Jeudi 2 juin 2011, plus de 2000 musulmans ont participé, au Grand Palais de Lille, au premier rassemblement européen de la fédération nationale de la grande mosquée de Paris. Un rassemblement qui se voulait historique et sans histoire, mais c’était sans compter sur les interventions épicées et musclées des fédérations régionales du sud-ouest et du grand est de la grande mosquée de Paris.

Alors que se tiennent, aujourd’hui dimanche, les élections au Conseil français du Culte Musulman (CFCM), auxquelles la Grande mosquée de Paris et l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) refusent de participer contestant leur représentativité, en raison du système de scrutin qui favorise les divisions entre les différentes fédérations qui le composent.

Nous vous livrons intégralement l’intervention fracassante du président de la fédération GMP du grand est de la France, qui a retenue toute l’attention du public présent dans la salle Vauban de Lille.


Rassemblement européen de la Fédération de la Grande Mosquée de Paris

Monsieur le secrétaire national de la communauté algérienne établie à l’Etranger

Monsieur le président de la Fédération Nationale de la Grande Mosquée de Paris,

Messieurs les secrétaires nationaux et présidents régionaux de la FN-GMP,

Mesdames messieurs les élus de la République

Mes chères sœurs, mes chers frères,

Chers amis, noble assistance

Al Hamdulilah,

Que la Paix soit sur vous,

Dans un premier temps j’aimerais saluer les efforts et l’immense travail qui ont été réalisés, particulièrement par notre frère Abdelkader Assouedj, président de la fédération régionale du Nord, qui nous a honoré car il à œuvré sincèrement à nous réunir. Nous le remercions, ainsi que toute son équipe.

Nous sommes réunis aujourd’hui pour donner forme à une volonté de modifier fondamentalement nos méthodes, nos approches quant à la gestion du culte musulman en Europe, et plus particulièrement en France.

Le rayonnement de la Grande Mosquée de Paris à décliné nettement au cours de la dernière décennie, cela démontre simplement que le paysage islamique de France (PIF) s’est modifié, s’est construit au détriment des valeurs que véhicule cette institution, qui touchent particulièrement, historiquement, les français d’origine algérienne. Sociologiquement, l’histoire de l’immigration, la mémoire collective de cette population, sont intiment liées à l’histoire de l’islam en France, que certains politiques, anciens ministres, ont tenté de déformer en s’ingérant activement dans les organes représentatifs des musulmans de France.

L’exemple parfait est bien sûr la fabrication bâclée du Conseil Français du Culte Musulman, organe dont le système de scrutin est une aberration, une iniquité que nous avons dénoncée depuis sa création en 2003, ce conseil prône un mode de représentation indexé sur la surface des lieux de culte. Un système pervers, que très peu de politiques ont dénoncé malheureusement. Ce système de scrutin dont l’actuel président du CFCM, avait promis la réforme en 2008, favorise les plaies suivantes :

– La coupure de la base avec un sommet représentatif

– L’émergence artificielle au niveau national de fédérations qui sont minoritaires sur le terrain

– Une course effrénée à la construction de la plus grande mosquée possible pour gratter du mètre carré

– De favoriser la propriété privée des projets de construction de lieux de culte

– De diviser les musulmans de France en favorisant, en exacerbant les nationalismes maladifs d’origine d’une majorité d’entre eux.

Les conseillers de Nicolas Sarkozy, vrai père fondateur du CFCM, n’ont pas omis d’injecter dans les fondements conceptuels de cette institution de seconde zone, un poison efficace qui permet d’attiser et de prolonger des conflits entre les différentes fédérations membres du CFCM : un esprit malsain s’est installé, cela compromet certainement nos capacités à l’union, pourtant indispensables.

A 3 jours de la mascarade des élections du CFCM, nous savourons notre joie d’avoir évité de cautionner une fois encore l’absurdité de cet organe non-représentatif et politique, qui profite certainement plus à ses architectes qu’à ses occupants.

L’islam de France n’a nul besoin d’être centralisé, avec comme organe national un CFCM. Il faut respecter la variété des courants existants en France dans un esprit de « SHURA », de consensus et d’entre-connaissance. Par exemple, il n’est pas normal que la fédération turque des Milli Görus, la plus importante en Europe et très bien implantée dans tout l’Est de la France, ne soit pas représentée au sein de ce CFCM, devenu aujourd’hui le RMF.

Une gestion fédérale, régionale du culte musulman, serait pourtant aisément envisageable. Les fédérations musulmanes de France doivent acquérir le sens de l’indépendance tout en favorisant la coopération sur les sujets nombreux qui touchent les musulmans de France.

En résumé, non à un CFCM non-représentatif, oui à des fédérations fortes, indépendantes et solidaires.

Notre fédération de la Grande Mosquée de Paris, ne doit pas non plus se cacher de ses tares, de ses dysfonctionnements et de ses difficultés. Sur le plan organique par exemple, la viabilité de nos huit fédérations régionales sera préservée si certaines conditions sont réunies :

A savoir :

– Une transparence et une indépendance de gestion, avec un vrai apport de moyens dignes des objectifs que nous nous sommes fixés dans notre feuille de route oubliée.

– Le respect de la laïcité en France, en tant que droit, avec une non-ingérence de pouvoir dans le fonctionnement des fédérations régionales

– La décentralisation au niveau des régions du domaine du halal et du pèlerinage, domaines qui ne doivent plus être réservés car porteur de potentiels d’autofinancement.

Reconsidérer le poids des régions au niveau structurel revient à promouvoir les liens entre la base des sympathisants et le sommet des responsables de la FN-GMP.

Malheureusement, aujourd’hui nous sommes loin de ces schémas organisationnels car fragilisés par certains comportements humains néfastes concernant la gestion de l’exécutif de la Fédération Nationale de la Grande Mosquée de Paris. Seule la compétence et l’éthique du dévouement sincère devraient normalement primer dans le rôle des responsables de cette Institution historique dont les symboles dépassent heureusement l’ignominie de certains agissements.

Les responsables de régions doivent être respectés dans leurs statuts et leurs rôles qui touchent à la gestion du culte musulman en France, la Laïcité, en tant que droit, doit être respectée aussi et ainsi éviter l’ingérence du corps consulaire dans les affaires du culte.

Cela aidera aussi à chasser l’idée entretenue dans les masses populaires d’un islam des consulats. Si des fédérations régionales ont été crées c’est aussi dans la perspective d’éviter ce genre de confusion dans ces domaines de compétences.

Aussi, il serait plus sage que certains responsables comprennent que les méthodes consistant à court-circuiter les champs de compétences des présidents de région, ne relèvent pas d’une pratique digne qui rehausse l’honneur de la Grande Mosquée de Paris.

Il est également de la plus haute importance, après 6 années d’existence de notre Fédération Nationale, que cette dernière daigne à ouvrir ses portes aux compétences, aux jeunes et aux femmes. De nombreux gaspillages financiers sont à l’actif des gestionnaires à cause justement de la négligence de ces jeunes compétences, souvent dévouées.

Il est évident que des retards, des pertes importantes de la fédération nationale sont directement imputables à une mauvaise gestion financière. Par exemple, des milliers d’euros ont été dilapidés dans des outils de communication inefficaces, non rentables. Alors que nos tares en matière de communication sont immenses. Où était la Grande Mosquée de Paris en matière de communication pendant les périodes de l’actualité qui relatent quotidiennement le mal être des musulmans de France, leur stigmatisation, le mépris de leur droits élémentaires humains et de leur honneur ?

Nous n’avons pas pu nous préserver des scandales liés au halal de la Grande Mosquée de Paris. L’affaire des saucisses « Herta » a sonné une alarme que l’on se doit de prendre en considération faute de crédibilité. Il faut songer à un aggiornamento des référentiels actuels, du système de contrôle du halal au niveau de la GMP. Cela est inexorable pour la survie de notre label.

Nous ne sommes pas en reste concernant le marché du pèlerinage. Que ce soit au niveau de la commission du pèlerinage du CFCM ou au niveau de la GMP, ce domaine est négligé faute de compétence manifeste. Les arnaques continuent, le quota hajj pour la communauté algérienne est à son plus bas niveau alors que nous devrions avoir le quota le plus important, sachant que ce dernier est réparti en fonction du nombre de binationaux franco-algériens vivant en France.

Cela démontre encore, que les responsables du pèlerinage au sein de la GMP n’ont pas agit jusqu’à présent, nous espérons que cela change, pour défendre comme il se doit notre droit à l’obtention d’un quota de visa hajj suffisant pour la communauté musulmane algérienne établie en France. Pourtant, il existe des structures spécialisées et très expérimentées, à l’instar de l’association France Hajj par exemple , qui ne demandait qu’à travailler en collaboration autour de ces problématiques liées au domaine de l’organisation du hajj. Voilà de quelles manières nous voyons des compétences fuir face à des esprits bien renfermés et improductifs.

Bien heureusement qu’au niveau des régions, des réflexions, des actions se concrétisent pour atténuer le sombre décor renvoyé par le haut de la pyramide.

Les régions attendent de vraies réformes, un état d’esprit nouveau, des méthodes et des compétences revues et tendant au mieux vers l’efficacité qui nous fait tant défaut.

Je vous remercie,

Kamel CHIBOUT, président de la Fédération régionale de la GMP-Est