PARTIE 1

Si la première partie nous a conduit à faire l’inventaire de la pensée occidentale sur le meurtre qualifié d’originel, sur ses paradoxes et ses interrogations, cette seconde partie nous conduit vers une lecture critique de ce qu’on appelle la « tradition » musulmane. C’est un sujet sensible, d’actualité qui a interpellé depuis toujours la conscience humaine et l’histoire des sociétés. Je n’ai pas le droit de le traiter à la légère et encore moins celui de venir avec une « vérité » lue dans un livre. J’ai le devoir de suivre mon intuition, d’explorer mes connaissances et d’aiguiser mon sens critique : la vérité ou du moins la vraisemblance sera au bout du tunnel. Je rappelle les motivations qui m’ont amené à entreprendre ce travail : le refus du terrorisme et l’instrumentalisation islamophobe de la pseudo lutte anti terroriste en allant au delà de la dénonciation : comprendre les mécanismes et les mentalités par le Coran et par tous les détours qui y mènent.

Dans cette partie je vais me focaliser sur les récits attribués à la tradition prophétique et les plus répandus dans la sphère francophone en l’occurrence sont ceux rapportés par Ibn Kathîr. Ils ont presque le même contenu et la même structure que ceux de Tabari très médiatisé dans la sphère francophone.

De l’histoire des fils d’Adam : Caïn (Qabil) et Abel (Habil)

Dieu dit : «Et raconte-leur en toute vérité l‘histoire des deux fils d’Adam. Les deux offrirent des sacrifices ; celui de l’un fut accepté et celui de I ‘autre ne le fut pas. Ce dernier dit : « Je te tuerai surement. » – « Dieu n’accepte, dit l’autre, que de la part des pieux. Si tu étends vers moi ta main pour me tuer, moi, je n’étendrai pas vers toi ma main pour te tuer, car je crains Dieu, le Seigneur de l‘Univers. Je veux que tu partes avec le péché de m’avoir tué et avec ton propre pêché. Alors tu seras du nombre des gens de l’Enfer. Telle est la récompense des injustes. » Son âme l’incita à tuer son frère. Il le tua donc et devint ainsi du nombre des perdants. Puis Dieu envoya un corbeau qui se mit à gratter la terre pour lui montrer comment ensevelir le cadavre de son frère. Il dit : « Malheur à moi ! Suis-je incapable d’être comme ce corbeau, ni même d’ensevelir le cadavre de mon frère ? » Il devint alors du nombre de ceux que rongent les remords.» (5, 27-31).  

As-Suddi a rapporté, d’après Ibn Mas’oud et un groupe de compagnons, qu’Adam ne mariait pas le garçon et la fille d’une même portée et que Abel avait voulu épouser la sœur jumelle de Caïn. Or, ce dernier était plus âgé que lui et sa sœur jumelle était plus jolie ; Caïn l’a donc désirée pour lui bien qu’Adam lui eut ordonné de la laisser à son frère Abel. Adam leur ordonna alors d’offrir un sacrifice à Dieu puis, il partit en pèlerinage à la Mecque. Avant de partir, il confia ses enfants aux Cieux mais ils refusèrent ; il les confia ensuite aux terres et aux montagnes, mais elles refusèrent. II s’adressa alors à Caïn qui accepta ce dépôt.  Après le départ d’Adam, ses deux fils effectuèrent le sacrifice ; Abel offrit en guise de sacrifice une brebis grasse qu’il prit de son propre troupeau, tandis que Caïn offrit une botte de céréales de mauvaise qualité. Un feu descendit du Ciel et brula l’offrande d’Abel en laissant celle de Caïn. Celui-ci se fâcha et dit à Abel: « Je te tuerai afin que tu ne puisses pas épouser ma sœur ». Abel lui répondit : « Dieu n’accepte que ce qui émane des pieux ». Quelques temps après, alors qu’il faisait nuit, Abel, parti faire paître son troupeau, s’attarda dehors, ce qui inquiéta Adam qui envoya Caïn à sa recherche. Ce dernier y alla et le trouva sur le chemin du retour. Une altercation eut lieu entre eux toujours au sujet des offrandes. Caïn reprocha a son frère le fait que son offrande fut acceptée et la sienne rejetée. Abel lui répondit que Dieu n’acceptait que de la part des pieux. Cela mit Caïn en colère. II frappa son frère d’une barre de fer qu’il avait sur lui et le tua. On rapporta aussi qu’il l’avait tué avec une grosse pierre qu’il lui lança sur la tête alors qu’il dormait. Une autre version dit qu’il l’avait tué en l’étouffant et en le mordant comme le font les bêtes sauvages avec leurs proies, jusqu’à ce qu’il mourut mais Dieu est le plus Savant.  

La réponse que fit Abel aux menaces de son frère : « Si tu étends vers moi ta main pour me tuer, moi, je n’étendrai pas vers toi ma main pour te tuer : car je crains Dieu, le Seigneur de l’Univers. » (5, 28) prouve sa piété et sa crainte de Dieu ainsi que son refus de recourir aux mêmes menaces que son frère. C’est pour cela qu’il est dit dans un hadith rapporte dans les deux Sahih : «Lorsque deux musulmans se rencontrent avec leurs épées et s’entretuent, celui qui a tué comme celui qui est tué iront en Enfer ! » On demanda : «Oh Messager de Dieu, pour celui qui a tué, cela va de soi, mais qu’en est-il pour celui qui a été tue ? » II répondit : «Lui aussi désirait la mort de son adversaire ! »  Ce verset où Abel s’adresse à son frère : «Je veux que tu endosses Le pêché de m’avoir tué avec ton propre pêché ; alors tu seras du nombre des gens de l’Enfer. Telle est la récompense des injustes » (5, 29), veut dire ceci : « Je ne veux pas porter ma main sur toi pour te tuer, bien que je sois plus fort que toi ; si donc tu es décidé à me tuer, tu assumeras alors mon pêché et le tien, c’est-à-dire que tu porteras le pêché de mon assassinat qui viendra s’ajouter à tes péchés antérieurs ». C’est l’avis notamment de Moudjahid, as-Suddi et Ibn Jarir. Cependant, le verset ne signifie pas que le meurtrier endosse automatiquement les péchés de sa victime, comme semblent l’entendre certains, ce qui est du reste contraire à la position unanime des savants selon Ibn Jarir.  

L’imam Ahmad, Abu Dawoud et at-Tirmidhi ont rapporté que Sa’d Ibn Abu Waqqas a dit lors de la révolte contre le calife ‘Uthman : «Je témoigne que l’Envoyé de Dieu, sur lui la grâce et la paix, a dit : « II y aura une sédition : celui qui demeurera assis sera meilleur que celui qui se sera levé ; celui qui se sera levé sera meilleur que celui qui se sera mis en marche ; celui qui se sera mis en marche sera meilleur que celui qui se sera mis à courir. » On demanda : « Vois-tu si l’on entrait alors chez moi pour me tuer ? » II dit : « Sois comme le fils d’Adam » ».

Ibn Mardaway l’a rapporté d’après Hudhayfa Ibn al-Yarnan ; le Prophète, sur lui la grâce et la paix, a dit : «Sois comme le meilleur des deux enfants d’Adam ». Muslim ainsi que les auteurs des Sunan, excepte an-Nasa’i l’ont également rapporté mais d’après Abu Dharr. Pour sa part, l’imam Ahmad a rapporté, d’après Ibn Mas’oud, que l’Envoyé de Dieu, sur lui la grâce et la paix, a dit : «Aucune âme n’est tuée injustement sans que le premier fils d’Adam n’en assume une part de responsabilité, car il fut le premier à commettre un meurtre. »  Concernant la suite du verset : « Puis Dieu envoya un corbeau qui se mit à gratter la terre pour lui montrer comment ensevelir le cadavre de son frère. II dit : « Malheur à moi! Suis-je incapable d’être, comme ce corbeau, à même d’ensevelir le cadavre de mon frère ? II devint alors du nombre de ceux que rongent les remords. » » (5, 31), certains exégètes ont dit que lorsque Caïn tua son frère, il le porta sur son dos pendant un an ; d’autres ont dit qu’il le porta durant cent ans jusqu’au jour où Dieu lui envoya deux corbeaux.  As-Suddi a dit : « Les deux corbeaux étaient des frères ; ils s’entretuèrent et l’’un d’eux tua l’autre. Ensuite, le survivant se mit à creuser un trou où il enterra la dépouille et la recouvrit de terre. Lorsque Caïn le vit, il dit : « Malheur à moi ! Suis-je incapable d’être, comme ce corbeau, a même d’ensevelir le cadavre de mon frère ? » (5, 31). II imita donc le corbeau et enterra son frère dans la fosse qu’il creusa dans la terre. »  

Mujahid a dit que Caïn fut puni par Dieu le jour même où il assassina son frère : suspendu par le pied, son visage face au soleil, il tournait avec celui-ci, ce fut son châtiment terrestre pour avoir été injuste envers son frère et pour l’avoir jalousé. L’Envoyé de Dieu, sur lui la grâce et la paix, a dit : «II n’est pas de pêché qui mérite davantage de punition dans ce bas-monde, en sus de celle de l’au-delà, que l’injustice et la rupture des liens de parenté. »  

Dans son Tarikh, l’imam Abu Ja’far Ibn Jarir a rapporté selon certains exégètes qu’Eve avait enfanté quarante enfants suite à vingt accouchements et qu’ils avaient été prénommés par Dieu Lui-même. C’est l’avis d’Ibn Ishaq et Dieu est plus Savant. Une autre version soutient qu’elle a accouché cent vingt fois, donnant chaque fois naissance à un garçon et une fille ; le premier garçon qu’elle eut était Caïn et la première fille Qalima; le dernier garçon était ‘Abd al-Mughit et la dernière fille Amat al-Mughit. Ensuite, les gens se multiplièrent et se propagèrent un peu partout sur la Terre comme le dit ce verset : « Oh hommes ! Craignez votre Seigneur qui vous a créés d’un seul être, et a créé de celui-ci son épouse, et qui des deux-là a fait répandre (sur la Terre) beaucoup d’hommes et de femmes» (4, 1).  Les historiens ont dit qu’Adam ne mourut qu’après avoir vu le nombre de ses enfants et petits-enfants atteindre quatre cent mille. Et Dieu est le plus Savant.

Cette sommative d’interprétations a forgé la doxa la plus répandue dans le monde musulman sur Caïn et Abel. Lorsqu’on étudie l’exégèse coranique se rapportant à ce récit on est frappé par le primat de la compilation et le recours de la narrative humaine au détriment de l’analyse coranique. Par analyse coranique il faut entendre les conditions de la Révélation, la logique interne du récit coranique, son contexte, sa sémantique et ses symboles. L’objectivité exige de dire, sans tabou ni complexe, qu’Ibn Kathîr et tant d’autres éminents savants musulmans sont davantage des chroniqueurs soucieux de rapporter les faits et les commentaires que des analystes sémanticiens, historiens sociologues ou philosophes qui se prononcent sur le fond du texte, de la validité des idées qu’il dégage, de son contexte et de ses conséquences psychologiques, sociales, idéologiques ou anthropologiques. Ils ont néanmoins le mérite d’avoir fourni des matériaux tant pour comprendre la pensée de leur époque que pour dégager de nouveaux éléments de signification que permet d’explorer le savoir moderne plus scientifique dans l’analyse des faits et des documents et plus épistémologique dans la critique des conditions et des démarches d’acquisition et de formulation des connaissances.

Les Anciens ont accompli leur part de devoir et nous ont légué des matériaux que nous n’avons pas exploités à leur juste valeur. L’hérésie est de croire que leurs matériaux sont de l’or pur en barre qui n’a pas besoin de passer au tamis de la critique. L’hérésie est de croire que notre tamis est le meilleur ou le seul du seul fait de se réclamer de l’islam ou de son orthodoxie sunnite ou chiite. Chacun est libre de tamiser selon son calibrage, il peut se tromper en tout ou en partie et l’erreur fait partie de la condition humaine. La majeure partie de nos références idéologiques et religieuses contemporaine est attribuée à tort à la « Tradition musulmane » alors qu’en réalité elle est le produit d’un monde musulman en agonie. Les grandes compilations entretiennent une pensée fossilisée depuis longtemps tout en  donnant l’illusion de vitalité intellectuelle. La majorité de la production intellectuelle est versée entre la compilation sans critique, l’apologie ou la polémique. Les grandes figures  intellectuelles étaient considérées comme des hérétiques car la mentalité collective a perdu le gout de la recherche de la vérité. Il faut imaginer l’époque médiévale à la lumière de la verve éloquente de nos contemporains qui ne produisent pas de la pensée, mais de la rente et du spectacle. A ce jour on continue d’occulter les figures musulmanes qui ont  porté très haut le savoir dans le monde musulman et qui ont fécondé la Renaissance en Occident.

Des penseurs de la trempe de Malek Benabi et de Roger Garaudy ont affirmé que les grandes figures intellectuelles du monde musulman à l’image d’Ibn Khaldoun sont venues trop tôt ou trop tard pour pouvoir inverser la décadence du monde musulman et le sortir de sa léthargie. Le monde musulman, du fait de sa décadence a non seulement connu l’humiliation de la colonisation, mais  avaient perdu le chemin de la quête de vérité et a égaré de nombreux livres de dimension universelle. Dans cet égarement, les propos attribués aux compagnons du Prophète sont compris comme étant parole prophétique infaillible et incontestable. Dans la sacralisation de la parole humaine on oublie la déformation que le temps fait subir au sens et que la malversation humaine accentue ou introduit pour des raisons idéologiques, politiques ou religieuses.

C’est ainsi, à titre d’illustration,  qu’Ibn Mas’oud que le Prophète (saws) a qualifié de savant de la communauté s’est trouvé, quelques siècles plus tard, « investi » de la fonction de saper l’idée musulmane en l’habillant de mythes judéo-chrétiens et gréco-perses. Les experts juifs et chrétiens de la lutte idéologique, les nostalgiques de l’Empire perse et les nostalgiques de l’Empire byzantin, et les insouciants musulmans vont collaborer à saper l’intelligence musulmane par la distraction et la subversion. Dans ces conditions, l’intelligence musulmane n’est plus apte à méditer sur son sort et à redessiner le chemin de son destin. Ayant perdu les compétences de sens, elle ne peut ni comprendre la décadence de son monde ni anticiper sur le devenir de ce monde. Elle s’enferme dans la nostalgie du passé et la compilation des Anciens.

Dans cet enfermement non seulement elle ne peut penser objectivement à son drame et encore moins au drame humain symbolisé dans le récit coranique du meurtre. Ce n’est pas la connaissance religieuse qui a manqué, mais son excès au détriment de la conscience psycho historique et du pouvoir interpellant du monde réel sur nos consciences et nos devoirs. L’œuvre magistrale de compilation, est certes nécessaire mais insuffisante pour se prononcer sur le drame et les motivations du supposé premier meurtrier de l’humanité. Il est quand même étrange que les livres et les auteurs qui constituent nos références témoignent sur des faits et des dires sans porter de jugement sur leurs contextes et leurs conditions de réalisation ou d’énonciation comme si les conditions idéologiques ou politiques de production intellectuelle de ces auteurs et de ces œuvres étaient censurées.

Ibn Kathîr lui-même souligne les nombreuses controverses des anciens et des savants de son époque sur les informations se rapportant aux Prophètes. Il cite certaines de ses références talmudiques puis ils réfutent celles qu’ils jugent fausses et tolèrent celles qui lui paraissent vraisemblables.

Dans l’ouvrage édité par  Darussallam on peut lire : Ibn Kathir dit : De ce que j’ai lu dans la Torah : Allah le Tout-Puissant remit sa punition et lui accorda un répit. Il vécut dans une terre appelée Nawad à l’est d’Aden qui est appelée actuellement Kinin. Il avait un fils dont le nom était Hénoch. Hénoch avait un fils appelé Irad, et Irad avait un fils appelé Mehujael qui avait un fils appelé Mathusalem et qui était le père de Lamech. Ce dernier était avec des femmes qui étaient Adah et Zillah. Adah donna naissance à un fils appelé Jabal qui était vivant au début dans les tentes et la richesse et avait du bétail. Elle avait aussi un autre fils, Jubal qui jouait de la harpe et de la flûte. Zillah donna naissance à un fils, appelé Tubal. Kâbîl qui était le premier à fabriquer tous les genres d’outils en dehors du bronze et du fer. Elle donna aussi naissance à une fille appelée Naamah.

Il (Ibn Kathir) dit aussi qu’Adam avait un troisième fils, nommé par sa femme du nom de Seth (Chîth). Elle dit qu’il était une récompense pour Hâbîl qui fut tué par Kâbîl. Chîth avait un fils appelé Enosch.  Il est dit : Quand Chîth naquit, Adam avait l’âge de 130 ans. Il vécut 800 ans après cette naissance. Quand Enosch naquit, Chîth avait 165 ans. Il vécut 807 ans après. Il avait d’autres fils et filles. Enosch, à l’âge de 90 ans, eut son fils Kénan, puis il vécut 815 ans après lui et eut d’autres fils et filles. Quand Kénan eut 70 ans, il eut son fils Mahalaleel, et il vécut 840 ans après et eut d’autres fils et filles. A l’âge de 65 ans, Mahalaleel eut son fils Jéred, il vécut 800 ans et eut d’autres enfants. Quand Jéred atteignit l’âge de 162 ans, il eut Hénoc, puis il vécut encore 800 ans et eut d’autres enfants. A l’âge de 65 ans, Hénoc eut Métuschélah, et il vécut 800 ans, et eut d’autres enfants. Quand Métuschélah atteignit l’âge de 187 ans, il eut son fils Lémec, et vécut encore 782 ans et eut d’autres enfants. Lémec, à l’âge de 182 ans, eut Nouh, et vécut encore 595 ans, et eut d’autres enfants. Nouh, après qu’il eût l’âge de 500 ans, eut des fils: Sem, Cham et Japhet. Tel qu’est cité dans la Torah. (La Bible, Genèse)  Comme est révélé par Allah azwj, la citation dans la Torah est certainement contestable, comme signalèrent beaucoup d’oulémas. Il est évident qu’ils sont interpellés dans la Torah.

Ce qui frappe l’esprit dans cette formulation est le principe d’accepter ou de réfuter le récit biblique sans donner au lecteur la clé coranique qui permet de valider ou d’invalider le recours aux sources judéo-chrétiennes. Le jeune musulman qui lit n’a pas les moyens de valider un travail de compilation ni de deviner ce qui a été omis et d’en juger la pertinence ou l’impertinence. Le travail de compilation fait de l’auteur un chroniqueur qui livre un déluge d’informations que seul le spécialiste  peut interpréter pour en dégager le véritable sens, les lois et les leçons ainsi que les conditions de production des idées de l’époque sur un phénomène ou un fait. Le commun des mortels en quête d’information pour former ses idées, asseoir sa foi va se trouver, s’il fait l’effort de lire avec méthode et esprit critique, pris de doute par la contradiction des informations et surtout par l’introduction du fabuleux, du légendaire et du judaïque dans le texte coranique qui ne donne aucune information sur les personnages du récit à part le fait d’être littéralement « les deux fils d’Adam ».

La majorité des critiques athées, juives et chrétiennes du Coran ne sont pas en réalité une critique sémantique ou historique du Coran, mais une critique des interprétations du Coran. Leur tâche est facilitée par les références bibliques de ses  interprétations qu’ils connaissent déjà par leur culture et par leur recherche sur les textes bibliques. Ce qui frappe davantage l’esprit dans cette partie du récit est qu’Ibn Kathîr perde son statut d’auteur pour prendre celui de rapporteur dans l’édition et la traduction faite par Darussallam (Ryadh). Par ailleurs les références à la Torah sont tout simplement évacuées dans l’édition et la traduction de Dar Ennour (Paris).

Celui qui connait les luttes idéologiques dans le monde de l’édition devine la portée du texte « remanié » et mis à la consommation de masse. Il est d’ailleurs admis que l’œuvre magistrale de Tabari qui reste un grand classique de l’Occident ne soit pas l’authentique, mais une copie persane traduite du persan par un Juif  hostile à l’Islam. En est-il de même pour Ibn Kathîr ? Je ne sais pas. Ce que je sais c’est que son texte n’apporte pas de réponse aux questions que nous avons évoquées en passant au crible l’esprit occidental critique et inventif qui a détricoté ses propres récits fondateurs. Je sais aussi que la majorité des négateurs et des critiques juifs, chrétiens ou athées lorsqu’ils cherchent à blasphémer sur le Coran ils le font en puisant dans les œuvres médiévales. Je sais aussi que les musulmans non seulement cultivent la paresse et refusent de chercher la vérité, mais ils considèrent que lire les monuments de la pensée universelle même lorsqu’elle est d’origine musulmane est une hérésie.

Comment dans ces conditions forger son esprit pour comprendre le crime et les mobiles qui lui donnent légitimité et déploiement par le colonialisme, le sionisme, l’intégrisme, le racisme, le despotisme et autres perversions. Non seulement les textes des Anciens ne tranchent pas sur leurs controverses sur un sujet aussi grave que le meurtre, mais ils le transforment en traitement anecdotique avec un excès de détails qui incrustent  les opinions humaines sur le texte coranique pour lui faire la dimension et le sens du drame cosmique qu’il nous invite à méditer.

On ne peut donc accepter que le sens et la portée d’une Aya coranique  soient confinés au cadre biblique alors que les Gens de la Bible ont réfuté leurs propres lectures avec des arguments qui peuvent remettre en cause la foi lorsque celle-ci ne se fonde pas sur la Parole de Dieu, mais sur l’héritage culturel et religieux lui-même coloré de mythologie. On ne peut accepter de prendre pour vrai cet amour incestueux la jalousie entre frère qui l’accompagne puis en faire la motivation par excellence du crime. Pourrait-on croire que les guerres de religion, les luttes de pouvoir, les conquêtes coloniales, les crimes de droit commun ont pour seule et même motivation l’amour ou le sexe d’une femme. Par conséquent les principales critiques que nous avons soulignées dans l’article précédent sur les références bibliques et occidentales au sujet du meurtre d’Abel par son frère Caïn restent valables sur ce texte musulman. Le récit traditionnel qu’il ne faut pas confondre avec le récit prophétique semble traduire les représentations humaines sur l’origine du monde héritées des grecs, des perses et des judéo-chrétiens  très répandues dans le monde musulman avant l’Islam et après que l’Islam ait perdu de sa ferveur intellectuel et spirituel pour devenir une religion de conformisme social et d’instrumentalisation politique et idéologique. Ce serait injuste et inique de croire que l’ensemble de l’exégèse musulmane soit versée dans la fabulation.

Ar Razi et tant d’autres se démarquent par leur mérite de s’interroger avec rationalité sur le sens en confrontant les différentes interprétations. Ainsi ils montrent sans détour qu’il  n’y a pas de consensus comme voudrait l’imposer une prétendue orthodoxie qui interdit au musulman de réfléchir et de chercher la vérité. Il y a des divergences flagrantes sur les destinataires du récit coranique, sur ses acteurs, sur la signification des « baniya Adam » s’agit-il des deux fils d’Adam, de deux hommes ou de deux membres de la communauté juive postérieure à Moïse ? Lorsque l’on met bout-à-bout les divergences on a une histoire brodée qui pourrait tenir la route sur le plan narratif, mais qui n’apporte pas d’éclaircissements psychologiques, sociaux ou idéologiques pour comprendre le crime et tirer enseignement selon la loi coranique :

{Il y a sûrement dans leurs récits une leçon pour les doués d’entendement. Ce n’était point un discours controuvé, mais une corroboration de ce qui a été révélé avant, une précision de toute chose, une Direction infaillible et une miséricorde pour ceux qui croient.} Youssouf  111

Croire et comprendre sont indissociables, l’un éclaire l’autre, l’un complète l’autre, l’un appelle l’autre. Le monde musulman a brisé la synthèse lorsqu’il a déboité la foi de la raison et a sombré lorsqu’il a fait du Fiqh juridique le substitut à la spiritualité et à l’élan civilisationnel. L’Occident a rompu avec le dogmatisme clérical et ses interdits en faisant de la raison et de la science des idoles. Depuis la Renaissance, l’étude des faits et de la pensée dans l’économie, la médecine, la physique chimie, l’astronomie et autres disciplines témoigne de l’avancée du savoir par la remise en cause des dogmes, la confrontation des données avec la raison et l’expérimentation, l’exploration de nouvelles hypothèses de travail, la rupture épistémologique et la réflexion sur la production, l’efficacité des savoirs ainsi que le rapport idéologique, social et ontologique au savoir. Cette avancée a brisé la synthèse et se trouve devant une impasse où ne triomphe que le cynisme et le nihilisme. Il ne s’agit pas de nier sa foi, mais d’actualiser ses connaissances.

Il ne s’agit pas de faire taire la raison et l’investigation scientifique, mais de les mettre en harmonie avec l’éthique que seule une religion peut donner par la transcendance et le sacré. Est-ce que tous les crimes humains ont pour seule origine ou unique explication la jalousie et l’envie ? Est-ce la vérité énoncée par le Coran ?  Si la jalousie et l’envie dans le sens de désir sont la grande motivation est-ce qu’elle ne relève que du fantasme sexuel ou amoureux, incestueux ou non ? Est-ce que le récit coranique est une distraction énigmatique sans clé d’entendement ou un enseignement avec une clé de cheminement ?

Le cheminement est nommé passerelle et traversée (عبر عبرة ) par le Coran dans le sens où il faut aller d’une berge de perceptions et de connaissances à une autre davantage plus perceptive et plus savante offrant plus d’horizon, de profondeur et d’élévation pour appréhender la vérité plus globale, plus complexe. La lecture et la méditation sont des médiateurs et commutateurs de sens en allant du particulier au général, du simple au complexe, du singulier historique à l’universel, du phénomène à ses lois, du signe aux significations, des significations à la vérité, de la vérité à Dieu. L’énoncé coranique qui nous intéresse ici s’offre comme lecture à interpréter dans la globalité de son énoncé, celui de la Sourate Al Maidah (la Cène) et des acteurs principaux qui interviennent en amont dans les Sourate Al Baqarah (la génisse) et Ali’Imrane (les gens de Joachim) dans leur dimension dramatique historique universelle et non dans le contexte singulier de deux frères qui se disputent l’amour d’une sœur ou la vénération d’un Dieu. Les juifs et les Chrétiens se sont opposés sur ce sujet et sur d’autres pour se donner légitimité religieuse et historique :

{Les Juifs ont dit : « Les Nazaréens ne tiennent sur rien », et les Nazaréens ont dit : « Les Juifs ne tiennent sur rien », alors qu’ils récitent le Livre! Ainsi ceux qui ne savent pas disent aussi les mêmes paroles.} Al Baqarah 113

L’Évangile de Jésus a abrogé les Livres anciens et a réhabilité la parole de Dieu. Le mot Évangile (Injil  انجيل ) vient du terme arabo sémitique najala (نجل) qui signifie couper l’herbe à ras comme le fait une faucille (minjal : منجل)  ou défricher une terre stérile ce qui fait qu’on nomme une jolie petite enfant de Najla (نجلة) pour la représenter comme jeune et belle pousse généreuse et prometteuse qui vient de sortir de terre avec pureté et innocence. Ces quelques définitions permettent d’imaginer  Jésus (saws) et ses Apôtres dans la mission de fonder la rupture avec les légendes et les pratiques corrompues ou vieillies en les sapant à la base et en leur substituant le nouveau pur et prometteur qui restaure la vérité éternelle. Nous savons ce qu’il est advenu de l’idée pure et noble de Jésus et il n’y a que les stupides haineux et les ignorants qui occultent la nécessité historique du Coran qui restaure la vérité et réhabilite le parcours des Prophètes.  Le Coran et Mohamed abrogent donc l’Evangile falsifié et réhabilitent la Parole de Dieu. Il n’est donc pas logique de délaisser l’énoncé coranique pour se perdre dans les confusions judéo-chrétiennes du Moyen-âge et les affabulations grecques et persanes de l’Antiquité.

Nous avons vu dans l’article précédent comment la parole libérée et l’esprit fertile ont fécondé le mythe d’Abel et Caïn pour transfigurer la littérature, les arts, la psychologie, la philosophie. Par leur posture critique, les Occidentaux ont réhabilité, à leur manière, leur héritage judéo-chrétien et gréco-romain tout en explorant l’avenir et tout en s’inventant de nouveaux devenirs. Nous sommes les seuls à détenir la vérité et à réaliser le triple miracle de la déchéance civilisationnelle, de l’enfermement historique et de l’absence de perspectives. Dans cette cour des miracles nous avons l’ultime miracle de croire que nous sommes les « serviteurs de Dieu ». Il nous faut donc reconquérir l’humilité et continuer à chercher avec esprit critique, sans tabou ni peur des reproches, les mobiles les plus intimes qui font passer un être de la « normalité » à la monstruosité. Il faut le faire libéré de tout esprit partisan et de toute veulerie justificative dans ces moments de confusion où régler ses comptes avec l’autre est plus important que comprendre de quoi il s’agit vraiment. L’exercice est périlleux, mais il mérite d’être tenté pour honorer la raison que Dieu nous a pourvu.

Exercer notre humanité et notre islamité c’est davantage exercer la faculté de raisonner, avec le risque de se tromper, en cherchant auprès de Dieu l’inspiration pour qu’elle puisse nous conduire à la vérité que de suivre aveuglement l’autorité des autres, Anciens ou Nouveaux, sous prétexte que leur érudition nous dégage de toute responsabilité individuelle. Nous devons répondre de notre foi, de notre intelligence et du chemin parcourus pour les épurer et les élever. Les autres sont des pavés, des panneaux, des bouts de pistes mis sur notre chemin, ils ne sont pas le chemin. Même Si autrui peut être pris pour un chemin, il ne peut en aucun cas être l’itinérant qui accomplit notre quête à notre place. La raison qui fait abstraction de la foi éclairante comme la foi qui fait abstraction de la raison exploratrice ne conduit pas à la méditation, à la contemplation et à l’intuition préalables pour emprunter le chemin de la vérité ou pour parvenir à proximité de la destination de la vérité lorsque les conditions ont été favorables pour se trouver sur un itinéraire prometteur. La vérité, toujours au-dessus et au-delà du Moi, est à proximité de l’itinérant qui se met en quête de la découvrir par l’intuition que lui envoie le Ciel et l’expérimentation qu’il accomplit sur terre.

L’intuition et l’expérimentation me permettent de récuser deux allégations attribuées aux compagnons du Prophète et de douter qu’Ibn Kathîr connaissant le Coran et la Sunna puisse « parodier le Coran » et détourner son sens :

« Adam, partant en pèlerinage à la Mecque,  confia ses enfants aux Cieux mais ils refusèrent ; il les confia ensuite aux terres et aux montagnes, mais elles refusèrent. II s’adressa alors à Caïn qui accepta ce dépôt. »  

« Un feu descendit du Ciel et brula l’offrande d’Abel en laissant celle de Caïn. »  

Le dépôt de confiance ou la Amana est une vérité coranique qui n’est comprise que par l’élite spirituelle et intellectuelle qui médite sur la création et  le dessein divin.

{Nous avions, en vérité, proposé le dépôt aux Cieux, à la terre, et  aux montagnes : ils ont refusé de l’assumer, et en ont été effrayés, mais l’homme s’en est chargé puis il s’est montré persistant dans l’injustice et persistant dans l’ignorance.} Al Ahzab 72

Ce dépôt, cette Amana, qu’on peut littéralement traduire par la confiance accordée, la charge à assumer ou la responsabilité confiée est complexe car c’est par elle que l’homme se distingue des autres créatures. La tradition musulmane veut confiner le dépôt dans le culte et l’adoration, mais le Coran dit que toute la création et toutes les créatures glorifient Allah et lui proclament leurs louanges. Je suis parvenu à la conclusion que la vocation primordiale de l’homme est multiple : la liberté dans une certaine mesure et dans certaines limites, la compétence de parler, de raisonner, de savoir et d’agir presque sans limites, la mission de peupler et de civiliser la Terre, la possibilité de croire ou ne pas croire, la conscience de ses actes et le devoir d’en rendre compte. Agir par amour et non par nécessité ou par instinct donne à l’homme une responsabilité redoutable et lui confère une position dramatique dont l’intensité et la portée ne peuvent être cernées par le tangible de l’existence.

C’est ce complexe dynamique de potentialités qui singularise l’homme par rapport aux autres espèces et par rapport à ses semblables. L’analogie avec le dépôt d’Adam cherchant à confier son fils aux cieux et à la terre pour le protéger non seulement ne sied pas à l’idée de grandeur de l’homme originel, mais ne correspond ni symboliquement, ni intellectuellement ni spirituellement à l’énoncé coranique sur le dépôt confié par Dieu à l’Homme. L’homme est un microcosme qui contient tous les univers avec le privilège d’obéir à Dieu ou de transgresser Ses commandements. Ce privilège peut conduire l’homme à l’humilité des Anges, à la rébellion de Satan ou à l’arrogance de Pharaon avec sa dérive démiurge. La dérive démiurge est sans doute la plus pernicieuse car l’homme peut se croire divin infaillible et impérissable, il peut s’inventer un ou plusieurs dieux à son image comme il peut sombrer dans le cynisme et le nihilisme les plus pessimistes et les plus destructeurs. Adam est homme faillible et imparfait, mais en aucun cas un être irresponsable qui n’a aucune prise sur sa famille et sur son destin. Lorsqu’on s’attaque à Adam de cette façon on s’attaque indirectement à Dieu et à Son Dessein sur l’Homme. Il faut avoir de la haine pour le genre humain ou une prétention narcissique démesurée pour se mettre dans cette trajectoire religieuse et intellectuelle. Même dans leur décadence morale et intellectuelle, les musulmans ne peuvent produire ce type d’imagination à moins qu’ils ne soient inspirés par des sources étrangères ou par le diable. Lorsqu’on étudie la constance et la confiance d’Abraham et tout particulièrement lorsqu’il « abandonne » son épouse et son fils en plein désert les confiant à Dieu on a du mal à imaginer le père de l’humanité cherchant le soutien de ce qui est moins honorable que lui et oubliant Dieu le donateur.

C’est son rapport à la justice et l’injustice ainsi que son rapport au savoir et à l’ignorance qui va déterminer son rapport à la vérité, à la beauté, à l’amour, à la vie, à Dieu. Adam a expérimenté l’ignorance et l’injustice qui ont permis à Satan de l’inciter à braver l’interdit et de s’approcher de l’arbre interdit croyant y trouver dans ses fruits ce qui lui donnerait immortalité et la perfection. Il n’est pas logique de croire un instant qu’Adam puisse quémander la protection des cieux et de la Terre. Il est impensable d’imaginer Adam se comportant comme un primitif fétichiste.  Il n’est pas logique de croire un instant que le Prophète Mohamed (saws) et ses compagnons puissent confondre le dépôt adamique révélé par le Coran avec les fables. Je ne pense pas qu’Ibn Kathir puisse se montrer injuste et ignorant au point de dire des inepties. Ou bien l’époque a perdu de sa vigilance religieuse laissant les exégètes dire n’importe quoi ou bien les paroles et les textes attribués aux compagnons et aux anciens ont été manipulés pour véhiculer du faux. Le faux sera difficile à détecter lorsque le texte pratique l’amalgame et lorsque le lecteur n’a pas de grille de lecture. Il est impossible de falsifier le Coran, mais il est facile de mélanger le vrai et le faux dans des textes remaniés ou attribués à tort à des sommités musulmanes. Ces sommités demeurent humaines et donc faillibles et passibles d’erreurs. Le récit coranique sur Adam et Abraham ne cadre pas avec l’image d’Adam irresponsable et stupide. Il faut méconnaître Abraham,  avoir de la haine pour Marie ou se croire l’élu divin pour raconter des sornettes en contradiction avec la lettre et l’esprit du Coran :

 {Certes, Allah a élu Adam, Noé, la famille d’Abraham et la famille de ‘Imrāne sur tous les contemporains : la progéniture de certains d’entre eux vient les uns des autres. Allah Est Omni-Audient, Tout-Scient. Lorsque la femme de ‘Imrāne dit : « Mon Dieu, Je T’ai entièrement voué ce qui est dans mon ventre} Ali ‘Imrane 33

Le feu qui descend du ciel pour valider le sacrifice ou l’offrande est une pensée païenne mythologique. Ceux qui ont été nourri dans les mythologies gréco romaines qui font d’Héphaïstos  et de Vulcain les dieux du feu peuvent prétendre à être les fils de Dieu et avoir le privilège de voir Dieu de leurs propres yeux :

{Et lorsque vous avez dit : « O Moïse, nous ne te croirons plus jusqu’à ce que nous voyions Allah manifestement ». Alors la foudre vous frappa pendant que vous regardiez.} Al Baqarah 55

Ibn Kathîr et les exégètes musulmans savent avec certitude que le Prophète (saws) et ses compagnons connaissaient les prétentions judéo-chrétiennes et leur acharnement haineux contre les Prophètes :

{Ceux qui ont dit : « Certes, Allah nous a  prescrit de ne point faire confiance à un Messager, jusqu’à ce qu’il nous vienne avec une offrande que le feu consume ». Dis : « Nombre de Messagers vous sont venus, avant moi, avec les évidences et avec ce que vous avez mentionné, pourquoi donc les avez-vous tués, si vous êtes véridiques ? ». S’ils te démentent, des Messagers ont été démentis, en fait, avant toi, venus avec les évidences, les textes sacrés et le Livre qui éclaire.} Ali ‘Imrane 154

Ceux qui croient que les sanctions et les récompenses de la foi sont obligatoirement tangibles dans ce monde sur le plan matériel, physique ou social partagent avec les opulents bigots et les oppresseurs athées la même représentation du divin et le même utilitarisme religieux ou non. Il faut regarder l’arrogance partagée de ceux qui affichent leur foi et veulent l’imposer aux autres et de ceux sans foi et qui refusent aux autres la liberté de croire et leur devoir de témoigner de la foi. Regardez les imposteurs et leurs détracteurs dans leur jeu de rôle et vous aurez tout compris. Méditer l’épreuve de vie, la justice divine, le cheminement spirituel, la conscience du devoir fait voir l’intangible de la foi, de la conscience, de l’amour qui échappent à toute mesure et à toute classification. Il faut gouter à l’indicible de la gratitude qui nait après des scrupules, un don par amour, une prière pour comprendre que le cœur est insondable. C’est dans ce cœur insondable que Dieu a choisi pour se manifester d’une manière plus sublime que sa manifestation déjà évidente dans la Création. Celui qui prétend que sa prière est exaucée ou que son pèlerinage est acceptée ressemble à celui qui prétend qu’Allah a accepté son offrande en envoyant un feu la dévorer. Il ne faut pas aller loin pour tirer ces conclusions :

{… quiconque honore les rites d’Allah, cela fait alors partie de la piété des cœurs.}  Al Hajj 32  

{Mentionnez donc le nom d’Allah (au moment de les sacrifier) en les alignant. Quand ils gisent sur leurs côtés, mangez-en et nourrissez le pauvre et le mendiant. Ainsi nous les avons mis à votre service afin que vous soyez  reconnaissants. Ne parviendra point à Allah ni leurs chairs, ni leurs sangs, mais Il lui parvient la piété de votre part. Ainsi Il les a mis à votre service  afin que vous glorifiiez Allah pour ce qu’Il vous a guidés. Et annonce la bonne nouvelle à ceux qui agissent au mieux.} Al Hajj 36

Qui a intérêt à faire dire à Ibn Kathir ce que le Coran ne dit pas et à lui faire prendre pour argent comptant ce qui n’est que dérive narcissique ? Apporter la réponse à cette question revient à faire la lumière sur le crime et les auteurs du crime dans l’énoncé coranique. L’article précédent n’avait pas vocation à faire étalage d’érudition, mais à explorer les pistes que la raison humaine refuse lorsqu’elle leur trouve des paradoxes et des trous. Ces mêmes pistes nous éclairent sur nos propres pistes et les dangers qui s’y trouvent.

Mon intuition se renforce et mon expérimentation s’accentue, mais ma vocation n’est pas de livrer ma vérité comme une recette de cuisine. Je suis un pédagogue qui préfère ne pas donner de leçon. Je chemine et je montre les étapes de mon cheminement. Si chacun est libre de suivre le chemin qu’il veut, il a le devoir d’être un honnête homme en montrant le chemin qui lui semble le plus indiqué pour arriver à sa propre destination. Le meilleur chemin consiste à ne rien accepter sans examen, sans confrontation, sans remise en cause et cela juste pour le plaisir de comprendre et la gratitude d’avoir compris, d’avoir aimé…  Parfois il faut commencer par déconstruire les désamours, les désenchantements, les ignorances et  les « représentations  » qui se substituent à la vérité. Dans la prochaine et troisième partie, nous allons nous pencher sur  la psychanalyse à l’épreuve de l’Islam à travers du récit sur Abel et Caïn.

Omar MAZRI – www.liberation-opprimes.net