A l’heure ou les sirènes sonnent la résurrection du sauveur de l’Algérie, celui dont toute une classe politique vante les miracles sans lesquels l’Algérie ne serait plus, celui dont tout un système clanique hisse au dessus de toutes reproches, nous les algériens de France et de Navarre n’avons que nos yeux pour pleurer de ce triste spectacle, ne donnant lumière qu’au décor de notre humiliation.

Artisans, étudiants, ouvriers, fonctionnaires, commerçants, mères au foyer, pères au chômage, jeunes et moins jeunes, célibataires et divorcés, mariés et femmes isolées, nous les enfants de l’Algérie devenus orphelins cherchons en vain cette lueur d’espoir, ailleurs que dans ces sempiternelles comédies électorales qui viennent ponctuer le chemin de nos vains espoirs et de notre affliction.

Laissés à l’abandon, privés d’une politique éclairée à notre égard, parait-il qu’il faut toujours prouver l’amour de notre patrie quels que soient les circonstances, hisser les drapeaux dans les stades même quand ce n’est pas l’équipe d’Algérie qui joue, courir un an à perdre haleine après l’acte de naissance 12 S en criant « Viva l’Algérie ! » , digérer sans broncher les tarifs exorbitants et discriminants des transports vers l’Algérie, s’applaventrir devant l’ingérence des consulats et des fonctionnaires dans nos lieux de culte alors que l’on vit dans un pays laïc, applaudir le clergé de la Grande Mosquée de Paris, ce haut lieu symbolique de l’algérianité, alors qu’ils nous rendent honteux par leur participation au CFCM, cette structure de type néocoloniale visant à remplacer Dieu par des Ministres, à remplacer les responsables sincères par des adeptes du clientélisme et du « harkisme » religieux.

Au mieux, il faut accepter et se taire, au pire il faut adhérer et applaudir sinon on ne manquera pas de nous opposer le qualificatif de traitre à la Patrie, de harki, de nous menacer des foudres imaginaires, celles qui on tant fait trembler les chibanis de la première génération qui ont vécu sous le joug du parti inique et unique qui les forçait à voter. Ces pauvres vieux, analphabètes pour beaucoup, tellement qu’ils ont été traumatisés par ces pratiques honteuses, ont conservé cette peur et sont les premiers à trembler et à développer des réflexes pavloviens à l’approche de chaques échéances électorales. A nous les gens éclairés de les rassurer, de leur expliquer patiemment qu’ils ne leur enlèveront pas leurs papiers s’ils ne se rendent pas aux urnes, que ce n’est pas parce qu’on les a appelé au vote du haut d’un minbar dans une mosquée que pour autant le vote est une prescription religieuse.

Belkara Maamar