Les islamistes égyptiens ont déjà  40% au premier tour et se dirigent vers une majorité absolue au second tour. Contrairement aux pronostics des « espérants »,  l’Islam politique est vivant et se porte bien malgré la répression et la diabolisation.

Le PLJ issu des Frères Musulmans est suivi par  le parti Al-Nour (salafiste).

Les éradiqués d’hier deviennent la force incontournable de demain si et seulement si la majorité parlementaire islamique ne se fait pas voler son résultat par l’armée et forme le prochain gouvernement du pays sans que des blocages ne se mettent pour récuser les ministres et les cadres par les services de sécurité ou des opérations de mensonge médiatiques ne viennent discréditer les choix des prétendants à la gouvernance.

Dans l’immédiat la confrontation entre une partie de la population réclamant le retrait de l’armée de la tutelle politique et une partie de la population demandant le maintien de l’armée peut être un détonateur qui remet le scénario algérien de 92 d’actualité. Ce serait catastrophique pour la révolution égyptienne d’une manière générale et pour les mouvements islamiques d’une manière particulière de se retrouver retranchés dans un camp en faveur de l’armée face aux contestataires de l’armée. Tout est prétexte à mettre le feu au poudre. Les urnes ne sont pas la démocratie mais une forme d’expression qui ne garantit ni la démocratie ni le respect des résultats.

La haine des coptes et des laïcs pour l’Islam, minorité démographique mais force économique, médiatique et avec des attaches occidentales ne doivent pas donner aux vainqueurs l’ignorance des alliances avec les minorités pour leur donner des voix et ne pas les laisser des jouets entre les mains de l’impérialisme ou de la contre révolution. Le pire scénario est que la pression interne pousse les Frères Musulmans à accepter la tutelle américaine et les Salafistes la tutelle saoudienne. La solution doit rester égyptienne. La sagesse doit conduire à sortir du face à face entre des partis du peuple sur des faux clivages. Le clivage fondamental aujourd’hui est sur la souveraineté nationale ou l’ingérence étrangère, le statut quo ou l’Islah global et radical des institutions et des pratiques, le primat du politique ou le primat de l’armée sur la vie politique.

Les Frères Musulmans peuvent éviter la confrontation en allant sur un terrain intermédiaire : Demander avec force et sans revenir aux compromis d’appareils de leurs anciens chefs une élection présidentielle  et des élections territoriales et décentralisées plus rapprochées tout en pesant dans la vie sociale pour l’émergence de syndicats nouveaux organisés.

Par ailleurs le système démocratique mis en place dans le monde arabe ne repose toujours pas sur un Ijtihad qui donne à la choura islamique sa place et sa vocation distinctive. Dans le mimétisme de la démocratie occidentale, une vérité doit être dite : L’armée dans des pays comme l’Egypte ou l’Algérie s’est  inscrite dans l’histoire, la politique et la sociologie comme une colonne vertébrale. Pour éviter des confrontations inutiles il faut savoir pour la nouvelle démocratie débutante accorder à l’armée une présence qui par contre ne doit pas constituer une minorité de blocage. L’enracinement du « sentiment  démocratique » ,  les garanties des libertés publiques, les résultats tangibles au profit du peuple  et l’évolution vers la Choura islamique remettront en cause l’existence de l’armée comme privilège démocratique puis remettront en cause son statut d’institution pour en faire une structure sous la supervision de l’institution de l’exécutif et le contrôle de l’institution de la Justice. Le réalisme ne signifie pas le pragmatisme qui accepte le fait accompli mais la vision et l’inscription d’un processus qui tient compte du réel et inscrit  la résolution de ses équations dans une dynamique globale.

Omar MAZRI, auteur – écrivain