L’évènement du jour ? C’est l’évènement d’avant-hier. Une image vaut mille mots mais ici, face à un Medelci onctueux au Conseil constitutionnel, Bouteflika en a dit 37. Ou plus. Ou moins. Dans les trois phrases, deux étaient proches du langage, une était à la frontière du SMS. On a compris en gros, que Bouteflika avait le son, qu’il était vivant et conscient, mais assis. Et cela est déjà surréaliste: on est l’unique pays au monde où l’argument d’un candidat n’est pas un programme mais la preuve qu’il est vivant. La seule nation qui va se contenter de 37 mots pour élire un homme. C’est la campagne électorale la plus courte du monde. 15 secondes d’effort labial et un montage d’une grossièreté qui a fait dire à un journaliste étranger au chroniqueur hier, «On dirait que le monteur avait pour but de le décrédibiliser».

Donc 37 mots, quinze secondes, cinq ans de plus et quinze ans derrière le dos.

Mais au-delà du comique ? Le grossier. L’homme est apparu, malgré ses efforts, malgré la tricherie sur les images et les compositions, malgré le sourire et malgré l’g-hystérie des chaînes TV baltaguya, comme l’homme que l’on sait tous: usé, impuissant, diminué, à bout de souffle, hagard et dépassé. Incapable donc de gouverner dans la décence et la lucidité et incapable d’avoir entre les mains un pays comme le nôtre, avec un peuple comme le nôtre et une jeunesse comme la nôtre. C’était une vraie pièce du contre-Molière: au «Malade imaginaire», on a opposé le «bien portant imaginaire» donc. Et dans la même mise en scène théâtrale.

Le but du clip ? C’était d’avoir le dernier mot dans la bataille des images. D’un côté, celle des anti-monarchie, encerclés à Alger, victimes d’arrestation, traînés par terre et embarqués parce qu’ils disent non. De l’autre, l’image qui devait faire oublier ces images: un Bouteflika heureux, souriant, en pleine forme, jeune et vif, sautillant comme autrefois et capable de redonner confiance au muscle et à l’avenir. Sauf que ce fut raté. Les images laissent l’impression du malaise même chez les tièdes. On en sort gêné, abattu. On y devine quelque chose d’indécent qui ressemble à une folie et un entêtement qui va au-delà de la bienséance. Ces images sont terribles et il faudra effacer tous les crédits ANSEJ et distribuer un million de logements sociaux par mois pour les faire oublier.

Quinze secondes de murmure donc pour preuve de vie sur Mars. Et c’est ainsi que va être notre avenir: sous forme de burlesque, du cinéma muet longtemps puis balbutiant brièvement, avant de s’éteindre au bout de la bobine. Que dire de plus ? Rien. Tout est dans l’image. Le monteur n’a pas menti.

Kamel Daoud – www.lequotidien-oran.com