Ali Belhadad, un Algérien résidant en France depuis 20 ans, a été expulsé vers l’Algérie en 2012. La cause ? Ses liens supposés avec Mohamed Merah et l’attentat de Casablanca qui avait couté la vie à deux touristes espagnols en 1994. L’affaire avait fait grand bruit dans la presse française dans un contexte d’élections présidentielles. Revirement de situation depuis : « Le tribunal administratif de Paris a annulé, mercredi 12 février, l’arrêté d’expulsion », lit-on dans l’édition électronique du Monde de ce jeudi 13 février.

Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Claude Guéant, était sûr : c’est un terroriste et l’arrêté d’expulsion est une « urgence absolue ». Ali Belhadad n’a pas eu le temps de répliquer. Le recours en référé formé juste après l’expulsion est rejeté. Le plaignant tente alors un pourvoi devant le Conseil d’État qui ne donnera pas plus de résultats. Suite au rejet de ses demandes sur toute la ligne, Ali Belhadad quittera le territoire français, ainsi que son épouse française et ses deux filles.

L’affaire est ensuite jugée sur le fond et d’emblée, le tribunal administratif saisi du dossier n’est pas convaincu. Des communiqués successifs du ministère de l’Intérieur (pour lesquels l’Algérien a obtenu gain de cause suite à des poursuites pour diffamation) certifient que l’homme aurait « des liens étroits avec des membres de la mouvance islamique radicale », reprend Le Monde. Ali Belhadad tient, en effet, une librairie religieuse dans laquelle quelques ouvrages salafistes sont proposés à la vente. Par ailleurs, l’homme « avait dîné, en février 2012, avec deux anciens vétérans des camps d’Al-Qaida en Afghanistan ». Cependant rien ne venait étayer une relation régulière et continue entre ces hommes.

Pour le tribunal administratif, il n’y a pas « le faisceau d’indices convergents » évoqué par le ministère de l’Intérieur. Quant aux liens avec l’affaire Merah, les juges rejettent toute relation ou « lien idéologique » qui aurait « une finalité terroriste commune ».

Ali Belhadad, qui vit actuellement à Alger, est lavé et reconnu innocent. Le ministère de l’Intérieur, au contraire, a fait « une erreur d’appréciation », rapporte le journal français. Ce qui revient à dire qu’il y a eu excès de pouvoir. « C’est un échec des institutions. On s’est moqué du monde en faisant croire qu’il était dangereux, c’est extrêmement dommageable pour la démocratie, il n’y a pas de possibilité de réparation et le responsable politique n’aura de comptes à rendre à personne », accuse Eric Plouvier, l’avocat de M. Belhadad. En guise de dédommagement, l’État français a été condamné à verser à la victime « 1 500 euros, soit 2 euros par jour d’exil », conclut le journal.

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