Entre l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier et le 13 novembre, l’année 2015 aura été marquée par quelques centaines d’attaques contre des mosquées, tags de commerces halal, agressions, insultes et discriminations en tous genres contre des gens issus de l’immigration.

Dans 80% de ces attaques, les victimes étaient des femmes.

Mais au-delà de ces actes ignobles, la forme de racisme la plus répandue et la plus affichée, aujourd’hui en France, est celle qui vise les citoyennes et les citoyens de confession musulmane.

Au quotidien, des débats « vicieusement orientés » sur l’immigration, la délinquance, la laïcité, le voile, l’abattage halal ou les prières de rue, sont exploités pour affirmer que l’Islam est une religion d’essence violente pour mieux accabler et culpabiliser politiquement ceux qui s’en réclament.

Il s’agit, en effet, pour des politiciens, des médias ou des Zemmour, Finkielkraut, Houellebecq, d’imaginer n’importe quel prétexte fallacieux pour stigmatiser toutes celles et tous ceux qui, supposés forcément musulmans et particulièrement algériens, sont issus de l’immigration post-coloniale.

Le terme de « musulmans » est d’ailleurs un abus de langage volontaire car, parmi les dix millions de personnes plus ou moins concernées par ce terme, se trouvent des musulmans, bien sûr, mais aussi des adeptes d’autres religions et, bien entendu, des laïcs et des athées.

Mais en réalité, le terme de « musulmans » permet aux tenants des discours fascistes en France de considérer ces millions de citoyennes et de citoyens de confession musulmane comme une entité à part, un corps étranger, voire hostile lorsque la diaspora d’origine algérienne est ciblée, qui constituerait une menace pour le pays.

Le discours du racisme colonial est remis au goût du jour. Le racisme d’aujourd’hui vise tout particulièrement la jeunesse algérienne comme celui qui, depuis le début du XIXe siècle jusqu’en 1962, a brimé ses ancêtres dans leur propre pays.

Le colonialisme a été héroïquement vaincu depuis plus d’un demi-siècle mais les stéréotypes racistes qu’il a forgés ont survécu et s’appliquent désormais à celles et à ceux qui sont nés de parents venus travailler en France.

À la différence de l’antisémitisme qui a été déclaré cause nationale, le combat contre le racisme islamophobe n’est pas jugé prioritaire. Il n’est pas traité politiquement de manière convaincante. Il assassine donc la dignité d’une partie non négligeable d’une jeunesse, délaissée tout en bas de l’échelle sociale, victime du chômage de masse, parquée dans des logements ou des quartiers insalubres.

Beaucoup de ses membres ont, selon certaines statistiques non démenties, près de 8 fois plus de risques d’être contrôlés par la police qu’un citoyen français dit « de souche ».

Les promesses de 2012 du candidat François Hollande de mettre fin aux « contrôles au faciès » ont été enterrées par Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur et actuel Premier Ministre.

Sans excuser les violences commises par quelques voyous connus des services Police, beaucoup de jeunes des banlieues vivent un cauchemar quotidien et il faut être hypocrite ou malhonnête pour ignorer que certains puissent sombrer dans la délinquance, le terrorisme ou les deux.

Cette situation les pousse à régir au racisme islamophobe, devenu « politiquement correct » et largement consensuel, pour une partie de ceux qui le véhiculent car ils ne s’en prennent pas ouvertement à eux, en tant que jeunes, mais les mettent en accusation en tant que citoyens renvoyés politiquement à une religion, présentée comme plus dangereuse que les autres sous des prétextes hypocritement respectables tels que la lutte pour les droits des femmes, voire la défense de la laïcité, comme si, en France, l’Islam était le seul ou même le principal vecteur de tous les problèmes de la société et de sa crise identitaire.

C’est donc ce traitement différencié qui donne du crédit à l’idée d’un « deux poids, deux mesures » au détriment des jeunes des banlieues difficiles qui ressentent cela, avec quelque raison, comme une injustice insupportable et inadmissible.

Le projet de loi sur la déchéance de nationalité, qui fait rageusement débat en France, ne contribuera pas à les apaiser et encore moins les rassurer. Si ce projet était adopté, il créera un régime de citoyenneté à deux vitesses qui discrimine les personnes ayant une double nationalité, qu’elles soient nées à l’étranger ou France, ainsi que les citoyens naturalisés.

Ces Françaises et Français auront désormais des droits plus limités que le reste de la population française en matière de citoyenneté, tout simplement parce qu’ils sont nés ou que leurs parents ou ancêtres sont nés dans un autre pays.

En vertu des dispositions du projet de loi, ces Françaises et Français pourraient se voir retirer leur citoyenneté à la suite d’une condamnation pour des actes de terrorisme en France ou à l’étranger contre les intérêts de la nation française.

Ce projet de loi est aujourd’hui combattu par de nombreux parlementaires par ce qu’il est considéré dangereux pour l’égalité des citoyens devant loi mais surtout, si devenu loi, il risque d’être « trituré », par des formations politiques malintentionnées, en élargissant son application à d’autres situations ou d’autres crimes ou délits.

Aujourd’hui, tous les citoyens français ont les mêmes droits en matière de citoyenneté, quelle que soit leur origine. Ils sont supposés tous égaux devant la loi. Si le projet de loi sur la déchéance de nationalité était adopté, cette nouvelle loi diviserait les Français en deux classes de citoyens :

– Ceux qui peuvent perdre leur citoyenneté et ceux qui ne le peuvent pas.

Il est clair que ce projet de loi sur la citoyenneté est surtout hostile aux citoyens de confession musulmane. A ce titre, il est antidémocratique et s’attaque de façon insidieuse et oblique aux valeurs fondatrices de la République.

Il sape tout bonnement le sens même de l’identité républicaine.

Le discours masqué sur la déchéance de la nationalité vise en réalité à ouvrir une brèche pour retirer la citoyenneté française à certains citoyens de confession musulmane. Ce procédé est injuste parce qu’il n’est pas fondé en droit et viole les valeurs fondamentales d’égalité énoncées dans la Constitution.

Par ailleurs, les promoteurs de cette idée de déchéance de nationalité font montre d’un mépris flagrant pour ces valeurs et pour les droits fondamentaux de tous les citoyens et citoyennes de la République.

En effet, un régime de citoyenneté à deux vitesses, s’il était inscrit dans la Constitution du pays, permet, un jour, à de simples bureaucrates du gouvernement, non à un tribunal de droit, de révoquer la citoyenneté. L’exemple en a déjà été expérimenté à l’époque de VICHY lors de la seconde guerre mondiale.

Monsieur François Hollande – Président de la République – et Monsieur Manuel Valls – Premier Ministre – l’ignorent-ils?

 

L’Alliance Nationale des Associations des Algériens de France – ANAAF