Comme l’homme vertueux dans le récit coranique sur Moïse, je suis venu vous dire d’arrêtez de vous exposer et d’exposer les compétences si vous êtes sérieusement au service d’une cause et si vous êtes parfaitement lucides du danger qui vous guette de l’intérieur et de l’extérieur.

وَجَاءَ رَجُلٌ مِنْ أَقْصَى الْمَدِينَةِ يَسْعَىٰ قَالَ يَا مُوسَىٰ إِنَّ الْمَلَأَ يَأْتَمِرُونَ بِكَ لِيَقْتُلُوكَ فَاخْرُجْ إِنِّي لَكَ مِنَ النَّاصِحِينَ فَخَرَجَ مِنْهَا خَائِفًا يَتَرَقَّبُ قَالَ رَبِّ نَجِّنِي مِنَ الْقَوْمِ الظَّالِمِينَ

{Et vint un homme, des confins de la ville, en courant. Il dit : « O Moïse, l’élite complote contre toi pour te tuer. Sors donc ! Je suis de ceux qui te portent conseil ». Alors il sortit apeuré, aux aguets. Il dit : « Mon Seigneur, Sauve-moi des gens injustes ».} Al Qasas 20

Votre comportement, votre discours et vos méthodes sont tout le contraire de l’éducation coranique et je suis navré de sortir de mon silence et de vous mettre au pied du mur alors que je vous indiquais une voie de sortie honorable qui passe par l’auto critique pratiquée par Ahl At Taqwa et al Wara’â

Comme le Prophète Salah je viendrais vous rappeler au moment plus opportun et plus impertinent ce que vous ne voulez pas entendre :

فَتَوَلَّىٰ عَنْهُمْ وَقَالَ يَا قَوْمِ لَقَدْ أَبْلَغْتُكُمْ رِسَالَةَ رَبِّي وَنَصَحْتُ لَكُمْ وَلَٰكِنْ لَا تُحِبُّونَ النَّاصِحِينَ

{Puis il se détourna d’eux et dit : « O mon peuple, je vous ai communiqué le Message de mon Seigneur et vous ai porté conseil, mais vous n’aimez point ceux qui portent conseil. »} Al A’raf  79

Vous n’avez rien appris de notre Prophète (saws)

« La religion c’est le bon conseil… »

« Il n’y a aucun bien à attendre de gens qui ne se conseillent pas mutuellement »

« Il n’y a aucun bien à attendre de gens qui refusent le bon conseil »

Un des drames de l’Algérie est l’entêtement, la pensée unique, le refus de débattre, l’orgueil, le primat de l’affectif sur la raison et de l’apparat sur le contenu, l’improvisation, l’absence de cap, l’absence de carte de navigation, l’absence de capitalisation faute de cadre idéologique qui fixe le canevas des idées, des discours, des postures et des actions. Le militaire ou l’empire occupe le terrain et s’approprie les possibilités du Tamkine (la territorialisation) en l’occurrence produire des élites, des idées, de l’argent et de l’efficacité. Le musulman s’indigne, dénonce, s’agite et épuisé il finit par se livrer ou livrer ses compétences. Mon silence ou mon bavardage ne changera rien à notre destin. Le peuple algérien n’est plus livré aux prédateurs, aux infantiles et aux démagogues. Il a tourné le dos à tout le monde. Je ne vais pas tout dire à des gens qui me demandent de me taire mais Mourad Dhina lorsqu’il reviendra sain et sauf auprès des siens se rappellera des deux recommandations que je lui ai donné lorsqu’il a créé RACHAD :

إِذْ أَوَى الْفِتْيَةُ إِلَى الْكَهْفِ فَقَالُوا رَبَّنَا آتِنَا مِنْ لَدُنْكَ رَحْمَةً وَهَيِّئْ لَنَا مِنْ أَمْرِنَا رَشَدًا

{Lorsque les jeunes gens se réfugièrent vers la Caverne, alors ils dirent : « Notre Seigneur, Accorde-nous de chez toi une Miséricorde et Aménage-nous une direction sensée pour notre affaire. »} Al Kahf 10

وَلَا تَقُولَنَّ لِشَيْءٍ إِنِّي فَاعِلٌ ذَٰلِكَ غَدًا إِلَّا أَنْ يَشَاءَ اللَّهُ وَاذْكُرْ رَبَّكَ إِذَا نَسِيتَ وَقُلْ عَسَىٰ أَنْ يَهْدِيَنِ رَبِّي لِأَقْرَبَ مِنْ هَٰذَا رَشَدًا

{Et ne dis surtout pas d’une chose : « Je ferai ceci demain », sauf : « Si Allah Veut ». Et évoque le Nom de ton Seigneur, si tu oublies, et dit : « Mon Seigneur me Guidera sûrement vers ce qui est plus proche de cela en sens ».} Al Kahf 24

Je dois avouer que le mot non seulement m’a séduit, mais il rentrait dans une interrogation personnelle presque mystique : le verset 24 ne nous donne pas la garantie d’atteindre la rectitude parfaite, le sens absolu, la direction exacte, mais nous indique l’effort pour s’en approcher une fois qu’on a surmonté l’oubli et qu’on est revenu vers Allah en l’évoquant sans rien lui associer. Cette interrogation ne me quitte pas depuis près de trente cinq ans. Je me sens toujours impuissant devant la dimension,  la portée et le sens de ce verset dans une sourate dont j’aimerais saisir toutes les subtilités car elle nous offre toutes les clés de la bonne gouvernance et du sens profond des phénomènes, au-delà de nos petits calculs et des limites de notre horizon.

Inscrivez-vous dans une dimension autre que partisane et vous verrez les choses plus subtilement et sans doute les solutions plus intelligibles et plus tangibles. Pour l'instant vous avez exprimé la pensée unique et le mépris. Je ne crois pas que vous serez un jour apte à gouverner l'Algérie mais cette vie est pleine de surprise. Il y a longtemps que je vis libéré de l'illusion, donc le jour où vous serez aux commandes des Affaires je resterais privé de parole. Mais en faisant ce constat je ne suis pas triste mais serein car me vient une pensée, celle de Dhul Nun al Masri : " La sincérité est l'épée de Dieu, elle finit par trancher". Elle a déja tranché entre nous.

C'est cette sincérité qui a fait que Mourad Dhina s'est trouvé au premier rang, dirigeant le FIS avec une légitimité qu'il a obtenu par un congrés réalisé avec brio sur un intranet et auquel des gens non partisans ont été conviés. C'est la même sincérité qui a fait que Mourad très tôt se démarque de deux boulets que portaient le FIS le rendant un parti ingérable et archaïque : Abassi Madani et Ali Benhadj. Sans entrer dans les détails, il faut retenir que Mourad a introduit le travail collaboratif et démocratique au sein de Rachad et a rompu avec la violence ou l'équivoque en se prononçant pour l'action politique pacifique. Je suis Algérien musulman et observateur de la vie idéologique et politique de l'Algérie sans être partisan. Je me dois de savoir certaines choses. La bonté, l'ouverture d'esprit de Mourad et sa disponibilité à travailler sans complexe et sans réserve sont une qualité rare mais elle est dans notre cas algérien un handicap pour choisir et manager des équipes hors culture du système algérien, hors tkharbite et hors agenda personnel. Il est difficile pour un algérien intelligent, persécuté par la France de tomber dans l'erreur du CNT libyen et pis encore de venir à Paris s'exposer personnellement et exposer son mouvement qui prenait l'eau depuis longtemps, du moins quand on lit les analyses de son staff ou quand on les écoute réchauffer leur discours redondant qui se complait dans la dénonciation, comme si c'était un haut fait d'armes sinon un haut fait de diversion pour discréditer l'homme et son appareil.

Pour rester dans l'esprit de la sincérité et du rachad coranique, j'ai pris position de ne jamais faire parti d'un parti, de ne jamais entrer en guerre contre mon pays et de fixer des lignes rouges que je ne franchirais pas même en plaisantant, non par peur mais par principe. A titre d'exemple je ne prendrais jamais position en faveur d'une ingérence étrangère. Je ne donnerais jamais mon accord à faire poursuivre un responsable algérien par des juridictions étrangères car il s'agit au delà des hommes de respecter le principe de la souveraineté de mon pays même si ses cadres en place ne respectent pas ces principes et internationalisent la crise algérienne. Demain que vais-je dire à mes enfants, aux étrangers qui viennent demander plus et surtout comment rencontrer le Prophète (saws) alors qu'il nous a interdit al Im'â. Quand les compagnons lui ont posé la question sur le sens de l'Im'â, il a répondu : faire le bien quand il font le bien et faire le mal quand il font le mal. Le musulman fait le bien quand les autres font le bien et fait le bien même lorsque les autres font le mal.

Faudrait-il discerner le bien et le mal, être capable de ne pas être un mimétiste et demeurer loyal et ferme même si cela conduit à la solitude et à la pauvreté ou au mécontentement des censeurs, des manipulateurs, des manoeuvriers, des ignorants.? Oui !

J'ai choisi la voie la plus enrichissante mais la plus ingrate : être l'héritier des Prophètes en expliquant, en commentant, en montrant, tout en restant illustre anonyme n'attendant rien de personne et pouvant dire à n'importe qui je ne suis pas d'accord pour telle et telle raison. Je n'ai pas de foin dans le ventre, je ne crains ni le feu chez moi ni l'incendie chez les autres.

La suite des confidences pédagogiques viendra au moment opportun et à l'endroit pertinent.

Omar Mazri