Près de la moitié des étudiants algériens, inscrits en tronc commun échouent aux examens et se voient obligés de refaire leurs années. C'est ce que nous a révélé M. Abdelmalek Rahmani, coordonateur et porte-parole du Conseil national des enseignants du supérieur (CNES), qui nous a assuré, dans un  entretien téléphonique, que ceux-ci dépassent de loin les 45% pour frôler la sinistre barre des 50%.

Cet enseignant impute cet échec à deux facteurs aussi déterminants l'un que l'autre. Il s'agit, en premier, de "la maitrise de la langue" de l'enseignement, qui fait " vraiment " défaut. En effet, après un enseignement général en arabe, beaucoup d'étudiants, pour nombre de filières, se trouvent à poursuivre leurs études universitaires en français, ce qui diminuera remarquablement de leur rendement. Comme deuxième cause de cet échec, M. Rahmani pointera du doigt les performances pédagogiques des enseignants qui ne sont pas, dira-t-il, suffisamment outillés pour mener à bien leur mission de "construire le savoir". "Les enseignants sont recrutés comme des diplômés et non pas comme des pédagogues", dira-t-il. Dans cet ordre d'idées le porte-parole du CNES plaide pour des cycles de formations en psychopédagogie au profit des enseignants pour qu'ils puissent parfaire, un tant soit peu, leur mission de " tutorat " qui veut que chaque enseignant prenne en charge un nombre d'étudiants jusqu'à sur le plan psychologique. Il dira, à cet effet, que cette nouvelle tâche incombée récemment aux enseignants dans le cadre du système LMD n'" a pas donné grand-chose ", puisque ceux qui sont supposés la mener n'ont pas forcément les connaissances et le savoir nécessaires. 

Un lien étroit entre l'échec et la violence

Les enseignants, ayant pris conscience de la question, organisent d'ailleurs un séminaire demain, le 19 décembre, pour discuter des moyens à mettre en œuvre  pour de meilleurs résultats. Selon M. Rahmani, des demandes officielles seront adressées au ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche scientifique pour leur fournir les "outils nécessaires" pour la besogne. Toujours sur le tutorat, il assure que c'est un " nouveau chapitre " pour l'université algérienne. " Il faut, a-t-il ajouté, voir ailleurs (les pays développés ndlr) : les étudiants sont assistés en permanence par des psychopédagogues ". Le porte-parole du CNES, qui dit que c'est là l'un des résultats de la " massification de l'université algérienne ", a assuré qu'un " lien étroit existe entre cet échec et la violence  dans les milieux universitaires ". D'ailleurs " c'est en période de délibération que des actes de violence sont enregistrés ", assure-t-il et d'ajouter : " se voyant rater l'année, égaré, non assisté sur le plan psychologique, un étudiant n'a devant lui que cette forme d'action qui constitue une forme d'expression, mais  aussi une fuite à son propre échec ".   

Retard : l'administration n'est pas pour rien

Interrogé sur des défaillants, M. Rahmani nous a informés que leur nombre reste insignifiant, assurant que le système LMD offre à l'étudiant la possibilité de " bloquer " une année ou encore de suspendre ses études, ce qu'il qualifiera d'un avantage au profit des étudiants. S'agissant du retard enregistré dans la rentrée universitaire 2011-2012, M. Rahmaini, rappelant que ce n'est pas nouveau dans les annales de l'université algérienne, l'a attribué à trois principales causes. La première est les " retard survenu durant l'année précédente " qui a nécessité un assez long rattrapage. La deuxième est le fait " les enseignants aient observé des débrayages pour demander l'amélioration de leur situation socioprofessionnelle. Enfin, la troisième dont M. Rahmani n'a pas minimisé les effets négatifs est la mauvaise gestion administrative des universités. Selon cet enseignant, ladite administration est allée jusqu'à s'immiscer dans le côté pédagogique de l'enseignement, ce qui n'est pas de son ressort.

Hamid FekhartLes Débats