Ce vendredi, à Marseille, nous avons eu la visite des satellites de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) et du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) dont un des membres a présidé la Salat. Ayant le privilège d’être un homme libre je vais, une fois de plus, jouer le rôle du manchar (scie) qui élague les branches mortes. Je n’ai pas le sentiment de faire de la calomnie, de la diffamation ou de la discorde, mais de faire œuvre utile pour éveiller les crédules et réconforter ceux qui savent et gardent le silence sur l’insoutenable et l’inacceptable de la discorde et de la manipulation des musulmans par les appareils religieux.

Ces appareils n’ont à leur actif aucune œuvre qui réalise le Tamkine des Musulmans de France malgré la confiance que leur ont accordé les Musulmans et qu’ils ont trahis, se mettant en situation de :

 

ذَٰلِكَ بِأَنَّهُمُ اتَّبَعُوا مَا أَسْخَطَ اللَّهَ وَكَرِهُوا رِضْوَانَهُ فَأَحْبَطَ أَعْمَالَهُمْ أَمْ حَسِبَ الَّذِينَ فِي قُلُوبِهِمْ مَرَضٌ أَنْ لَنْ يُخْرِجَ اللَّهُ أَضْغَانَهُمْ وَلَوْ نَشَاءُ لَأَرَيْنَاكَهُمْ فَلَعَرَفْتَهُمْ بِسِيمَاهُمْ وَلَتَعْرِفَنَّهُمْ فِي لَحْنِ الْقَوْلِ وَاللَّهُ يَعْلَمُ أَعْمَالَكُمْ وَلَنَبْلُوَنَّكُمْ حَتَّىٰ نَعْلَمَ الْمُجَاهِدِينَ مِنْكُمْ وَالصَّابِرِينَ وَنَبْلُوَ أَخْبَارَكُمْ

 

{Cela, en raison de ce qu’ils ont suivi ce qui suscite la colère d’Allah et ont haï Son agrément, alors Il a rendu vaines leurs œuvres. Ou bien ceux qui ont une malveillance aux cœurs ont pensé qu’Allah ne dévoilerait pas leurs rancunes ! Et si Nous voulions, Nous te les montrerions, alors tu les aurais reconnus à leurs traits ; et tu les reconnaîtras sûrement à la mélodie dans leur parole. Et Allah connait vos actions. Et Nous vous éprouverons certes afin que Nous voyions ceux qui font effort d’entre vous et les persévérants, et Nous éprouverons vos nouvelles.} S – Mohamed, v31

Tout d’abord précisons qu’Allah est Omniscient et Omnivoyant, le Créateur des actes, des agents, des causes et de leurs effets : Il a vu déjà dans la prééternité les œuvres de Ses créatures et a déjà entendu leurs paroles secrètes ou avouées. Le sens réel est double : Sa parole est vérité, elle confirme la vérité antérieure, elle met en évidence en faisant voir et en faisant entendre aux croyants les comportements et les secrets des hypocrites et des ignorants qui se cachent derrière lahn al qawl (propos de miel pour anesthésier la conscience et cacher la vérité).

 

Quelles sont donc la vérité et les nouvelles de ces pigeons voyageurs qui ont pris leur bâton de pèlerin pour discourir dans les mosquées ? Comment Allah a déjà dévoilé leurs nouvelles ?

 

Ils nous invitent à délaisser nos caves, faisant office de mosquées, pour venir accomplir la salat de l’Aïd au parc Chanot, l’équivalent marseillais du Bourget parisien. A priori il n’y a pas de mal à réunir le plus grand nombre d’orants dans la salat al Jama’â. Le mal est mis en évidence par les versets précédents projetés sur la réalité des nouvelles annoncées et de la vérité du comportement sur les décades passées. Je vais, sans ménager aucune partie, mettre à plat ce que la communauté pense tout bas de ces appareils politico-religieux :

 

1 – Pourquoi le silence pour ne pas dire le soutien et la complicité de l’agression de l’OTAN et de la France contre la Libye et la Syrie alors qu’Allah a interdit l’alliance stratégique avec les Mécréants agresseurs et interdit le meurtre délibéré d’un musulman ? Pourquoi ne pas rappeler aux pseudo révolutionnaires et aux autorités françaises que notre bien aimé Prophète condamne le combat sous un étendard de confusion dont personne n’ignore les conséquences et les issues ou la sédition armée qui provoque la mort des musulmans et la terreur des populations ? Au nom de quel principe musulman se permettre de donner caution au démembrement et au chaos d’un pays musulman sous prétexte que son gouvernant est despote ou qu’il est mécréant. Où sont les preuves de la mécréance (Kufr Bawah) de Kadhafi ou de Bachar al Assad ? Si ces derniers méritent un traitement que réprouve l’Islam pourquoi votre silence devant la tragédie algérienne et l’abandon du peuple algérien livré aux égorgeurs, aux violeurs ? Pouvons-nous faire confiance à ceux qui se taisent alors qu’Allah les dévoile et les met à l’épreuve de prendre position juste et équitable car ils ont accepté d’être au devant de la scène et en charge des responsabilités.

 

2 – Pourquoi cet empressement à réunir les Musulmans sous une seule bannière et faire étalage d’une démonstration de « force » par le nombre alors que tout le monde (dans la communauté musulmane et dans les officines et les médias français) sait que les Musulmans de France sont divisés. Les instances officielles de l’Islam de France sont tellement discréditées et sans vocation de rassembler pour les intérêts bureaucratiques et idéologiques de l’Etat français laïciste que les laboratoires français ont envoyé au casse pipe l’imam de Drancy le « pauvre » Chalghoumi. En réalité c’est une opération de subversion dont un des buts est d’envoyer un message clair aux instances officielles de l’Islam de France : soyez efficaces sinon on vous substituera d’autres valets et d’autres auxiliaires.

 

3 – Plus que Chalghoumi, c’est Sarkozy lui-même qui a détruit le peu de crédibilité sur lequel vous aurez pu, dans une prise de conscience courageuse et sincère, repartir à la conquête et à la mobilisation des Musulmans pour des échéances politiques et des luttes sociales qui leur donnent plus de droits, plus de respect et plus de chances. Les discours lénifiants ont porté Sarkozy qui étaient tranquilles du côté des Musulmans muselés par leurs coreligionnaires partagés entre les complaisants et les extrémistes fanatiques qui se rejoignent dans le même objectif : maintenir la communauté musulmane en marge de son devenir confié à d’autres. Les Musulmans non concernés par le vote et ne pouvant peser sur le résultat des élections, Sarkozy et l’UMP se sont orientés vers une posture islamophobe pour conquérir l’électorat du front national avec comme conséquence une stigmatisation des Musulmans et en contrepartie la situation paradoxale du mutisme et de la confusion des appareils religieux musulmans qui ont perdu toute crédibilité.

 

4 – A cette perte de crédibilité sur le plan des appareils politiciens s’ajoute l’absence des instances musulmanes sur trois dossiers sensibles qui concernent le vécu existentiel et spirituel du musulman : la viande halal, le cimetière musulman et la mosquée. Pour continuer d’exister, il ne s’agit pas dans l’esprit des élites religieuses de gagner la confiance des musulmans et d’ouvrir des chantiers de réflexion, des débats d’idées et de l’ingénierie de réponse à leurs problèmes car ceci n’est pas dans la culture de ses élites, de se remettre en cause ou d’être remises en cause par une population sans culture citoyenne ni culture musulmane qui imposent le jugement critique, l’examen de conscience et la demande des comptes aux responsables qui ont failli. La solution simpliste est de manœuvrer pour faire une démonstration de force (par le nombre) pour s’imposer contre les concurrents nouveaux qui sentent un terrain libre et facile à conquérir et pour se remettre en selle auprès des autorités françaises.

 

5 – Pour étayer mes propos de faits simples mais réels, je pose à titre d’illustration le problème de la grande mosquée de Marseille. Pour des raisons politiciennes et économiques (il est plus facile de donner à des associations des locaux que de démolir ou de restructurer des infrastructures vielles et décentrées), les infrastructures du projet de la grande mosquée sont disponibles, mais ce sont les instances musulmanes qui sabotent le projet pour quatre raisons que tout le monde connait. La première est la lutte de pouvoir et de représentativité auprès des autorités françaises. La seconde est le contrôle de la rente et des réseaux clientélistes que chaque entité veut conserver pour elle-même. La troisième raison est le refus inavoué de gérer la Mosquée car sa gestion, eu égard à sa symbolique et à sa taille, va imposer deux règles que les instances musulmanes ne sont pas prêtes à assumer : la transparence et la responsabilité devant les fidèles qui sont antinomiques avec le système de cooptation qui est fondateur de l’Islam français.

 

Je ne veux pas faire le procès de gens innocents et compétents, mais je ne peux m’interdire de me poser des questions simples dont l’absence de réponses depuis toutes ces années rend ces gens suspects dans leur intention et dans leur agenda. En effet j’ai déjà montré l’inefficacité religieuse, sociale et idéologique de rassembler 100 000 personnes au Bourget sans conscientisation ni consignes ni projet à faire partager. Un euro versé par chaque visiteur et sur cinq ans aurait permis de doter une fondation pieuse (Waqf) d’un demi million d’euros pour réaliser des cimetières musulmans ou des instituts de formation des Imams. Une délégation représentative aurait arraché à l’Algérie le financement intégral de la Mosquée de Marseille car la communauté musulmane est majoritairement algérienne et les relations franco algériennes sont complexes, mais liées. Il n’est pas normal que la France déploie ses écoles et ses instituts culturels en Algérie sans que l’Algérie ne dispose de la réciprocité sur le plan cultuel. Il ne s’agit pas de répéter l’expérience de la Grande Mosquée de Paris, mais d’innover en faisant jouer à l’Algérie ses devoirs et ses droits sachant que les Mosquées appartiennent à Allah et seul Son Nom doit y être évoqué.

 

Dans le même ordre d’idées se pose la question de la priorité des instances musulmanes : réunir les Musulmans au parc Chanot de Marseille pour exposer leurs bruits, leurs maqroud et leur gentillesse auprès d’une population française de plus en plus islamophobe ou faire une souscription auprès de la plus grande communauté musulmane de France, celle de la région PACA qui pourrait en en seule levée de fond, à raison de 5 euros par personne, réunir 15 millions d’euros. Il y a de quoi construire une grande mosquée avec une université islamique, un centre culturel et une fondation pieuse de solidarité aux pauvres, aux démunis et aux sans bourses d’études. Il ne faut pas avoir peur de dire ce qui fache chez nous et ce qui fait la joie des autres : nos enfants sont mal élevés, nous ne produisons pas d'idées ni d'union ni de force ni d'actions, nous ne faisons que déambuler, exposant à ceux qui nous connaissent mieux que nous nous connaissons notre misère sociale, morale et notre Wahn. Quel est le bénéfice idéologique, politique, social, économique de nous afficher en symbole d'insenséisme et d'inconséquences alors que la priorité est d'éveiller nos consciences à exercer ses devoirs, à construire sa fierté et à imposer le respect à la face du monde de la manière la plus intelligente, la plus discrète, la plus efficace. C'est ce sens des priorités et de l'efficacité qui nous fait défaut et qui continue de nous conduire à notre perte :

 

قُلْ هَلْ نُنَبِّئُكُمْ بِالْأَخْسَرِينَ أَعْمَالًا

الَّذِينَ ضَلَّ سَعْيُهُمْ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَهُمْ يَحْسَبُونَ أَنَّهُمْ يُحْسِنُونَ صُنْعًا

 

{Dis: «Voulez-vous que Nous vous apprenions lesquels sont les plus grands perdants, en œuvres? Ceux dont l'effort, dans la vie présente, s'est dissipé, alors qu'ils s'imaginent faire le bien.} Al Kahf 103

 

Je ne peux pas évoquer la construction de la Mosquée sans rappeler que dans l’histoire de la civilisation musulmane la Mosquée a davantage était l’œuvre collective des Musulmans que l’affaire des gouvernants. Un verset coranique que nous lisons avec un cœur dissipé et un esprit distrait nous oblige à trouver la solution par nous-mêmes et à ne pas compter sur un Etat mécréant pour construire et gérer nos lieux de culte :

مَا كَانَ لِلْمُشْرِكِينَ أَنْ يَعْمُرُوا مَسَاجِدَ اللَّهِ شَاهِدِينَ عَلَىٰ أَنْفُسِهِمْ بِالْكُفْرِ أُولَٰئِكَ حَبِطَتْ أَعْمَالُهُمْ وَفِي النَّارِ هُمْ خَالِدُونَ إِنَّمَا يَعْمُرُ مَسَاجِدَ اللَّهِ مَنْ آمَنَ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الْآخِرِ وَأَقَامَ الصَّلَاةَ وَآتَى الزَّكَاةَ وَلَمْ يَخْشَ إِلَّا اللَّهَ فَعَسَىٰ أُولَٰئِكَ أَنْ يَكُونُوا مِنَ الْمُهْتَدِينَ

Le verbe ya‘mourou Masàdjid Allah (يَعْمُرُوا مَسَاجِدَ اللَّهِ) est souvent traduit par peuplent, fréquentent ou visitent les Mosquées d’Allah oubliant que la langue arabe du Coran et le sens des versets coraniques lui donnent une signification plus large et plus vraie que la restriction de l’interprétation et de la traduction. Il s’agit d’édifier, d’entretenir, de purifier, de restaurer et de fréquenter le lieu de culte uniquement pas par les Croyants. Il n’est ni logique ni conforme à l’esprit du Coran ni à celui de l’esprit laïciste de construire, de restaurer, de fournir ou de fréquenter une mosquée destinée à l’adoration d’Allah (swt) et à l’étude de Sa Parole. Le contraire serait suspect ou peu crédible ou visant un objectif de cooptation pour endiguer la liberté des Musulmans et confiner leurs devoirs. La preuve de ce que je dis n’est pas mon opinion ni celle d’un linguiste ou philologue arabe, mais celle du Coran qui s’auto explique ou s’auto explicite donnant ainsi le sens le plus judicieux aux versets en amont ou en aval :

 

أَجَعَلْتُمْ سِقَايَةَ الْحَاجِّ وَعِمَارَةَ الْمَسْجِدِ الْحَرَامِ كَمَنْ آمَنَ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الْآخِرِ وَجَاهَدَ فِي سَبِيلِ اللَّهِ لَا يَسْتَوُونَ عِنْدَ اللَّهِ وَاللَّهُ لَا يَهْدِي الْقَوْمَ الظَّالِمِينَ

 

{Avez-vous considéré qu’assurer l’eau au pèlerin et entretenir la Mosquée Sacrée, est égal (au mérite) de celui qui croit en Allah et au jour Dernier, et qui s'est efforcé pour la Cause d’Allah ? Ils ne sont point égaux auprès d’Allah. Allah ne Guide point les gens injustes.} At Tawba 19

 

Imara (عِمَارَةَ) est le substantif du verba ‘amara () et il concerne ici la Mosquée déjà construite dans laquelle les polythéistes veillent au traditions anciennes de son entretien et de la gestion de l’eau Zemzem sans y adorer le Dieu Un et Unique, le Maitre de la Maison sacrée et le Souvcerain des Univers. Comment donc traduire avec fidélité le terme polysémique de ya’mourou et lui trouver l’équivalent en français qui veut dire en même temps édifier, entretenir, restaurer, fréquenter, venir pour y prier, visiter ? Le terme "être astreint" est le plus proche sans contenir l’essentiel qui est l’amour et la dévotion qui se font sans contrainte, sans ostentation. Pour l’instant faute d’avoir trouvé le terme, je préconise une note en bas de page de la traduction

 

{Il n’appartenait pas aux polythéistes de fréquenter(*) les Mosquées d’Allah, témoignant de mécréance contre eux-mêmes. Ceux-là vaines ont été leurs actions, et ils s’éterniseront dans le Feu. Mais ne fréquente (*) les Mosquées d’Allah que celui qui devint croyant en Allah et au jour Dernier, qui accomplit la prière, qui acquitte la Zakat, et qui ne craint qu’Allah. Ainsi ceux-là seraient du nombre des biens guidés.} At Tawbah 17

 

(*) Edifier, entretenir, restaurer, purifier, servir, fréquenter, peupler et visiter la Mosquée

 

6 – Nous savons qu’il faut avoir recours aux sources de la Révélation pour comprendre et traduire le Coran puis le mettre en application selon le Dessein d’Allah et non selon l’opinion des élites religieuses savantes ou ignorantes. Le Prophète a indiqué le cadre de notre réflexion : le Coran, la Sunna et les dires ou décisions des Califes biens guidés ou des compagnons versés dans la science du Coran et de la Sunna. Notre opinion n’a de place que pour « broder » et mettre en liaison les liens qui donnent sens global. Notre tribun du vendredi a justifié la nécessité de délaisser nos caves et nos mosquées de quartier et d’aller tous ensemble prier au parc Chanot de Marseille sans nous donner une référence religieuse authentique qui institue cette pratique. Il s’est contenté de nous raconté son expérience de vie aux Etats-Unis où les Musulmans parcouraient jusqu’à 30 km pour accomplir en groupe les festivités de l’Aïd. Si des prédicateurs se permettent de citer des savants qui deviennent écran voire substitut au Coran et au Prophète, le tribun de ce vendredi va plus loin, il nous prend en exemple une pratique aux Etats-Unis. Nous avons trois questions à lui poser :

 

La première est celle du Coran qui nous demande de ne pas nous fier aux coutumes des gens, mais de disposer de preuves religieuses incontestables. Chaque nation sera interrogée sur ses mobiles y compris religieux.

 

Le Croyant ne peut se contenter de dire j’ai eu la foi et de faire comme il veut, il doit montrer les preuves de sa foi et de ses allégations sur le Fiqh et la religion :

 

وَنَزَعْنَا مِنْ كُلِّ أُمَّةٍ شَهِيدًا فَقُلْنَا هَاتُوا بُرْهَانَكُمْ

 

{Et Nous avons extrait un témoin de chaque communauté, puis Nous avons dit : « Apportez votre preuve ! »} Al Qasas 75

 

Quelles sont les preuves qui vont inciter les Musulmans à quitter leur quartier et leur mosquée pour rejoindre une manifestation festive et ostensible dans un climat d’islamophobie ? En cherchant dans les sources, nous trouvons l’avis de savants anciens et modernes qui avancent la recommandation de prier dans une moussalat, le jour de fête, et non dans le Masjid. On attribue cette recommandation au Prophète qui aurait prié des fois dans la mosquée et d’autres fois dans des lieux de prières (moussalat) sans avancer une preuve irréfutable : un hadith authentique ou un avis consensuel des compagnons du Prophète. Il est possible qu’il existe une référence incontestable. Le tribun n’en a pas fait référence et mes connaissances limitées en Hadith ne m’ont pas permis d’infirmer ou de confirmer catégoriquement la prière en un seul lieu pour une même ville, une région ou un grand quartier.

 

En faisant des recherches, je n'ai trouvé qu'un hadith rapporté par Abou Horeyra qui dit que le Prophète (saws) avait fait une prière de fête dans la mosquée un jour pluvieux. Ce hadith qui sous entend que toutes les prières étaient faites hors de la Mosquée est rapportée par Ibn Màja, Abou Dawoud et Hàkim, mais Al Hafiz a dit que sa chaine comporte un anonyme alors que Dhahabi l'a considéré comme faux (munkar). Si quelqu'un a des références authentiques qu'il nous éclaire, qu'Allah éclaire son visage.

 

Je vais pousser la logique contradictoire jusqu’à ses extrêmes : en supposant qu’il existe une norme religieuse qui rend obligatoire la prière de l’Aïd en une assemblée dans une ville ou dans un village est-ce que cette norme donne crédit pour se réunir comme des moutons derrière un objectif plus politique que religieux ? Est-ce que l’existence de la preuve religieuse donne caution morale pour aller prier derrière un imam dans un parc ou dans une salle d’exposition où le nom d’Allah est profané chaque jour ? Est-ce que l’existence de la référence irréfutable pour une pratique que les madhahib (écoles doctrinaires) examinent avec divergence sur son obligation alors que l’obligation sur laquelle il n’y a aucune divergence est bafouée : ne pas encourager la sédition armée, ne pas cautionner l’agression d’un pays musulman par un agresseur musulman ou non musulman, ne pas se ranger derrière ceux qui ne font la cause des musulmans leur cause principale comme est le cas de la cause de la Palestine où rien de concret n’est fait pour expliquer, dénoncer et refuser les crimes sionistes ?

 

La seconde est celle de la comparaison la plus judicieuse en l’absence de références religieuses irréfutables. La majorité de la communauté musulmane en France est d’origine maghrébine et la question se pose : pourquoi aller au Etats-Unis et laisser l’Algérie voisine musulmane à 100% ? Le peuple algérien a un problème avec ses gouvernants despotiques, mais n’a pas de problème avec la pratique de sa religion. Pour des raisons culturelles et sociologiques le Musulman en France est plus sensible à ce qui se passe en Algérie, au Maghreb ou en Arabie saoudite qu’aux Etats-Unis.

 

La troisième question est sans doute la réponse : La référence aux Etats-Unis n’est qu’une manière détournée de faire référence au monde anglo-saxon. Il s’agit en quelque sorte de mettre en exergue le communautarisme anglo-saxon contre le non communautarisme français. Je suis obligé de pousser cette logique non dite jusqu’à ses limites en posant d’autres questions qui montrent que les instances religieuses musulmanes veulent présider la destinée des Musulmans alors qu’elles ignorent les grands enjeux de société dans le monde occidental et qu’elles ignorent l’histoire de sécularisation de la France considérée comme le pays le moins religieux dans le monde. La première question –  est-ce que vraiment le communautarisme anglo-saxon est profitable aux communautés musulmanes vivant en Angleterre et aux Etats-Unis ou n’est-ce pas plutôt une forme de discrimination très subtile que l’Empire britannique a construit durant sa longue domination du monde qui lui permet hier comme aujourd’hui de faire gérer les communautés par les élites de la communautés qui œuvrent pour la sécurité et la prospérité de l’Empire tout en économisant l’effort de répression directe et brutale que les Français ne savent pas réaliser par différence culturelle avec les Anglais ? Qui nous dit que la France ne pratique pas le communautarisme ? Il faut lire l’histoire de l’Algérie, des migrants en France et de leur parcage dans des ghettos urbains et socio professionnels pour voir qu’au nom de l’intégration après l’assimilation, la France a toujours pratiqué le communautarisme qu’elle occulte en termes de communication pour avoir bonne conscience avec ses symboles et ses déclarations.

 

Enfin la dernière question, la plus subversive, mais la plus pertinente, si ces élites veulent conduire la communauté musulmane à bon port et œuvrer pour l’Islam authentique : Est-ce que l’intérêt de la communauté musulmane et la promotion de l’Islam comme alternative à l’impasse civilisationnelle est dans le communautarisme et les démonstrations communautaristes stériles et ostensibles ?

 

Dans ces non-dits survolés sur le communautarisme, nous avons eu droit à ce qui fait mode aujourd’hui dans la communauté musulmane : la création d’écoles musulmanes. On dirait que le même mot d’ordre est lancé : l’école musulmane apporterait une plus value car elle va enseigner l’arabe, la civilisation islamique et le Coran. Il faut avoir le courage de dénoncer cette approche simplificatrice que l’expérience met en exergue les fausses allégations et ses limites. La communauté commorienne plus pauvre et plus stigmatisée que la communauté maghrébine a mis en place depuis sa présence, plus récente que celle des Algériens en France, des écoles coraniques et des écoles de langue arabe qui sont fréquentées avec assiduité. L’école en marge de la société n’est valide que si elle est destinée à un corps diplomatique ou des résidents de passage et qui veulent conserver l’éducation, la culture, la langue et les diplômes de leur pays d’origine. L’expérience a montré que la famille et les associations peuvent apporter le complément culturel, religieux et pédagogique qui manquent aux élèves si la société s’investit dans ces associations d’une manière efficace, soutenue et durable. La problématique de l’école que les Musulmans ne veulent pas voir par précipitation, par activisme ou par intérêt lucratif est dans l’excellence que cette école ou ce collège ou ce lycée doit apporter en terme de pédagogie, de didactique, de docimologie, de plateau technique et de participation des parents dans le suivi de la progression de leur progéniture. Si les Musulmans de France ont le souci de ne pas se confiner dans une posture schizophrénique et s’ils ont conscience que leur devoir est au-delà du communautarisme car ils ont pour vocation de témoigner aux autres, alors toute séparation des autres est une faute.

 

Les Musulmans peuvent créer des établissements à l’instar des écoles juives ou catholiques, mais ils doivent prendre garde à trois choses. Comment financer ces écoles pour ne pas connaitre une nouvelle fois des expériences avortées. Comment être ouvert sur le corps enseignant pour recruter les meilleurs enseignants. Ce serait mortel de faire le choix en mathématique ou en physique chimie ou autre matière sur des critères religieux alors qu’il s’agit d’aligner des compétences pédagogiques qui amènent l’apprenant vers la compétence à être d’actualité dans les défis scientifiques et technologiques de demain. Ce serait intéressant avant de se lancer de faire l’étude des expériences des établissements des jésuites dans le monde arabe et voir leur capacité de gestionnaires et leur compétence pédagogique de fournir un enseignement de qualité et des promotions de hautes performances sans que les Musulmans ne soient agressés par un culte étranger à leur culture. Dans cet ordre d’idées ce serait commettre une erreur irréparable que de faire de l’école privée musulmane un lieu réservé pour les Musulmans. La valeur ajoutée est dans la performance et non dans le ghetto ou le sectarisme religieux. Enfin, en termes de valeurs ajoutées, il y a lieu comme lors d’une création d’entreprise de faire une étude marché entre l’offre et la demande d’une part et de faire l’étude des besoins et des manques à combler.

 

Je n’apporte pas de réponse mais je pose la question au vu de la situation catastrophée de l’école française, de son marché du travail et de la sociologie pédagogique de la communauté musulmane, s’il n’est pas plus judicieux d’aller vers la création d’établissements de formation professionnelle qui assurent des débouchés à un marché demandeur et à une population tenue en échec scolaire que vers les formules classiques de reproduction d’un système scolaire qui demande à être rénové. Adjoindre des matières islamiques à un système en détresse ne va pas changer l’équation fondamentale de l’échec ni répondre à la question : quelle école pour quel public ?

 

7 – Tous ces problèmes relèvent davantage du politique que du religieux et les erreurs peuvent coûter cher en termes politiques sans avoir des répercussions graves sur la religion et la pratique de la religion. Cependant, quand l’assistance qui vient encadrer l’Imam de circonstance a dans son sillage des instituts, des conférences, des appareils et autres représentations de notoriété sociale, intellectuelle et religieuse, j’ai le devoir de m’interroger sur le transfert aux jeunes de l’amour de la vérité, de la justice et de l’exactitude ainsi que de l’inspiration de l’amour pour Allah et Son Noble Prophète lorsque le Coran est mal traduit dans des passages censés être des rituels de chaque jour, de chaque heure. En effet quand on entend la traduction de ce verset :

 

إِنَّ اللَّهَ وَمَلَائِكَتَهُ يُصَلُّونَ عَلَى النَّبِيِّ يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا صَلُّوا عَلَيْهِ وَسَلِّمُوا تَسْلِيمًا

{Certes, Allah et Ses Anges prient sur le Prophète; ô vous qui croyez priez sur lui et adressez [lui] vos salutations.} Al Ahzab 56

 

Quand on vient donner des leçons de religion, l’important n’est pas la rhétorique ou l’érudition affichée devant un auditoire qui a appris depuis trop longtemps à ne pas contester le tribun ni à méditer ses paroles, mais la considération et la vénération de la parole d’Allah. Un verset ou un mot du Coran n’est pas la parole d’un poète, d’un journaliste ou la répétition d’un homme pris dans l’engrenage de l’habitude à dire sans ressentir le sens de ce qu’il dit ni sa portée religieuse. Tout manquement à la parole d’Allah par insouciance, habitude, ignorance est condamnable et par ce fait il ne donne pas le droit ni la prétention à conduire la destinée de la communauté.

 

Comment prétendre conduire la destinée de la communauté alors qu’en manquant de justesse et de vérité sur la Parole d’Allah on tombe sous le coup de ce verset réprobateur :

 

مَا قَدَرُوا اللَّهَ حَقَّ قَدْرِهِ إِنَّ اللَّهَ لَقَوِيٌّ عَزِيزٌ

{Ils n'ont pas considéré Allah comme Il le mérite ; Allah est certes Fort et invincible.} Al Hadj 74

 

En effet Allah ne prie pas sur Son Prophète, les Anges ne prient pas sur le Prophète, nous ne prions pas sur le Prophète. Le verbe prier en Arabe (Salla) ne doit pas être traduit littéralement et automatiquement. Tous, y compris le Prophète (saws) nous prions Allah dans le sens où nous lui vouons le culte pur et sincère exclusivement dévoué à lui et dans le sens aussi où nous l’invoquons de nous accorder Sa Miséricorde et tout ce qui entre sous les propriétés de la miséricorde comme l’amour, la clémence, la protection, l’absolution, le salut, le paradis… Nous l’invoquons aussi de nous accorder la bénédiction de nos efforts, de nos biens et de notre famille ainsi que tout ce qui entre sous les propriétés de la bénédiction comme la santé, la réussite, la prospérité, l’abondance, la science, la satisfaction de nos désirs, le comble de nos manques, et la mise à notre disposition des moyens…

 

Allah ne prie pas sur nous, mais Il répond globalement et par sagesse à tout ce que nous pouvons désirer ou redouter sous forme « générique » de miséricorde et de bénédiction. Il est de même pour les Anges qui ne prient pas sur nous, mais qui invoquent Allah en notre faveur pour qu’Il nous accorde miséricorde et bénédiction.

 

Allah ne prie pas sur le Prophète, mais Il l’assure de lui accorder Al Maqam Al Mahmoud (la station de la grâce, la posture louable), Al Wassila ( l’intercession pour la communauté et la place la plus honorable du Paradis , al Fadila (l’excellence) et ad Daraja ar rafi’â (rang élévé au Paradis et excellente renommée jusqu’à la fin des temps). Sur un plan « générique » Allah lui accorde sa Miséricorde et Sa bénédiction.

 

Les Anges et les Croyants ne prient pas sur le Prophète (saws), mais invoquent Allah de lui accorder Miséricorde et Bénédiction dans le sens où le Prophète a explicité ces deux notions pour lui.

Par ailleurs nous envoyons nos salutations au Prophète car il est vivant dans nos cœurs et vivant à travers le Coran qu’il nous a révélé et la Sunna qu’il nous a laissée. Il répond à nos salutations et à nos évocations de sa personne.

 

La traduction qui correspond au mieux au sens des versets coraniques est la suivante :

Certes, Allah Est Tout-Miséricorde envers le Prophète, et les Anges implorent pour lui le bien. O vous qui êtes devenus croyants, invoquez Allah pour lui et adressez-lui vos salutations.(*)} Al Ahzab 56

 

(*) Lorsque le nom du Prophète est évoqué, le Coran et la règle prophétique exigent – par considération pour sa noblesse, son sacrifice et son œuvre par lesquels nous sommes devenus par la grâce d’Allah musulmans – que l’on accompagne son nom ou son évocation de la formule :

 

صلى الله عليه و سلم

 

« Qu’Allah lui Accorde miséricorde et bénédiction, et qu’Il lui transmette nos salutations ».

 

Conclusions :

 

Le Coran nous donne le chemin à suivre si on se donne le temps de le lire avec des yeux de vivants, de lire le monde avec des yeux de responsables et si on accepte enfin de renoncer à la stratégie du serpent qui se mord la queue ou de la montagne qui accouche d'une souris : Mobilisons nous pour un authentique Jihad compris comme s'efforcer de faire le maximum d'effort pour plaire à Allah sans chercher la complaisance et les jeux d'appareils. L'islam et le Jihad doivent primer sur toute autre considération, mais pour celà il faut commencer à renoncer aux faux fuyants et aux faux brillants :

 

{Avez-vous considéré qu’assurer l’eau au pèlerin et entretenir la Mosquée Sacrée, est égal (au mérite) de celui qui croit en Allah et au jour Dernier, et qui s'est efforcé dans la Cause d’Allah ? Ils ne sont point égaux auprès d’Allah. Allah ne Guide point les gens injustes.} At Tawba 19

Avons-nous tiré leçon des Juifs qui se sont imposés en France pour le compte de l'entité sioniste sans faire des démonstrations festives de masse ? Ils ont construit leur force, alors qu'ils étaient des bouc-émissaires et des populations stigmatisées en s'impliquant dans la mise en place de réseaux efficaces pour que chaque Juif instruit et compétent apporte ce qui manque au Juif moins compétent et moins instruit. Par la culture du réseau et la même idéologie qui rassemble les religieux et les non religieux, ils ont étendu leur réseau progressivement sans bruit sur le commerce, l'économie, les universités, les médias, les partis politiques. Contre tous les préjugés et tous les stéréotypes du Juif riche, radin et puissant mais méprisables, ils ont construit leur grandeur et leur invulnérabilité qui les rend au dessus des Français de "souche".

Avons-nous appliqué les règles de bienséance et de préséance de l'Islam qui veulent que le maitre des lieux préside la prière même si son invité est plus savant que lui ? S'il y avait stratégie de communication, volonté d'efficacité pour le compte de la communauté et confiance entre "chefs", l'imam de la mosquée de notre quartier a les compétences de tenter de nous convaincre de rejoindre le bain de foule à Chanot pour l'Aid prochain. Les anciens et les jeunes attachés à leur cave faisant office de moussalat n'iront nulle part et tout le monde le sait. Tout le monde sait que ce serait une sortie festive. Les mères de familles iront à Chanot comme elles avaient l'habitude d'aller à Mac Donald ou à Quick.

Est-ce que les organisateurs de ce genre de festivités ne savent pas que les jeunes et moins jeunes instruits et politisés connaissent la vérité ? La vérité est dans le rituel de faire de ce rassemblement une tribune politique pour donner la parole non seulement à des élites en manque de représentativité pour asseoir leur autorité, mais aussi à des politiciens français non musulmans (maires, députés etc…) qui ont l'occasion de travailler le clientélisme électoral et travailler sur le mental réceptif des musulmans en leur faisant  la leçon civique profitant de leur position agenouillée.

Enfin, en salle d'exposition ou dans une cave, l'essentiel qui est le sermon ne suit ni l'actualité ni les soucis ni le reveil des consciences indolentes et personne ne semble encore voir l'ennui des orants qui attendent avec impatience la fin des longs discours creux et redondants.

 

Omar Mazri