Communiqué de la Fédération Régionale de la Grande Mosquée de Paris-Grand Est
présidée par Kamel Chibout
En 2003, Monseigneur Doré, ex-Archevêque de Strasbourg, publiait une lettre publique appelant les cultes reconnus qui composent le concordat d’Alsace-Moselle, ainsi que l’opinion politique et publique, à accepter l’islam dans le statut concordataire, ce qui revient à reconnaitre l’islam comme étant l’égal, sur le plan du traitement juridique, aux autres cultes reconnus. Mais pour que l’islam intègre ce concordat, il est indispensable que les autres cultes (protestant, catholique et israélite) l’acceptent à l’unanimité. Ce qui n’est pas le cas.
Si dans la pratique, certains politiques tentent d’endormir les responsables musulmans en leur martelant que l’islam est reconnu dans la pratique à l’instar des autres cultes, les observateurs avertis ,eux, savent que c’est totalement faux et qu’il s’agit d’une belle supercherie. Juridiquement parlant, c’est faux : le culte musulman ne bénéficie aucunement des lois favorables aux autres cultes reconnus. En Alsace comme en Moselle, il est interdit aux collectivités publiques de financer des cultes non reconnus, comme c’est le cas de l’islam. Malgré tout, d’aucuns essaient de faire croire le contraire.
Ce mercredi 7 octobre 2009 devait être un jour historique pour le maire de Strasbourg, ainsi que pour la mosquée de l’Impasse-de-mai (affiliée au rassemblement des musulmans de France, le RMF) qui représente presque à elle seule le conseil régional du culte musulman d’ Alsace (CRCM). Un coup de communication politico-religieuse de la part du tandem Ries/CRCM Alsace se préparait depuis quelques mois : il s’agissait d’annoncer, avec fracas, le premier cimetière public musulman de France qui sera situé à Strasbourg, capitale de l’Europe. Au-delà des entraves à la laïcité (qui au passage ne s’applique ni en Alsace ni en Moselle) et au droit local d’Alsace-Moselle, l’effet d’annonce tant attendu et par Roland Ries et ses militants « socialistes » du CRCM a été un flop !
Rappelons que le projet de créer un cimetière musulman en Alsace n’est pas récent : Abdelhaq Nabaoui, premier président du CRCM Alsace de 2003 à 2005, avait travaillé longuement et sérieusement sur le projet. Son successeur à la tête du CRCM Alsace de 2005 à 2008, Benabdellah Soufari, finalisa le dossier, déjà bien avancé, en intégrant un chapitre relatif à l’autofinancement du projet par l’intégration économique des pompes funèbres musulmanes locales. Depuis l’arrivée de Driss Ayachour (RMF), actuel président du CRCM Alsace, la donne a quelque peu changé.
Il faut en effet savoir que les fédérations musulmanes d’Alsace ont été complètement écartées de ce projet de cimetière, projet récupéré honteusement et exploité cyniquement par les sympathisants de Roland Ries à des fins relevant purement de l’algèbre politique et médiatique. Ni la Fédération de la Grande Mosquée de Paris (GMP), ni l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), ni la fédération des rapatriés des français-musulmans la plus ancienne d’Alsace, ni même les Milli Gorüs (première fédération musulmane turque d’Europe) n’ont été consultés. Toutes les tractations avec Roland Ries au sujet de ce futur cimetière « musulman » ont été secrètes.
Le RMF voulait l’exclusivité de cet « évènement », qui fait partie des prémisses de l’entrée de l’islam dans le Concordat, à tel point que Mohamed Moussaoui a attendu la veille de la signature de la convention à Strasbourg, pour informer les membres du bureau exécutif du CFCM de cette soirée historique strasbourgeoise et surtout française. D’ailleurs, cet oubli volontaire d’avertir d’un tel évènement explique le remue-ménage actuel au CFCM. D’habitude ce type d’information est naturellement traité en début de réunion et non à la fin, pendant la séquence « divers » quand tout le monde est parti. Cet évènement devait absolument être une initiative exclusive pour satisfaire les exigences royales du Makhzen, voulant à tout prix contrebalancer le poids de la grande mosquée de Paris en France en développant des projets musulmans (grande mosquée de Strasbourg, faculté de théologie islamique, instituts de formations des imams, cimetières) à Strasbourg, capitale de l’Europe. La prochaine étape consistera à faire de l’intégration de l’islam dans le Concordat d’Alsace-Moselle un évènement porté par les seuls royalistes musulmans de Strasbourg.
Malheureusement, Roland Ries a pris un grand risque en acceptant de donner l’exclusivité à une seule association strasbourgeoise pour un projet aussi important concernant toute une communauté, qui plus est multiple. Roland Ries a fait une erreur politique en tenant à l’écart les représentants officiels et diplomatiques des pays musulmans concernés par cette problématique des rapatriements des corps vers le pays d’origine, tels que l’Algérie ou la Tunisie.
Quand aux responsables du CRCM Alsace, qui sont aussi les porteurs du projet de la grande mosquée de Strasbourg - projet inachevé depuis 12 ans, projet dont le budget comme les subventions publiques ont été multipliées par 2 -, ils tentent désespérément de créer l’illusion d’une représentation qu’ils incarneraient à eux seuls. Que ces derniers commencent par rendre des comptes aux fidèles sur leur incompétence à mener correctement un projet à bout, et à rendre des comptes en rendant public le dossier financier du projet de la mosquée de Strasbourg, avant de se prétendre d’une quelconque représentation autre que celle des intérêts partagés entre la municipalité de Strasbourg et le palais royal de Mohamed VI. Pensez vous qu’il suffit d’inviter une partie du conseil municipal de Strasbourg ainsi que le grand rabbin, de nationalité marocaine, de la ville au Maroc pour arriver à vos tristes fins ?
Monsieur Moussaoui, pensiez-vous un jour faire de la politique aussi maladroitement ? Vous qui avez zappé volontairement votre propre bureau pour vous rendre en catimini à Strasbourg pour la signature d’un hold-up historique.
La fédération de la grande mosquée de paris-Grand Est, qui représente 53 mosquées implantées dans 4 régions et 14 départements, regrette ce mépris politique affiché clairement à destination d’une population très importante et la plus ancienne de la communauté musulmane en Alsace. On ne mène pas de la sorte un projet aussi important en secret avec une seule association musulmane, c’est une erreur politique car en inadéquation avec l’éthique de la concertation.
Kamel Chibout,
Président de la Fédération Régionale de la Grande Mosquée de Paris – Grand Est
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