autres participants, cette opinion exposée publiquement en marge du colloque consacré à la communauté algérienne vivant à l’étranger a été partagée, au point de délier les langues.

Pour bon nombre d’entre eux, “le mépris” affiché par Abdelaziz Belkhadem leur fait penser le “mépris arboré devant les émeutes qui secouent Berriane (Ghardaïa, ndlr) et d’autres régions d’Algérie, devant les protestations syndicales et le désespoir des jeunes harragas”. Et, même si l’initiative de la Commission des affaires étrangères, de la coopération et de l’émigration (CAECE) de l’Assemblée nationale populaire (APN) a beaucoup été appréciée par les participants, ces derniers sont restés, pour la plupart, critiques par rapport à l’organisation de cette rencontre de deux jours et aux suites qui seront données aux conclusions (et recommandations). “Dans la configuration de la salle, nous émigrants, sommes placés les derniers comme les invités, après les membres du gouvernement et du Parlement”, a soutenu Youcef Bendada, un économiste installé au Canada. Celui-ci a déploré le retard enregistré par le ministère des Affaires étrangères en matière de communication, plaidant ainsi pour “la révision de la stratégie de communication”, notamment des ambassades, car “ce sont elles qui représentent l’État algérien”.

Un autre économiste, Bouzid Sennane, également responsable de l’organisation ID Méditerranée, a soulevé “le besoin” de la communauté algérienne vivant à l’étranger d’une “grande politique algérienne” pour lui permettre de “participer au développement de ce pays”. “L’Algérie doit porter un regard attentif et responsable sur les conditions de vie de l’émigration, en particulier des jeunes générations”, a déclaré notre interlocuteur, non sans regretter “le peu de temps de parole” en comparaison avec “les discours” et les “interventions académiques”.

Au cours de la première journée du colloque, des participants ont fait part de “la culture du mépris” et de “la médiocratie” entretenues par l’État, alors que les émigrés ne sont plus dans la logique du “mythe du retour” au pays d’origine. D’aucuns ont relevé “les interférences du politique” dans le pays d’origine et les pays d’accueil, en particulier les pays européens. D’autres, en revanche, se sont élevés contre “les statistiques biaisées”, qui seraient loin de refléter la réalité de la communauté algérienne établie à l’étranger. “Le pouvoir actuel n’a pas intérêt à ce que la communauté algérienne résidant à l’étranger s’organise, de crainte qu’elle devienne un contrepoids”, a affirmé un jeune entrepreneur. Selon lui, les compétences existent, mais elles ne sont ni “parrainées” ni “encadrées” et ne peuvent de ce fait constituer “un groupe de pression”, pas même dans les pays d’accueil. Parmi les grands mécontents de la rencontre d’hier, Abdelghani Bessaha, président de l’Association algéro-américaine du Grand Washington. “Je suis déçu, je pensais qu’il y aurait dialogue. Or, je ne vois pas la définition du cadre : il n’y a aucune discussion sur le concret, ce que les autorités algériennes attendent de la communauté émigrée, le rôle que chacun doit assumer et même le rôle de l’État lui-même”, a-t-il révélé en promettant de boycotter la journée d’aujourd’hui. Mais, contrairement à M. Bessala, les autres, tous les autres attendent à ce que le colloque soit “suivi d’effet et éclairé par les points de vue des experts et spécialistes”.

H. Ameyar