J'ai répondu à l'idée développée par Obama, Hilary clinton, Qaradhawi et Ghennouchi  présentant la Turquie comme modèle à suivre. Je suis tombé sur un article écrit par Adnan Khan, un Turc, mieux placé, pour analyser le modèle turc, d’évaluer ses qualifications islamiques et de répondre à la question si oui ou non il représente un modèle crédible à suivre pour les révolutions arabes et pour le monde musulman. Il renforce mes présomptions et mes conclusions.

Voici donc quelques extraits sur la réussite du modèle turc et le modèle qu'il veut exporter au monde arabe. Omar Mazri

Le parti Justice et Développement (AKP)

L’essor du modèle turc est en parallèle à la montée de l’AKP et de son leader Recep Tayyip Erdogan. L’AKP mené par Erdogan est arrivé au pouvoir en 2002, après que le gouvernement de Ecevit ait perdu la crédibilité dans la gestion de la crise économique turque de 2001 qui avait causé une grave récession. Ceci provoqua des élections anticipées et, par l’utilisation de slogans islamiques, l’AKP a pu gagné une majorité écrasante.
Auparavant l’établissement de l’AKP, Erdogan et Abdullah Gul étaient des membres du parti Refah. Lorsque la coalition menée par le Refah fut renversée du pouvoir en 1997, Erdogan et Gul quittèrent le parti et formèrent leur propre parti, le parti Justice et Développement (AKP), en 2001. Erdogan suit le même courant de pensée que Turgat Özal, premier ministre turc de 1983 à 1989. Özal prétendait avoir des sentiments islamiques et suivait le mouvement naqshbandi dans le début des années 1990.
Erdogan fut le maire d’Istanbul à partir de 1994. Il fut interdit de fonction et condamné à la prison pour avoir récité le texte " les mosquées sont nos casernes, les minarets nos baïonnettes, les dômes nos casques et les croyants nos soldats " lors de la récitation d’un poème dans une allocution publique dans la province de Siirt en décembre 1997. Après six mois passé en prison, Erdogan établit le parti Justice et Développement le 14 août 2001.

Au pouvoir, Erdogan a mené de nombreuses réformes. Les plus importantes étaient :

Renforcer les liens avec les États-Unis à travers la signature du " Shared Vision Document " (déclaration de vision commune) entre les gouvernements turc et américain. Abdullah Gul et Condoleeza Rice avaient confirmé « La déclaration de vision stratégique confirme le consensus turco-américain pour traduire notre vision commune en des efforts communs à travers une coopération effective et un dialogue structuré ». Cette coopération inclut : Soutien des efforts internationaux pour la résolution permanente du conflit israélo-arabe, comprenant les efforts internationaux à résoudre le conflit israélo-palestinien sur la base de la solution de deux états ; soutien aux efforts diplomatiques sur le programme nucléaire iranien, comprenant l’initiative P5+1 qui veut contribuer à la stabilité, à la démocratie et à la prospérité dans la région de la mer Noire, du Caucase, de l’Asie Centrale et de l’Afghanistan ; améliorer la sécurité énergétique à travers la diversification des routes et des sources tels que la mer Caspienne (et évitant ainsi un acheminement à travers la Russie).

Des réformes comprenant aussi l’accroissement de la présence gouvernementale au sein du Conseil de Sécurité National. Au nom de la démocratisation, le parti Justice et Dévelopement (AKP) a introduit des réformes visant à affaiblir le contrôle du pays par l’armée. L’une des actions initiales d’Erdogan fut de restreindre la juridiction du Conseil de Sécurité National dans l’ingérence du gouvernement. Erdogan a altéré la composition du Conseil afin d’inclure des membres civils. Le Conseil de Sécurité National comprends le Chef d’état-major, certains membres du Conseil des Ministres ainsi que le Président de la République, qui est lui-même Commandant en chef. Comme les autres conseils de sécurité national, son rôle est de développer la politique de sécurité nationale.

L’économie et la politique étrangère ont été les points essentiels de la politique l’AKP.

Depuis que Erdogan est arrivé au pouvoir, il s’est aligné avec les chefs d’entreprises influents et a transformé la Turquie en une économie axée sur l’exportation. Erdogan s’est déplacé en Chine, au Brésil, en Inde, en Russie et sur le continent Africain avec un avion rempli d’hommes d’affaires afin de promouvoir les intérêts commerciaux de la Turquie. La Turquie a aussi poursuivi une politique étrangère basée sur l’idée de ‘zéro’ problème avec ses voisins qui est une différence marquée pour un pays qui a enduré de longues tensions sur ses frontières – avec la Syrie, la Géorgie, l’Arménie, l’Iran et l’Irak et qui avait une économie fermée et statique jusqu’aux années 1980. La Turquie a commencé à libéraliser son économie et, sous Erdogan, a développé agressivement les échanges commerciaux avec l’Asie Centrale et le Moyen-Orient.

L’Europe reste le plus grand marché pour les produits turcs, représentant 50% des exportations du pays. La plupart sont destinés à l’Allemagne, la France et l’Europe de l’Est, où les turcs sont les plus grand fabricants de voitures, de télévisions et d’appareils ménagers. La politique intensive d’exportation d’Erdogan comprends des milliards de dollars pour le commerce pour les sociétés de construction, construisant des universités, des centres commerciaux et des hôtels pour les gouvernements du Moyen-Orient. La Turquie est le plus grand exportateur de ciment et son secteur de la construction est le deuxième après la Chine.

Les politiques les plus visibles de l’AKP ont été dans le domaine de la politique étrangère. Certains ont qualifié ses actions dans la région comme étant du néo-ottomanisme. Au Moyen-Orient, la Turquie continue dans ses essais d’amener les divers parties à la table des négociations avec Israël pour une solution à deux états. La Turquie jour un rôle central afin d’assurer que l’architecture américaine pour l’Irak se réalise en maintenant des contacts avec les divers groupes en Irak. Une grande partie des factions chiites et sunnites se sont rendus en Turquie afin de former le gouvernement irakien. La région semi-autonome du nord de l’Irak a vu plus de 5 milliards de dollars d’investissement provenant de la Turquie. Les entreprise turques sont les plus grands investisseurs dans les hôtels, l’immobilier et le secteur de l’énergie en Irak du Nord. Un analyste a dit « La Turquie a depuis longtemps facilité la stabilité politique en Irak et à partir de maintenant Ankara souhaite jouer un rôle plus important dans le processus politique irakien car le rôle d’Ankara dans la politique irakienne balance l’impact de l’Iran en Irak ».
La Turquie a aussi essayé d’étendre son rôle dans le Caucase où elle rivalise depuis longtemps avec la Russie.

La Turquie sous Erdogan a maintenue de forts liens économiques et militaires avec Israël. La Turquie a été le premier pays musulman a reconnaître Israël en mars 1949. La coopération comprends le fait que la Turquie est le plus grand partenaire commercial d’Israël dans la région et qu’elle est le deuxième plus grand dans le monde, après les États-Unis, pour les trois premiers mois de l’année 2011. La Turquie a exporté 560 millions de dollars de produits vers Israël et a importé près de 400 millions de dollars de biens. Alors que la Turquie a commandé de l’équipement militaire high-tech israélien, elle a exporté des uniformes militaires et des chaussures pour l’armée israélienne. Les liens militaires se sont récemment dégradés avec l’attaque israélienne sur la flottille turque.

Islam

L’Occident a été impressionné par l’AKP qu’ils considèrent comme étant des islamo-conservateurs dirigeant un pays laïque. L’armée turque composée d’ardents laïques accuse Erdogan d’avoir un programme islamique secret qui conduirait l’AKP à finaliser son contrôle total du pays.

En analysant les affirmations que l’AKP représente un modèle de gouvernance islamique, il est nécessaire de baser toute conclusion sur une base islamique et non pas sur ce quoi les laïques occidentaux pensent. Il est clair que l’Islam n’a joué aucun rôle dans aucune politique de l’AKP sauf étant une rhétorique alimentée aux masses. L’économie et la politique étrangère ont été les symboles principaux de la politique de l’AKP, tous deux ont été menés par des facteurs autres que l’Islam.

La croissance économique turque, son développement et ses échanges commerciaux n’ont rien avoir avec l’Islam mais sont le résultat de politiques pragmatiques conçues sur une vision à court-terme afin de consolider le soutien pour l’AKP. Alors qu’il n’y a aucun doute que, sous l’AKP, l’économie turque s’est développée et qu’il y a plus de richesses en Turquie qu’il y en avait une décennie plus tôt, tous cela s’est construit sur la base d’une croissance alimentée par une dette à intérêt, la même qui maintenant étouffe le monde occidental. Erdogan et l’AKP n’ont pas utilisé le commerce international pour propager l’Islam, et ils n’ont pas usé de leurs relations avec les pays tels que la Chine, la Russie, le Brésil ou l’Inde pour propager l’Islam. Afin de consolider le soutien pour l’AKP, Erdogan a développé des politiques économiques afin d’attirer des capitaux en Turquie pour enrichir le grand patronat.

L’Islam n’a virtuellement joué aucun rôle dans la politique étrangère de la Turquie. L’exemple le plus fragrant a été la poursuite des relations turques avec Israël, quelque chose que l’Islam interdit catégoriquement. Allah subhanahou wa ta’alaa dit dans le Qu’ran :

«Allah vous défend seulement de prendre pour alliés ceux qui vous ont combattus pour la religion, chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion. Et ceux qui les prennent pour alliés sont les injustes.» (Traduction du Sens du Quran, 60:9).

Alors que des officiels de l’AKP continuent de référer aux pays voisins comme étant nos frères musulmans et la région comme étant des ex-territoires ottomans, la référence à l’Islam ne va pas plus loin. Depuis son arrivée au pouvoir, l’AKP s’est rapproché énormément des États-Unis, ses relations avec l’Amérique n’ont pas été menées dans le but d’affaiblir la politique d’agression américaine contre la Oumma. En fait, l’AKP a œuvré pour mettre en application la politique mondiale de l’Amérique et a joué un rôle d’agent consentant. La Turquie a joué un rôle central dans les négociations indirects en 2001 entre les factions palestiniennes et Israël afin de trouver une solution aux questions qui conduiront la Oumma à abandonner de large parts de terre au profit des Israéliens.

L’AKP a utilisé l’Islam d’aucune façon dans sa politique étrangère. Au lieu de mobiliser les dirigeants du monde musulman contre Israël (comme l’avait fait avant Salaoudin Al Ayyoubi) ou même d’en finir avec l’occupation de Al Qouds (Jérusalem), quelque chose dont est tout à fait capable la Turquie, Erdogan a poursuivi une série de politiques pragmatiques et les a jonchés de déclarations islamiques.

Les États-Unis mènent un programme mondial contre la Oumma mais cela n’a pas dissuadé l’AKP de se rapprocher des ennemies d’Allah subhanahnou wa ta’ala. Malheureusement l’AKP ont renforcé la mainmise des Kouffars sur l’Irak et la Palestine en choisissant des politiques qui les aident. La Turquie s’est également rangée du coté d’Obama et de l’Otan contre la Syrie et a organisé un rassemblement de groupes d’oppositions pro-occidentaux en Anatolie. La plupart de la rhétorique sur l’Islam ne provient pas de l’AKP mais en fait de ceux qui les opposent et de l’Occident. Lors d’un récent déplacement en Egypte, Erdogan a exprimé son souhait que l’Egypte devienne un pays laïque, il a dit « L’état turc est fondamentalement un Etat de libertés et de laïcité ».

La politique intérieure d’Erdogan a été principalement de réduire la mainmise de l’armée sur les affaires politiques turques plutôt que de créer une société basée sur l’Islam. Les réformes domestiques se sont focalisées sur le changement de la composition et des élections des juges et du personnel militaire. Des propositions similaires ont été faites afin de changer la constitution turque, pas pour que le Qu’ran et la Sounna deviennent les sources de législation, mais pour renforcer le rôle du Président, un poste que convoite Erdogan. Sur le plan intérieur, au lieu de s’unir avec les Kurdes qui sont aussi des musulmans, Erdogan a poursuivi une combinaison d'exercices de normalisation tout en menant des actions militaires. Tuer des musulmans est quelque chose que l’Islam interdit catégoriquement. Dans un hadith rapporté dans Sahih Mouslim (ainsi que dans Bayhaqi et Ahmed) par Abou Hourayra ra, le Prophète salalahou alaihi wa salaam a dit :

« Le pire de l’iniquité est de mépriser son frère musulman. Tout ce qui appartient au musulman est sacré pour le musulman : Son sang, son bien, son honneur ».

Dans un autre hadith rapporté dans les deux Sahihs par ibn Masoud ra, le Prophète salalahou alaihi wa salaam a dit :

« Le sang du musulman est interdit, sauf en trois cas : Le marié qui commet l’adultère, l’auteur d’un homicide volontairement, et le renégat qui délaisse la communauté ».

La fascination occidentale avec le modèle turc

Le modèle turc de gouvernance est en réalité basé sur le nationalisme et il est pragmatique en dépit de la présence de quelques slogans islamiques. Comme l’AKP a réussi à monter la croissance économique, ceci lui a conféré un aura de force ; néanmoins, l’économie a fait de la Turquie soumis à l' ordre économique mondial et il est inévitable que la Turquie entrera en récession avec la chute de l’économie mondiale.

Les louanges pour le modèle turc proviennent essentiellement des capitales occidentales et ceci est parce que l’Occident peut co-exister et s’entendre avec un tel modèle. Toute nation qui construit sa politique sur la laïcité fera que la réalité dictera quelle politique cette nation doit poursuivre. La Turquie sous Erdogan a construit un sens d‘importance en devenant un énième instrument de politique étrangère occidentale. Cette approche pragmatique et non-islamique est ce qui lui fait recevoir des compliments des capitales occidentales.

L’adoption de la laïcité permet à quelqu’un de choisir quelle partie de l’Islam il veut appliquer. Erdogan a essayé d’enlever certains aspects de l’interdiction du hijab en Turquie, mais n’a rien fait sur le fait que le Zina (fornication) est légal, ou sur l’existence du Riba (usure) dans le système bancaire. Tout ces facteurs sont sur quoi l’Occident peut co-exister et travailler avec et, pour ces raisons, l’Occident ne peut s'empêcher de couvrir d’éloges Erdogan. Ce modèle pragmatique dilue en fait l’Islam en le rendant pragmatique, nationaliste et compatible avec des politiques axées sur la poursuite de l’intérêt matériel. En réalité, cela signifie que l’Islam sera toujours modifié en fonction des circonstances au lieu de l’inverse. Tout cela démontre que l’Islam joue pratiquement aucun rôle pour l’AKP ; plutôt, les intérêts turcs sont ceux qui motivent l’AKP et cela inclue très largement satisfaire les intérêts américains.

Conclusions

La Turquie ne représente pas un modèle de gouvernance pour les musulmans. Il s’agit en fait d’un modèle laïque et motivé par des intérêts nationalistes tout comme pour les pays occidentaux. La Turquie devrait regarder sa propre histoire dans laquelle elle remarquera que c’est l’Islam, et l’Islam seulement, qu’il l’a transformé en une puissance mondiale. En examinant son histoire, elle remarquera que le système islamique de gouvernance est en fait le Khilafah que les Ottomans ont appliqués et propagés avec succès. Même durant l’ère de déclin, lorsque les Ottomans ont acceptés des lois d’en dehors de l’Islam, ils l’ont fait parce qu’ils croyaient que l’Islam leurs permettaient de faire une telle chose. L’Islam est resté leur référence idéologique jusqu’en 1924 bien que leur compréhension de l’Islam s’était visiblement affaiblie et finit par devenir confus.

Le monde musulman n’a pas besoin d’un autre état laïque capitaliste qui comporte quelque lois islamiques mais qui reste pour sa grande partie laïque. Ceci est parce que les états laïques ont un certain nombre de problèmes commun à eux tous, tel que la répartition injuste des richesses, la corruption politique et la désintégration sociale. La Turquie et le monde islamique ont besoin du système du Khilafah qui leurs apportera une nouvelle vision. Le monde n’a pas besoin d’un énième état pragmatique mais le monde a besoin d’un état idéologique avec de nouveaux principes pour gouverner la société, des principes qui sont en phase avec les croyances et les valeurs du peuple et qui a déjà fait ses preuves.

Adnan Khan

Source : http://islamideologique.blogspot.com/2011/11/decryptage-du-modele-turque.html

Article original en anglais : http://www.khilafah.com/index.php/concepts/political-concepts/12934-deciphering-turkeys-model-of-government