Syrie-missilesComme à l’accoutumée, je relève le défi de suivre et parfois d’anticiper sur les événements en restant collé à la même grille de lecture même s’il y a des erreurs ici et là.

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A – Il était donc prévisible de voir l’Occident déstabilisé par le jeu russe qui s’impose de plus en plus comme l’acteur majeur et incontournable dans la nouvelle étape des relations internationales.

1 – L’enthousiasme hésitant et versatile des médias et des chancelleries exprime à la fois le soulagement contre une guerre dont les conséquences sont redoutées  et  le désir d’une solution militaire qui laisserait l’entité sioniste en position de force sans aucune menace ni rivalité à ses frontières.

Les politiques et les médias ne donnent pas la parole aux militaires, car il n’est pas dans leur tradition « démocratique » de donner la parole à l’armée chargée de défendre les intérêts du système hors de ses frontières ou de les acquérir par la force. Ils ne veulent pas aussi écouter les trois vérités élémentaires et  dérangeantes suivantes.

A – La doctrine de guerre syrienne ne repose pas sur l’armement chimique et même s’il venait à la Syrie de doter ses missiles de réservoir de gaz la Russie appelé à jouer un rôle déterminant dans la recomposition multipolaire du monde ne prendrait pas le risque de perdre son statut de défenseur de la paix mondiale contre un Occident qui met en péril la paix mondiale.

B – La doctrine de guerre syrienne repose sur les missiles.

C – La possession ou l’usage d’armes chimiques en cas de confrontation avec les armées américaines et leur puissance de feu joue contre l’armée syrienne et sa population. Ici, en plus de toutes les considérations déjà évoquées dans les analyses précédentes sur la Syrie, la Russie ne joue ni au Poker ni à la roulette russe, elle remet les pièces de l’échiquier dans un autre dispositif qui fait porter l’entière responsabilité à l’Occident en cas de dérapages qui surviendraient après son agression. Les dérapages sont connus : embrasement régional, entrée de la Russie dans le conflit, et dommage incontrôlé de l’usage des armes chimiques ou de l’explosion des laboratoires ou sites de stockage.

3 – Le mépris français n’a d’égale que l’ignorance de son propre déclin et de son isolement. Ils sont les seuls à faire semblant de ne pas avoir entendu Poutine dicter ses conditions  après la proposition de Lavrov de faire contrôler les armes chimiques par la communauté internationale : « si les USA renoncent au recours à la force ». Voici les mots de Poutine que les média français taisent :

« Tout cela a un sens et pourra fonctionner si la partie américaine et tous ceux qui la soutiennent renoncent au recours à la force […] Il est de notoriété publique que la Syrie dispose d’un arsenal d’armes chimiques et les Syriens l’ont toujours considéré comme une alternative aux armes nucléaires d’Israël

4 – Le projet de résolution des Français demandant le recours au chapitre  7 du conseil de sécurité autorisant l’usage de la force contre la Syrie n’exprime que le déploiement attendu du lobbying  comme si les Russes, les iraniens, le Hezbollah et l’Iran n’avaient pas étudié le cas irakien et la brèche dans laquelle ne manquerait pas de tomber les « amis » de la Syrie et les amis d’ « Israël ». Les Français ne voient pas les contradictions d’Obama avec son Administration ni ne voient celles des Élus américains. Ils abusent d’un poste dont ils n’ont ni les compétences ni les moyens ni l’opportunité (au regard du changement d’époque) d’exercer au risque de finir comme Midas le roi au bonnet d’âne…

Les médias français ne défendant plus les intérêts du peuple français ne se posent plus la question pourquoi sur cette planète il n’y a que la France et les Arabes qui poussent les Américains à entrer en guerre alors que l’Amérique hésite, alors que l’Amérique prend ses décisions sans les consulter, alors que l’Amérique consulte la Russie et écoute l’Iran.

La réponse est simple, elle est connue par le premier Maghrébin du  coin s’il n’est pas interlocuteur valide de la France et des monarchies bédouines ou s’il n’est pas un Pygmalion qui se croit appelé à de hautes fonctions ou à de hautes distinctions après l’assassinat  d’un dictateur arabe par l’Amérique qui aura auparavant détruit le semblant d’État et de société. La réponse est à trouver dans les centaines de milliards de matériel militaire et de systèmes d’armes ultras modernes que les Bédouins ont achetés de l’Amérique et de la France et qu’ils sont incapables de conduire dans une guerre contre le régime syrien ou contre l’armée syrienne. Voilà deux ans qu’ils envoient les jeunes du monde entier tuer les Syriens et se faire tuer par les Syriens sans qu’ils  prennent le courage de lancer leurs militaires et leurs avions sur Damas, Alep, Homs, Lattaquié ?

Les Maghrébins ne supportent plus de voir un pays en déclin démographique, économique, militaire et morale jouer dans la cour des grands, car il a joué minablement dans la cour des petits en Libye et au Mali.

Qui et quoi font peur à ces Bédouins ? À la dernière minute, le secrétaire général de la Ligue arabe  avait lâché les Bédouins, la France et l’Amérique pour rejoindre l’Égypte qui s’est trouvé une nouvelle passion pour faire oublier son coup d’État et se faire pardonner sa répression.

Il est difficile de faire des prévisions, mais il est permis de croire que dans un avenir proche, nous verrons l’Allemagne lâcher la France et les Latins pour se tourner résolument vers l’Europe orientale et le grand partenariat économique et géostratégique que lui apporterait la Russie en Eurasie,  en Iran et en Afghanistan.

Dans le même horizon, il est permis de croire que le Maghreb ou plutôt  l’Afrique du Nord tournerait le dos définitivement à la France et suivrait son prolongement historique et géographique vers le Sud et vers l’Est.

Il fut un temps où Kissinger menait le monde en provoquant ses fautes et en les exploitant. C’est le tour de Vladimir Poutine d’inverser les rôles. La Chine silencieuse n’est pas endormie,  elle continue de prendre sa revanche comme l’avaient fait Mao et Chou en Lai lorsqu’ils avaient exporté la drogue aux USA et une fois que leur manège a été découvert ils ont trouvé cette réponse ingénue en apparence : «  nous ne faisons que vous renvoyez ce que vous avez ramené chez nous ».

5 – S’il y avait une réelle intention de protéger les populations civiles syriennes, jordaniennes, palestiniennes et autres du gaz sarin (1000 tonnes ?), l’Occident aurait été  empressé de sauter sur l’occasion, même si le désarmement aurait pris 10 ans et couté 1 milliard $.

Les Russes ont placé leurs pièces maitresses au bon moment et au bel endroit. La partie ne fait que commencer. Pour l’instant ils manœuvrent avec habilité les contradictions et pousse l’Occident vers l’accumulation de fautes. Le recours à des expressions galvaudées comme la guerre froide ou Poutine antidémocratique ne changent rien dans le jeu et son issue surtout lorsque le bavard ne joue pas et ne sait pas jouer , il ne fait que du divertissement faute de faire de la diversion.

6 – L’acteur majeur, le Hezbollah est silencieux. C’est son jeu qui sera déterminant. S’il s’exprime dans les prochains jours ou les prochaines semaines ce sera probablement soit pour annoncer l’échec du plan occidental soit pour signifier l’imminence des combats et le rôle stratégique de la résistance.

B – Que vont faire les Russes. Logiquement ils vont bloquer le projet français, puis ils vont faire porter la responsabilité à Obama -tout en le ménageant –  qui n’ a pas su utiliser la perche tendue. Ils n’auront pas de mal à  présenter  le trio Etats-Unis, Angleterre et France comme de mauvais joueurs aux opinions mondiales et aux autres pays. Probablement, ils vont déclassifier des  renseignements pour  montrer la mauvaise foi et le mensonge du trio. Et ils vont envoyer d’autres navires de guerre et d’autres équipements en Syrie. Ils connaissent la mauvaise foi de l’Occident et garde souvenir de son emprise sur l’ONU et logiquement ils vont demander une commission d’experts internationaux pour identifier les auteurs de l’usage des armes chimiques dans la banlieue de Damas.

Que vont faire le trio, l’entité sioniste et les bédouins? Ils  vont tenter de monter une opération de subversion sous fausse bannière. Les médias français et Al Jazeera continuer de colporter des mensonges et des des syllogismes fallacieux.

Ce jeu perturbe le moral et sape l’économie occidentale qui commence à peine de croire à la fin de la récession et qui risque de rentrer dans une nouvelle dépression dont ils ne sauront pas comment s’en sortir. Jamais l’Occident n’a été aussi fragile et aussi vulnérable. Les gouvernants et les élites  arabes et africains n’ont vraiment pas d’envergure pour saisir les pertinences et les opportunités d’émancipation de ces conditions singulières.

Que vont faire  la Syrie et le Hezbollah? Affûter leur stratégie et coordonner leurs ripostes.

Omar MAZRI