L’écrivain, ingénieur et pamphlétaire marseillais, Omar Mazri animait avec la modératrice et femme de lettres nanterroise, auteur de « Méditations musulmanes », – préfacées par le même Mazri -, Faouzia Zebdi-Ghorab présidant la Maison de la Fraternité créée par elle pour consolider l’existence morale de la communauté française musulmane, une conférence annoncée par lui-même sur le site de l’IRIB.

Ces « Méditations intimes, Cœur à Cœur » [1] relèvent de l’intellectualité mystique, et sont stylistiquement dans la tradition française dévote, ce qui anticipe déjà notre propos que l’effort du laïcisme actuel, ou des arrière-loges, est bien de continuer l’œuvre de déracinement de l’esprit religieux français défendu aujourd’hui par l’esprit français musulman.

Il s’agissait dimanche 13 mai, d’une table ronde suivie par la salle, essentiellement féminine, car la discrimination autoritaire touche les femmes en premier, essentiellement comme éducatrices : cela va de l’école « sans Dieu » – selon une expression du radicalisme laïque du tournant du 20ème siècle, à la vie professionnelle.

M. Mazri, entre autres études – dont celle sur « Révolutions Arabes, Mystique ou mystification ? [2], de « La République et le Voile » [3], a publié une « Islamophobia : Deus ex machina », ce dernier terme étant l’équivalent de « miracle soudain », comme dans ces dénouements où une machine théâtrale, à renfort de poulies et de cordes, fait descendre un dieu sur scène pour résoudre une situation délicate : l’on se rapportera à la conférence de Durban de l’été 2001 conduisant à une condamnation de l’entité sioniste et soudainement, le Deus ex machina du 11 septembre est venu sauver par l’islamophobie ainsi édifiée ceux qui étaient accusés d’une terreur réelle envers les Palestiniens.

Et cette campagne du voile, relève M. Mazri n’a-t-elle pas permis d’éloigner des Françaises de l’immigration, instruites des événements du Proche-Orient, du contact de leurs camarades dont les parents sont plus familiarisés avec les déclarations de BHL plutôt qu’avec celles des Evangélistes ?

La question a été soulevée par un homme d’expérience ; la jeunesse musulmane arabe française, en l’occurrence, est moins indépendante du contexte antireligieux actuel, que la génération d’Omar Mazri. Elle prend, comme nous l’avons constaté, pour planche de salut, ce qui est une piège glissant : ainsi en est-il de l’idée qu’une religion est créatrice d’une civilisation, et qu’il y aurait une civilisation chrétienne, musulmane, bouddhique, en rivalité mutuelle, expliquant ainsi la crainte de l’islam. Vraiment le Japon craint l’islam ? Japon qui comprend aujourd’hui plusieurs érudits musulmans !

Cela semble évident et pourtant l’islam, tout comme le christianisme épouse des formes culturelles, mais ne les crée pas, car il est universel et vient d’en haut ; sinon l’on confondrait la lune avec l’eau qui subit son attraction, s’il est permis d’offrir cette image.

M. Mazri n’a pas illustré les choses comme cela, mais il a insisté, en se reposant sur la vérité, sur l’universalité de la religion, en quoi il a parlé de la vérité en philosophe contre les sectaires, dont en premier ceux de la franc-maçonnerie ambiante inspiratrice de cette persécution ou terreur antiislamique, pour laquelle seul l’athéisme est universel, et la croyance ou la manifestation d’une révélation divine, facteur de discorde : un tel propos, malgré une occupation d’un demi-siècle par les armées communistes ou « alliées » de l’Allemagne, de la Hongrie etc. est encore incompréhensible par la majorité des peuples d’Europe centrale et orientale, et de la Russie restée orthodoxe, mais acceptée par une France affaiblie et endoctrinée depuis deux siècles de subversion antireligieuse.

Il a été relevé que l’accusation de communautarisme frappe la communauté musulmane, et que la seule initiative de venir au secours de ses coreligionnaires, pour leur assurer un emploi, en fondant des coopératives, est défendue par des inquisitions administratives, imposant un quotum de non musulmans !

La liberté n’est comprise que par une égalité qui soit celle de membres de la fraternité sectaire qui gouverne le pays et a secoué l’Europe et le monde, tout comme l’a fait la fille de la révolution française qu’aura été la révolution russe.

Mais il y a une différence : la foi a défait la seconde révolution athée matérialiste, mais non pas la première, car celle-ci impose un modèle d’homme abstrait, d’homme sans-Dieu Tout ceci est bien connu, dira-t-on, comme devrait l’être le fait que nous rappelâmes, que Jules Ferry (lequel parlait du devoir des races supérieures pour justifier la colonisation), devant la statue duquel, le Président Hollande, venait de s’incliner, la veille, à Paris, qui était entré le 8 juillet 1875 à la loge de « la Clémente Amitié », dépendant du Grand Orient, avait forgé le concept d’ « éducation nationale » pour exclure de la nouvelle éthique nationaliste, toute idée religieuse, en quoi nous nous opposions à toute l’Europe civilisée.

Cette Europe avait un niveau d’instruction – en matière technique en particulier, non seulement plus élevé (comme en Autriche et en Saxe), mais d’une qualité souvent dispensée, conjointement avec des laïques, par un clergé dévoué.

On prétend par le mot d’islamophobie, indique perspicacement un jeune intervenant, suggérer (car tout est dans la suggestion, puisque nous avons affaire au fleuron de la culture américanisée, qu’est la psychologie détrônant la réflexion philosophique appuyée sur la démonstration) que l’islam est menaçant, qu’on le craint comme on déteste l’homosexualité ; et effectivement, l’agitation des cerveaux sur l’homophobie précéda celle sur l’islamophobie.

De tels rapprochements découvrent l’entreprise d’intimidation des Musulmans. L’erreur serait – tel est le résultat de cette réflexion, qui était celle d’un collège islamico-chrétien avec la participation active et éloquente, spirituelle, intrépide, bref libanaise, ou afro-libanaise de M. René Naba – de prendre l’islamophobie comme on nous la présente ; elle n’est pas naturelle, mais artificielle, elle n’a – selon nous – rien à voir avec de la xénophobie ou toute autre réaction d’incompatibilité d’humeur : les « Roms » sont mal aimés, et cependant sont chrétiens, avec ostentation même comme le démontre leur pèlerinage, et leur conversion au protestantisme n’y fait rien non plus.

L’islamophobie est un thème de discorde, un brûlot entre les mains des revanchards de la guerre d’Algérie, ou des nostalgiques de l’Algérie française, comme M. Aliot dont une partie de la famille non chrétienne – ceci dit anecdotiquement – est de Bab-el-Oued, comme nous l’apprend Wikipedia !

Leur rêve est d’avoir une guerre d’Algérie intestine dans leur nouveau pays ; ce qui est plus facile que de garder le triple A ! Remarquer que cette tache antislamique s’étend dans des administrations qui ne sont pas nationalistes, ou populistes droitières, mais de gauche conservative ou ex communiste : tout aussi férocement déracineuses de la foi juvénile, et donc persécutrices.

« L’administration, c’est la révolution » écrivait en ce sens Gobineau, défenseur de l’islam, au XIXème siècle, dans une correspondance française avec l’orientaliste autrichien et diplomate, Prokesch-Osten.

Le résultat de cette réunion a été d’encourager d’abord le public qui a constaté que le mal dont il souffre est reconnu, diagnostiqué et dénoncé par Amnesty Innternational dans son dernier rapport sur les discriminations administratives et privées. Il a été relevé dans cette conférence, le caractère absurde et odieux de cette loi « antinounou » qui oblige les instituts privés de prévoir une clause d’expulsion d’aides soignantes ou de gardiennes d’enfants qui montreraient un signe distinctif de foi musulmane.

Faudra-t-il aussi effacer la couleur noire pour obtenir un emploi, précise un candidat originaire du Mali, aux élections législatives ?

Au profit de qui joue cette terreur antislamique ? Poser la question est déjà voir germer la réponse, et la conférence de Nanterre a été cet effort d’intelligence dont la présidente de la maison de la Fraternité, la soeur nanterroise, citoyenne de la Cité de Dieu, Faouzia peut être fière !

Pierre Dortiguier

Notes

[1] 73pp. 2011, Nanterre

[2] Edition & Conseils, Marseille, juin 20111, 25pp

[3] 400pp, 2010, Fagr Center

Source : http://www.dortiguier.fr/L-islamophobie-percee-a-la.html