Le jeudi 13 juillet 2012, Dalil Boubakeur, par voie de communiqué, a suspendu la participation de la Grande Mosquée de Paris (GMP) au Conseil Français du Culte Musulman (CFCM). Le recteur de la GMP a annoncé le retrait de ses deux représentants du bureau exécutif du CFCM. Ces deux places, occupées par des personnes cooptées et non élues, revenaient de droit à la GMP depuis que cette dernière, tout comme l'Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), avaient boycotté les élections du renouvellement de l'instance en juin 2011.

Pour autant, affirmer que la Mosquée de Paris et l'UOIF ont quitté le CFCM est un abus de langage car pour ce faire, il est nécessaire de modifier les statuts du CFCM afin de retirer ces deux fédérations comme membres fondateurs de la structure. Ce n'est qu'à cette seule condition définitive que les deux fédérations pourront prétendre avoir quitté la structure néocoloniale qu'est le Conseil Français du Culte Musulman dont les objectifs idéologiques principaux sont la dénaturation de l'essence de l'islam de l'intérieur, la division des musulmans de France, le sabotage de leurs projets et de leur autonomie, le contrôle des mosquées, des présidents de mosquées ainsi que des imams, sans oublier le contrôle de la communication communautaire… Les onze années d'existence et de bilan nul du CFCM prouvent largement tous les maux sus-mentionnés.

Malgré les apparences trompeuses, le CFCM n'est pas une création de la droite ou de Nicolas Sarkozy, ce dernier n'a fait que conclure en 2003 un travail presque aboutit qui dépasse le clivage artificiel gauche-droite ou ses propres calculs politiciens de l'époque. Même si Nicolas Sarkozy a largement instrumentalisé cette structure à des fins personnelles ces onze dernières années sans que la gauche ne dise mot. Nous avons comme exemple récent la remise de la légion d'honneur au président Mohamed Moussaoui, naturalisé français depuis moins de 3 ans, en échange de son silence durant la campagne présidentielle 2012, sachant qu'une des stratégies pour la réélection de Nicolas Sarkozy allait consister à stigmatiser et à bouffer du musulman en guise de séduction et de récupération d'une partie de l'électorat du Front National.

Aussi nous avons pu constater que le CFCM et son appendice qu'est "l'observatoire contre l'islamophobie en France" se sont empressés de cracher leur venin, de médire sur feu Mohamed Merah et son père alors que la Justice ne s'est jamais prononcée sur sa culpabilité et que cette affaire d'Etat n'a pas fini de dévoiler ses secrets. La présomption d'innocence est pourtant un principe autant islamique que "républicain", mais qu'attendre d'un observatoire bidon qui est aux ordres de Mohamed Moussaoui qui lui est prosterné aux pieds de ceux qui l'ont fait chevalier de l'islam de France.

Par définition un Etat "moderne" est un Etat qui a les capacités d'exister dans l'espace et le temps en préservant son idéologie, sa culture, ses élites, ses modes de représentation, sa gestion et sa puissance publique… Dans un but prophylactique, face à la montée inexorable de la démographie musulmane en France et en Europe, qui projetée à long terme, peut représenter une menace au vu du système de scrutin de la démocratie polyarchie française, le CFCM vit le jour dans le but de tuer dans l'œuf toute initiative de création d'une union ou d'un lobby musulman en France. L'Etat français agit en toute cohérence avec certains principes et méthodes puisés dans ceux de l'athéisme, de la Franc-Maçonerie et du sionisme.

Décryptage de la démission de la Grande Mosquée de Paris du CFCM

Certains commentateurs ou journalistes ont cru voir dans cette "démission"  une énième tentative de Dalil Boubakeur de faire pression sur les autorités françaises afin qu'elles daignent favoriser sa visibilité ou celle de la mosquée de Paris dans le paysage islamique et médiatique de France, dans un jeu malsain de concurrence avec les autres fédérations qui composent le CFCM, en particulier le Rassemblement des Musulmans de France (RMF) proches du Maroc. Au passage, ces journalistes n'ont pas manqué de dénoncer les perturbations occasionnées par ce qu'ils appellent "l'islam des consulats" sans préciser ce qu'ils entendent par cette formule inventée par l'UOIF ou de quels consulats il s'agit : Algérie, Maroc, Turquie, Sénégal… ? Nous reviendrons plus tard sur cette formule "islam des consulats" utilisée essentiellement pour stigmatiser ou dénigrer les apports ou la participation en matière de culte (imams, subventions pour la construction de mosquées etc…) des pays du Maghreb, dont une majorité de musulmans de France sont originaires et jouissent pour la plupart d'une double-nationalité.

Il n'est un secret pour personne que le principal bailleur de fond de la Grande Mosquée de Paris est l'Algérie. En effet, ce sont, chaque année, plusieurs centaines de milliers d'euro que l'Algérie verse au Rectorat sans compter la prise en charge salariale de plus de 150 imams répartis à travers tout le territoire français. A ce titre et au vu du couloir diplomatique et stratégique que représente le CFCM entre la France, l'Algérie, le Maroc et la Turquie, Dalil Boubakeur ne peut prendre seul la décision de quitter définitivement le CFCM. Même si au passage, en juin 2011 juste après les élections du CFCM, il avait conditionné la participation de la GMP au CFCM si et seulement si des réformes sérieuses et profondes (changement du système de scrutin) étaient réalisées. Un premier délai fût donné pour le 31 décembre 2011 puis repoussé au 15 mars. A ce jour, les réformes promises n’ont pas abouti, par conséquence, sur ce coup, nul ne peut qualifier le retrait de la GMP du CFCM de bouderie théâtrale ou de farce.

Le sujet est sérieux car il peut entrainer de facto la chute du CFCM qui ne serait rien d'autre que la destruction commandée de la politique française de gestion de l'islam. Le sujet est d'autant plus sérieux si l'on élargit notre champ d'analyse à la géopolitique du Sahel, aux récents enlèvements des 7 diplomates algériens qui d'après certains analystes seraient l'oeuvre des services français pour obliger l'Algérie à entrer en conflit armé pour le compte de la France dans le cadre de la libération du nord du Mali ou plutôt de sa "balkanisation" afin d'avoir une main mise sur d'importantes ressources gazières et minières. Tout ceci bien sûr selon le fameux faux prétexte de la lutte contre le terrorisme. Aussi, il faut intégrer dans la réflexion l'affaire Merah qui prend des allures de bras de fer entre Alger et Paris et qui pourrait s'avérer être une vraie bombe à retardement pour les services de sécurité français si la vérité voyait le jour.

N'est-il pas étonnant que le jour de l'annonce du retrait de la GMP du CFCM, trois des sept otages ont été libérés ? Que ce même jour , Zahia Mokhtari l'avocate du père de M. Merah a différé le dépôt à la Justice française des vidéos en sa possession ? A Alger, les discussions en coulisses avec Laurent Fabius ont du être tendues…

Cela étant dit, les membres de la GMP opposés, par calcul personnel et égoiste, au retrait du CFCM et qui se sont plaints dans la presse algérienne et marocaine de ne pas avoir été consultés avant la prise de décision, devraient se rappeler les réunions de la fédération nationale de la GMP de juin 2011 où  il avait été clairement question que la GMP se retire du Cirque Français du Culte Musulman si ce dernier ne réformait pas son système de scrutin pour prendre en compte les besoins et la volonté des musulmans de France. Mais quand on est coopté ou parachuté au sommet du CFCM à quoi bon s'enquérir des questions relatives à la réprésentation des musulmans de France et à la légitimité d'être un élu digne de ce nom.

Source : www.cfcm.tv