Mourad DhinaMourad Dhina, RACHAD et Damma fil Oued

Je reçois des messages me faisant le reproche de rester silencieux comme un marbre tombal devant l’arrestation de Mourad Dhina, un des fondateurs du mouvement RACHAD. Je réponds ni pour polémiquer ni pour me justifier mais pour faire acte pédagogique aux uns et dire faqou aux autres. Je suis dans le double embarras : garder le silence ou le rompre, et dans les deux cas c’est douloureux et équivoque aussi bien pour moi que pour les autres.

1 – Je reste un homme libre et responsable : même dans les situations difficiles ma position est pédagogique, elle consiste à dire et à faire comprendre que notre vocation n’est pas de réagir comme on veut nous voir réagir, mais de parler ou d’agir selon notre propre lecture, notre propre agenda. C’est un moment de liberté que de s’arracher à l’émotionnel et à la stratégie des autres. C’est un moment de responsabilité  religieuse que ménager de ses forces quand on a l’intime conviction que la guerre qui est livrée contre l’Islam est une guerre longue, impitoyable,  méthodique dans un rapport de force et d’intelligence en notre défaveur car :

  • Nous manquons de perspicacité, d’unité des rangs et de cadre d’orientation idéologique pour distinguer l’essentiel du secondaire,
  • Nous sommes en position de Ghouraba portant l'Islam comme une braise ardente sans soutien ni courroie de transmission pour mobiliser des masses musulmanes réduites à consommer, à assister impuissantes et à entretenir le sensationnel face à une hégémonie culturelle, médiatique, idéologique qui impose ses référents de valeurs et ses grilles de lecture. Tant que nous ne parvenons pas à faire du champ idéologique le champ de confrontation ou de débat ou de fécondation des idées nous resterons démunis.
  • Car la guerre menée contre l’Islam ne fait pas de distinction entre celui qui affiche son pacifisme de celui qui déclare son hostilité. L’Islam est perçu comme antinomique avec le nouvel ordre mondial et il ne sera jamais toléré alors que ses adèptes sont faibles, éparpillées, sans moyens ni stratégie. Si l’Islam n’est pas toléré, les « islamistes » peuvent être tolérés s’ils tolèrent en échange les dix commandements de l’empire et se mettent à leur service.

2 – Le Coran est notre école religieuse, idéologique et méthodologique.Dans le camp des justes, des véridiques et des disciples des Prophètes il y a les forts et les faibles qui font face à l’adversité avec leurs moyens :

  • Les forts disposant de moyens résistent et endurent selon la loi coranique qui distinguent le véridique du fallacieux : {Ou bien pensiez-vous entrer au Paradis sans avoir été éprouvés comme ceux qui disparurent avant vous ? Ils ont été atteints par le malheur et l’adversité, et furent ébranlés jusqu’à ce que le Messager dit, et ceux qui sont devenus  croyants avec lui : « A quand la victoire d’Allah ? » Or, la victoire d’Allah est sûrement proche.} (Al Baqara 214). Les forts sont frappés par les épreuves pour les préparer à assumer les tâches plus difficiles de l’édification après la résistance : {Quand ils fondirent sur vous du côté du levant et du côté du ponant, lorsque les regards s’égarèrent, et que l’émotion battait son plein, et que vous supposiez des suppositions contre Allah. Là-bas les croyants ont été éprouvés, et ont été tous rudement ébranlés. Et lorsque les hypocrites et ceux qui ont une malveillance aux cœurs disent : « Allah ne nous A Promis qu’un égarement, ainsi que Son Messager ». Et lorsqu’une partie d’entre eux dit : « O habitants de Yatrib, vous ne pouvez rester, retirez-vous donc » et qu’un groupe d’entre eux demanda dispense du Prophète. Ils disent : « Nos maisons sont sans défense » et elles n’étaient pas sans défense : ils ne voulaient que la fuite. Et si l’on fondait sur eux de toute part, ensuite on leur demandait d’abjurer, ils l’auraient commise et n’auraient hésité que peu de temps. Et auparavant, ils avaient, en fait, conclu un pacte avec Allah, qu’ils ne s’écarteraient point en tournant le dos. L’engagement d’Allah est une responsabilité.} (Al Ahzab 11).
  • Les plus faibles et ceux ne disposant d’aucun moyen de lutte ou de résistance sont frappés de pudeur car leur dignité est malmenée. Ces croyants ne sont pas dans l’agitation fébrile et inutile mais dans la consternation qui rend muet et qui fait couler les larmes : {Nulle faute n’incombe aux faibles, ni aux malades ni à ceux qui ne trouvent de quoi dépenser, s’ils donnent conseils pour l’amour d’Allah et de Son Messager. Aucun blâme n’incombe à ceux qui font le meilleur. Allah Est Pardonneur, Miséricordieux. Ni pour ceux qui, quand ils vinrent te demander montures, tu dis : « Je n’ai de montures à vous donner », et ils s’écartèrent les yeux débordants de larmes, par affliction, de n’avoir pas de quoi dépenser. Le blâme n’incombe qu’à ceux qui te demandèrent dispense alors qu’ils sont riches. Ils se contentèrent d’être avec les défaillants et Allah A Scellé leurs cœurs, c’est pourquoi ils ne savent point.} (At Tawbah 91)

Les uns et les autres ne sont ni dans l’improvisation ni dans la dispersion mais dans une évaluation correcte et juste des enjeux, des moyens. Est-ce que la situation a été correctement évaluée en organisant une manifestation à Paris ? Est-ce que la situation est correctement évaluée en focalisant les problèmes de l’Algérie sur l’annulation des élections en janvier 1992 alors qu’elles ne sont qu’un moment paroxystique de la tragédie algérienne ? Est-ce que Paris est l’endroit le plus pertinent pour organiser une manifestation quand on sait que Paris, Washington et Ryad sont les artisans de l’arrêt du processus électoral en Algérie et dans lequel les Algériens tous, à quelque titre que ce soit, ont joué le rôle de comparse, de bouc émissaire, de victimes, d’incitateur…

3 – Dans cette position de faiblesse, faire de la politique, consiste à déjouer la stratégie de l’adversaire, à la dévoiler au public et à veiller à ne pas y tomber pour ne pas perdre ses quelques cadres, ses quelques moyens, ses quelques espaces de manœuvre en attendant que le peuple algérien reprenne sa santé et sa combativité pour mener sa résistance de l’intérieur par les voies qu’imposent les conditions objectives et subjectives sans copier mécaniquement les vraies, les fausses ou les contre révolutions dans le monde arabe et sans en évaluer les résultats, les forces, les faiblesses et surtout les capacités de réponse du peuple algérien. Aller à l’Ambassade algérienne de Paris pour commémorer un évènement dont on n’a pas d’ingénierie pour le surmonter ou pour évaluer les troupes de sympathisants en France est un acte suicidaire, car il va contre l’esprit coranique, le réalisme politique, les contraintes géopolitiques : livrer ses cadres, ses militants et ses sympathisants, non seulement aux fichiers de police mais aux arrestations dans un moment où l’Islamophobie est non seulement une carte électoraliste mais une carte sur laquelle il y a l’unanimité de la classe politique et des lobbies. Un mouvement structuré ne peut agir en deçà d’une fourmi confronté à une armée colossale ni des jeunes persécutés  pour des raisons religieuses et idéologiques :

{Envoyez alors l’un d’entre vous avec votre monnaie-ci à la ville, qu’il regarde qui a la nourriture la plus pure, qu’il vous en apporte une subsistance, qu’il soit aimable et qu’il n’attire sur vous l’attention de personne. S’ils l’emportent sur vous, ils vous lapideront ou vous feront revenir à leur confession, et à ce moment-là vous ne cultiverez jamais.} Al Kahf 19

{Et l’on rassembla à Salomon ses soldats de djinns, d’êtres humains et d’oiseaux, conduits par rangs, jusqu’à ce qu’ils arrivèrent à la Vallée des fourmis, une fourmi dit : « O fourmis ! Rentrez dans vos demeures afin que Salomon et ses soldats ne vous détruisent sans qu’ils se rendent compte ».} An Naml 10

Dans le cas de l’affaire que nous analysons et qui défie l’intelligence, le bons sens, l’expérience capitalisée, c’est d’assister à l’envoyer du chef, de la tête pensante, dans la tanière du prédateur. Au lieu de faire de la surenchère médiatique à qui encense le plus Mourad Dhina, qui dénonce le plus le régime algérien et la France ou à jouer à l’abattement moral et psychologique, l’observateur averti se pose des questions et invite les intelligents à se poser les bonnes questions et à trouver rapidement les réponses car nous sommes dans un nouement qui va connaitre un dénouement tragique ou stratégique, et l’instinct basique de l’animal qui sommeille en chacun et qui cherche, pour sa survie, qui affronter ou quoi fuir. Le romantisme politique et les déclarations de bonnes intentions comme d’ailleurs l’activisme fébrile ajoutent de la confusion et détournent des réponses aux vraies questions. Que nous soyons d’accord ou en désaccord avec Mourad Dhina et RACHAD, que nous soyons consterné, chagrinés ou soulagés de se débarrasser d’un concurrent, ou soupçonneux à son égard, si nous restons focalisés sur la personne humaine nous occultons une fois de plus les idées, les processus et les logiques pragmatiques qui peuvent faire de ce cas un cas d’école de la lutte idéologique et géopolitique

La priorité est d’apprendre, de comprendre et de capitaliser. Cela ne signifie pas abandonner Mourad Dhina ni la cause du peuple algérien ni ce qui se trame contre notre pays, mais de les intégrer dans la rationnel, le logique et se libérer de l’émotionnel qui nous donne le leurre d’avoir accompli notre devoir alors qu’en face il y a des stratégies élaborées par des hommes fait de chair et de sang qui utilisent leurs neurones, leur compétence d’organisation et d’information. Nous étalons une fois de plus notre ignorance, notre fragilité psychologique et notre désarroi devant un phénomène pourtant prévisible donc facile à éviter.

4 – Les déclarations des proches de Rachad laissent la raison dans l’inquiétude. En effet évoquer  comme explication la riposte des Généraux aurait fait sourire par tant de naïveté. Je ne sais pas qui est derrière l’interpellation du général Khaled Nezzar en Suisse mais que ce soit un algérien isolé, Rachad, Al Karama ou une ONG pilotée par la CIA, il y a une déclaration de guerre à la fois contre la France et contre un clan de l’armée. Il est logique que la riposte se fasse le plus rapidement et le plus efficacement. Il est stupide de sous estimer son adversaire surtout lorsqu’il s’agit de l’ancien colonisateur ou du despote qui mène l’Algérie avec une main de fer depuis 50 ans. Je sais qu’humainement parlant, certaines vérités sont accablantes mais lorsqu’on habite une maison de verre on ne donne pas de pierres à son voisin.

5 – Je suis un homme qui affiche des positions politiques, des orientations idéologiques et des amitiés de longues dates, mais je ne suis partisan ni de RACHAD ni d’un autre parti politique. Et à ce titre, exprimer mon soutien n’apporte rien à un problème dont la solution est à la fois politique, humanitaire et judiciaire. Quand il s’agit de la vie, de l’intégrité physique ou de la liberté d’un homme, le devoir d’un honnête homme n’est pas de faire de la surenchère médiatique ni chercher à se placer dans le vacarme des indignations mais de prendre de la distance pour comprendre et surtout pour ne pas ajouter de la confusion à une situation confuse sur le plan politique, humanitaire, judiciaire et affectif. Le devoir est de chercher la clarification. Même si j’avais une amitié soutenue avec Mourad je ne partage pas la ligne politique de RACHAD. Ce n’est pas mon désaccord qui me rend désolidarisé de lui, de sa souffrance, de l’injustice, du chagrin et de l’inquiétude de sa famille et de ses proches. Moi et quelqu’un d’autre nous ne devons et nous ne pouvons intervenir que dans les limites de nos possibilités et de notre connaissance du dossier qui reste confus. Les spécialistes de l’infantilisme politique et de l’activisme politique amateur doivent une fois de plus retourner au Coran et réévaluer la situation présente et ses priorités. Le Prophète(saws) en situation de faiblesse ne pouvait que dire « Patience oh famille de Yasser vous avez la promesse du Paradis ». Le Prophète (saws) en situation de consolidation a respecté les consignes du Coran : Éduquer, conscientiser, guider et organiser ses rangs. Il faut être inculte pour exposer toutes ses forces en première ligne. Il faut aimer le pouvoir pour le pouvoir que de ne pas concentrer l'attention suffisante à l'éveil des consciences :

{Et il n’appartenait pas aux croyants de se ruer au combat en totalité. De chaque troupe d’entre eux, un groupe doit se verser  dans la science de la Religion, pour instruire leurs gens, quand ils retournent à eux, afin qu'ils prennent leur précaution.} At Tawbah 122

La question soulevée par ce verset va au-delà de nos misérables personnes. Il s’agit de mettre en place un processus d’édification de l’homme nouveau qui sera capable de changer l’ordre établi. Cet homme ne sort pas du néant, il se prépare, il se cultive sur une foi, une vertu, des valeurs et le Taffaquh, cette compétence de faire effort sur soi pour aller en quête de savoir. Le savoir est utile car c’est lui qui guide l’action et c’est lui qui instaure le système de précaution. En 20 ans d’opposition, les opposants algériens n’ont produit que de l’oppositionnel alors que l’essentiel a été délaissé : promouvoir des jeunes compétences, concevoir une ingénierie de changement et de mobilisation populaire, mettre un système d’observation et de veille stratégique, géopolitique, politique, tisser un réseau fédérateur de toutes les forces dans un cadre unifié d’orientation idéologique hors des patchworks idéologiques antagonistes ou circonstanciels, promouvoir le débat d’idées, produire de la pensée, organiser hors des appareils des groupes de travail qui apportent la contradiction scientifique et argumentée à l’économique, au politique, au diplomatique, au militaire pour dire au peuple qu’il il existe une force de proposition apte à gouverner l’Algérie et ouvrir des négociations avec la France et les États-Unis dans la transparence et sans vassalisation pour leur montrer l’incontournabilité  de l’alternative avec laquelle ils doivent composer, négocier sans atteinte à la souveraineté nationale.

6 – Mourad Dhina est un homme de conviction, d’engagement et d’intelligence. Bon gré ou mal gré il s’est trouvé, au titre du mouvement qu’il représente, dans un quadruple  combat :

  • la lutte d’influence entre la France et les États-Unis sur l’Algérie,
  • la surenchère de vassalisation des Algériens entre la France et les États-Unis, 
  • la redynamisation des éradicateurs qui voient leur pouvoir et leur prestige concurrencés par les « islamistes » tolérés par les États-Unis et la France dans le nouvel équilibre politique qui cherche une plus grande légitimité populaire pour faire passer l’Algérie de comptoir commercial de l’Occident à base coloniale de l’OTAN,
  • l’entrée en jeu messianique à partir de Paris des « Réformateurs » qui refusent le basculement de l’Algérie dans l’axe de Washington et des islamistes

Intelligent, aguerri à la lutte politique et moralement probe, il ne peut ignorer ce quadruple combat de « titans » ni ignorer que le peuple algérien écœuré par l’agression de l’Otan contre la Libye et stigmatisé par deux décennies d’horreur et de gabegie ne va pas le suivre dans une période de confusion, de lutte pour le pouvoir et de fragmentation de la vie sociale, politique, culturelle, économique et idéologique en Algérie. Quelle est la signification de sa venue en France : faute politique, erreur d’appréciation, guet appends, manœuvre machiavélique ? Quand on a peu d’éléments de réponse on doit rester silencieux et attentifs à la suite des événements qui vont mettre en évidence les pressions, les perfidies, les tractations, les deals.

Son arrestation, regrettable et contestable, apporte un démenti à la proposition de constitution des Assemblées citoyennes par les « Réformateurs » algériens qui se prenaient pour les Messies sauveurs de l’Algérie en se proposant comme gouvernement de réforme et de résistance contre l’alliance des « islamistes » et de la CIA. J’avais maintenu et je continue à maintenir que malgré leurs faiblesses d’analyse et leur manque d’organisation, la majorité de l’encadrement du FIS, y compris dans le rang des dissidents, ne sont pas idéologiquement tolérés par la France et les Etats-Unis et eux-mêmes ne sont pas prêts à livrer l’Algérie à l’OTAN comme l’ont fait les pseudo islamistes libyens.

Son arrestation en France et le silence des médias algériens et du peuple algérien  met en lumière l'erreur stratégique de s'appuyer, dans sa lutte légitime contre la dictature algérienne, sur des soutiens qui sont aux yeux du peuple algérien et des militaires algérien illégitimes. Les personnalités françaises que nous voyons à l'oeuvre dans les médias, les livres et les publications de personnalités proches de RACHAD et de ses satellites peuvent être comprises par un "intellectuel" mais ne peuvent être comprises par l'Algérien du bled. En effet les "militants" français auraient été plus efficaces en tournant leurs plumes et leurs discours contre leur propre Etat français comme l'ont fait les militants anti colonialistes lors de la guerre de libération nationale. Il est difficile de faire comprendre à un jeune officier, un sous officier ou un citoyen lambda l'intérêt des "progressistes" français à intervenir dans la lutte contre le régime algérien. BHL ou un autre peut intervenir pour soutenir le régime algérien car ce régime a perdu toute pudeur, toute dignité,  toute humanité et toute islamité et de plus ce régime sert les intérêts stratégiques des maitres à penser de BHL.
 
Ce n'est pas le cas de François Gèse ou les éditions la Découverte ou autre personnalité qui ont été mis par des algériens en porte à faux de la cause défendue par Mourad Dhina et qui rend son combat "douteux" car incompris par le peuple algérien. Je n'ai pas de problème personnel avec François Gèse ou François Burgat mais j'ai un problème avec l'intelligence qui les as mis en premières lignes dans le combat contre le régime algérien alors que leur soutien le plus efficace aurait consisté à être dans les arrières pour donner une tribune aux opprimés algériens ou être plus efficace encore en se tournant vers les Commis de l'Etat français qui ont gaspillé les chances de coopération des peuples algériens et français dans tous les domaines pacifiques. Une fois de plus l'esprit de revanche a pris le pas sur la démarche rationnelle et a occulté la donnée psychologique du peuple algérien en otage d'une certaine forme infantile du nationalisme chauvin. Tout ceci génère de la confusion. Le peuple algérien cherche des clarifications

7 – Dans mon dernier livre « Islamophobia : Deus Machina » je me suis posé des questions sur le lien entre la France, la Libye, les banlieues françaises, l’Algérie, le silence signifiant de BHL et compagnie qui se taisent sur la pénétration qatarie en France. Le cas Dhina intervient dans cet environnement de confusion pour nous grand public mais il doit correspondre à une stratégie d’initiés. Je me suis interrogé sur des comportements qui créent la méfiance envers les Musulmans et créent de la défiance entre les Musulmans pour les soumettre à la division, à la fragmentation, au doute, au repli et à l’improvisation. Je ne peux m’empêcher de lier le cas de Mourad avec ce lui de Ali Benhadj qui au lieu de faire son autocritique a commémoré sa posture victimaire en attaquant Kadhafi et Boudiaf comme si la politique est un problème de personnes et non un problème d’idées, de processus historiques, de conditions sociales et économiques, de manipulations. Nous sommes dans un théâtre qui a pour scène l’Algérie et la pièce se joue ailleurs. Le paradoxe c’est que l’Algérie va devenir un dispositif de mise en scène pour d’autres terrains d’opérations et une fois de plus, sous développés, nous seront la chair à canon, les pions à sacrifier, les fous à diversion.

8 – Le dossier libyen est le dossier qui a été sans doute le plus mal géré par les islamistes algériens et qui leur a fait perdre le capital de soutien du peuple algérien et surtout la bénédiction divine car Allah a interdit de soutenir le colonisateur ou l’étendard de confusion. La haine pour nos dirigeants ne doit pas occulter notre miséricorde pour notre peuple et le devoir de régler nos problèmes par nous-mêmes et entre nous même si nous devons perdre, car il vaut mieux perdre en étant juste que gagner en étant injuste. RACHAD est tombé dans la facilité au lieu de se placer sur le géopolitique et respecter les constances de l'Islam. Toute concession faite au colonialisme est une porte ouverte vers d'autres concessions plus graves dont le refus peut mener en prison, au harcèlement ou à l'assassinat. Nous souhaitons que cette épreuve soit Bardane wa salama pour les gens sincères.

Et c’est sans doute sur ce terrain qu’on a vu Ali Benhadj ou Rachad sombrer dans les errements et non faire des erreurs de politique. Soutenir ou aller en Libye pour rencontrer le CNT armé par l’OTAN, c’est oublier la mémoire collective algérienne qui elle n’a pas oublié l’histoire de ses souffrances. L’oublier c’est non seulement se couper du peuple mais donner une arme contre soi que le régime algérien utilise contre toi en te taxant d'amis de BHL ou fait circuler le bruit que ce dernier va venir à la manifestation de Paris. La politique est une forme de guerre et il est légitime que l'ennemi utilise toutes ses forces et surtout utilise tes fautes, tes faiblesses et tes erreurs de stratégie.

Quand les proches de RACHAD se mettent à accuser le régime algérien d’avoir instrumentalisé BHL, ils font preuve de naïveté déconcertante et de cécité politique et communicationnelle. La faute en politique c'est de se trouver dans la défensive en train de se justifier ; la pire des fautes c’est vouloir se justifier en retombant dans la redondance récurrente et traditionnelle : occuper le temps à dénoncer vainement le régime et à exprimer son indignation au lieu d'exposer des idées, de développer un programme ou de faire œuvre pédagogique. Dénoncer un régime ne peut être gagnant quand le peuple se trouve dégouté du régime qui le méprise et de l'opposition qui ne fait que dénoncer sans apporter de solution sauf à redire ce que le citoyen lambda sait et répète, mais que ce dernier dit tout en subissant  ce régime sur la plan social, économique, politique, culturel.

Conclusion :

je suis un observateur critique sans complaisance. Je dis la vérité, la mienne qui n'est ni complète ni parfaite. Je ne fais ni cadeau ni procès ni allégeance à mes semblables par calcul mondain. Il est de mon devoir de rappeler que :
 
1 – l’Occident impérialiste est à la fois fabricant et briseur d’idoles par la lutte idéologique, psychologique, médiatique, sécuritaire et militaire. Nos émotions ne doivent pas anesthésier notre regard mental sur le capital des idées qui est derrière l’idole, son façonnage et sa destruction.
 
2 – L'affaire Mourad Dhina, malgré son caractère "surprenant" et déroutant sur le plan politique et juridique est non seulement un cas d'école pour celui qui veut approfondir l'analyse de la nature du pouvoir algérien et des relations France Algérie, mais un repère pour la suite des événements dont la proportion dépasse le cadre des personnalités ou des partis politiques algériens : il s'agit du nouveau partage colonial du monde par ce que Cheikh Al Ibrahimi a appelé la forme la plus cynique de l'histoire humaine. Ce cynisme est arrogant et il va montrer dans les jours ou semaines à venir le sens des suites qui seront données à l'arrestation de Mourad Dhina. C'est ce sens qui va apporter la clarification qui manque pour faire une lecture plus correcte du panorama géopolitique et en tirer toutes les conséquences en matière de discours, de méthodologie et d'organisation.
 
3 – Il est attendu de l'opposition algérienne consciente des enjeux géopolitiques et de la souffrance du peuple interminable d'aller au delà de la dénonciation et des manifestations et de se repositionner en se remettant en cause sur le plan de l'efficacité et de la compétence à saisir la réalité complexe :
  • celle de la nature du régime algérien
  • celle de 20 ans sans solution crédible
  • celle des changements opérés à tous les niveaux dans le monde sauf dans le mode de lecture et dans les figures du monde politique musulman qui sont fossilisés. L'armée algérienne a changé son encadrement et elle a passé la main aux seconds couteaux mais l'opposition algérienne est représentée par le même personnel comme si la fatalité des algériens est d'être figé dans une posture stérile
  • celle des alliances stratégiques,
  • celle de la solution en Algérie : politique ou idéologique, populaire ou élitiste, pacifique ou violente, au profit du peuple ou au profit des prédateurs
  • celle de l'engagement du peuple. Un peuple sans cadre idéologique ne peut que suivre des zaïms et ces derniers ne sont pas infaillibles,
  • en 10 ans, les Prophète Joseph, Moise et Mohamed (saws) ont changé les données stratégiques et ont créé l'homme nouveau du changement. Nous sommes depuis 50 ans sans capital idées, sans capital expérience, sans élites… Pourquoi?
4 – Nous devons donc faire un bilan et tirer leçon.
 
5- Nous devons réviser le sens sémantique et la posture idéique et comportementale du Jihad libérateur. Est ce que le Jihad signifie lutter? LUTTER : quand on lutte on dépense une certaine énergie comprise dans des limites et comprise comme dirigée contre un ennemi ou un adversaire.  Celui qui lutte n'emploie pas nécessairement toutes ses forces.
Quand ont fait du Jihad ( du verbe Jahada) nous sommes au delà de la lutte ou de faire l'effort, nous sommes dans ce que la langue française nomme "S'EFFORCER".  Celui qui s'efforce emploie tout ce qu'il a de forces. Mettre en œuvre toutes les capacités, tous les moyens dont on dispose pour atteindre un but précis, pour réaliser une vocation, pour vaincre une résistance, pour surmonter une difficulté. Dans le Jahada, s'efforcer, les forces mises ne sont pas seulement orientées contre l'adversaire mais elles sont orientées contre soi, contre son inertie, sa paresse, ses limites psychologiques, ontologiques, cognitives. Ce n'est qu'une fois qu'on a épuisé ses forces qu'Allah (swt) fait générer des forces nouvelles et inédites du plus profond de notre être qui viennent de cette capacité du Wasa'a (expansion de l'être) connue uniquement d'Allah ou d'autres sources connues de lui.
Il faut avoir le courage et la probité morale et intellectuelle de reconnaitre notre déficience et nos défaillence. Cette reconnaissance, cet aveu est le premier pas de la victoire. Depuis Ohod nous sommes devant cette lourde responsabilité salvatrice : reconnaitre nos défaites et les imputer à nous mêmes.