Après dix jours de campagne officielle, les partis engagés dans la course aux législatives peinent à capter l’attention des électeurs beaucoup plus préoccupés par la fièvre de la mercuriale que par les discours des candidats à la députation.

La campagne électorale, qui était censée constituer un moment de communion politique, tourne plutôt à la mésentente. Les 44 partis en lice pour les législatives du 10 mai donnent l’impression de ramer à contre-courant des véritables préoccupations des électeurs.

Au moment où les Algériens, notamment les plus vulnérables d’entre eux, font face avec douleur à des vagues de hausse des prix des produits alimentaires qui n’en finissent pas, “la majorité des candidats versent dans l’hystérie, oubliant l’essentiel des problèmes à résoudre, voyant la main de l’extérieur partout comme facteur de déstabilisation alors que le mal est en nous, donnant des leçons de nationalisme version chauviniste alors que personne n’a le monopole du nationalisme”, constate l’économiste Abderrahmane Mebtoul. Visiblement le thème de la menace extérieur, réelle ou supposée, brandi comme argument de campagne pour inciter les gens à voter ne semble pas convaincre grand monde. Les discours politiques n’ont de valeur pour ceux à qui ils s’adressent que s’ils démarrent de leurs réalités économiques, sociales et culturelles !

C’est en partant de ces réalités, justement, que la Fédération algérienne des consommateurs (FAC) a rédigé un communiqué dans lequel elle dénonce “la montée excessive, sans limite et non justifiée des prix des produits de large consommation, notamment les fruits et légumes provoquent un sentiment de mécontentement et de désespoir du consommateur algérien”. Cette Fédération demande au gouvernement “d’entreprendre une action urgente pour mettre fin à la flambée des prix qui a plombé les récentes augmentations obtenues par les travailleurs”.

Face à la précarité de l’économie nationale et la fragilité sociale qui en résulte et qui offre pourtant aux partis un terreau fertile d’où ils peuvent puiser à souhait leurs thèmes de campagne, que font les candidats ? “Ils promettent de faire baisser les prix des produits alimentaires, de créer des millions d’emplois, de régler la crise du logement, etc., des promesses vagues, générales qu’ils ne pourront jamais tenir car ils relèvent d’une politique cohérente et globale”, fait remarquer Abdelkader Djamel, directeur de training development, un cabinet spécialisé dans les questions sociales.

Par ailleurs, Abdelkader Djamel trouve la campagne “aphone, plate avec des candidats qui manquent de penche”, “à part 2 ou 3 partis qui donnent l’impression d’avoir travaillé leur copie, le reste des partis avancent des propositions sommaires”, ajoute-t-il.

Abdelmadjid Azzi, ancien secrétaire général de la Fédération UGTA des travailleurs retraités, estime pour sa part que “les futurs députés ne pourront pas tenir leur engagement et leurs promesses car le Parlement de par la répartition actuelle des pouvoirs dans la Constitution s’apparente à une chambre d’enregistrement, donc les députés ne pourront pas agir d’un façon efficace sur les lois et le budget de l’Etat qui détermine la répartition de la richesse sur les différentes classes et catégories sociales de la population”.

Analysant le désintérêt de la population vis-à-vis de la campagne électorale, Abderrahmane Mebtoul conclut que “l’erreur politique est d’avoir augmenté les rémunérations des députés à 300 000 DA par mois, pour une soumission, pour lever uniquement la main sans corrélation avec le travail accompli”.

Un handicap qui plombe le discours des candidats à la députation, de la même manière que la hausse des prix des produits alimentaires plombent le budget des ménages.

 

Lyes Rédaoui