Blog :  De la quintessence

La bataille de Poitiers est présentée aux générations d’écoliers comme constitutive de la nation française. Elle figure parmi les « trente journées qui ont fait la France » de la collection de Gallimard. Cette escarmouche militaire doit être comprise dans ce contexte d’expéditions militaires à but économique et non comme un projet de conquête territoriale. La percée des armées arabo-berbères au-delà des Pyrénées n’est pas une guerre de conquête territoriale mais une guerre de razzia, comme celles menées par les Vikings.

La bataille dite de Poitiers ne marque pas l’arrêt d’une tentative d’invasion, pas plus qu’elle ne met fin à la menace de raids militaires depuis la péninsule ibérique. Au regard de l’histoire générale du monde méditerranéen au VIIIe siècle, la bataille de Poitiers est un micro-événement. Au-delà de cette date, les raids militaires arabo-berbères se poursuivent durant plus d’un siècle, touchant diverses régions du continent européen. La bataille dite de Poitiers est d’abord une victoire politique de Charles-Martel sur ses rivaux régionaux chrétiens.

La victoire de Charles Martel à Poitiers lui permet donc d’avancer en Aquitaine et de s’accaparer le territoire de son rival. Pour les Aquitains, l’envahisseur n’est pas tant Abd al-Rahmân, qui ne compte certainement pas s’installer en Aquitaine, que Charles Martel, qui ambitionne depuis longtemps déjà de conquérir le sud-ouest de la Gaule. La victoire de Poitiers est surtout la victoire d’un seigneur chrétien sur un autre seigneur chrétien, dans une lutte pour la suprématie territoriale. Un événement bien ordinaire et banal.

La victoire militaire de Charles Martel contre Abd al-Rahmân lui permet de s’ériger en héros de la chrétienté, afin de légitimer son coup de force politique et ses ambitions de conquête. Une propagande politique est alors développée, mettant l’accent sur la bataille de Poitiers et la présentant comme un choc décisif entre deux religions. Cet angle religieux n’a d’autre but que de permettre à la famille carolingienne de s’affirmer, au détriment des autres dynasties chrétiennes. On notera au passage que les différences religieuses n’ont pas empêché, au même moment, des alliances entre gouvernants musulmans et chrétiens.

Selon Laurent Theis, historien, « en voulant étendre son pouvoir sur la Provence, Charles, duc des Francs, a massacré de nombreux chrétiens de la région, dont certains pouvaient préférer cohabiter avec des musulmans, voire passer alliance avec eux, que de subir la domination violente de demi-barbares venus du nord. Il a détruit des cités comme Nîmes ou Agde, tapant indifféremment sur les musulmans et sur les Provençaux. C’est alors qu’il a mérité son surnom de Martel qui désigne celui qui « tape dur ». Il fut surtout connu pour cela ».

D’un point de vue historique, la bataille de Poitiers ne tire donc son importance que de la propagande politique à laquelle elle a servi de fondement. Loin d’être venu sauver un occident chrétien contre un orient musulman menaçant, Charles Martel est surtout venu concrétiser ses projets de conquête.

En fait, cet événement est principalement utilisé pour la propagande colonialiste et mobilisée régulièrement dans l’imaginaire pour signifier la défense du territoire, cette bataille est devenue une référence incontournable du nationalisme et du fascisme français. Pour certains groupes des droites radicales, cet évènement historique est encore aujourd’hui le symbole d’une lutte contre « l’invasion » arabe et l’immigration musulmane. Le Cercle Charles-Martel, auteur de nombreux attentats et meurtres entre 1973 et 1983 se réclamait de cette histoire.

Source : https://quartierslibres.wordpress.com/2014/03/12/charles-martel-imposture-historique-et-mythe-fasciste/

Dans les textes du 11e et 12e siècles, les poncifs sur les sarrasins (terme fort vague et désignant tous les musulmans de façon indifférenciée) sont légion : « agents de l’esprit du mal, semblables aux démons », sont fourbes, sournois. L’attaque dans le dos, le viol des femmes, le pillage, etc… sont monnaie courante. Ainsi, dans le livre « histoire de Marseille » de Dubois, Gaffarel et Samat, les sarrasins « barbares venus d’Afrique » saccagent Marseille. La ville se vit livrée à toutes les horreurs du pillage. Les édifices publics furent dévastés, pillés et l’abbaye de Saint-Victor mise à sac et en partie démolie. Eusébie, abbesse du monastère de Saint-Sauveur, pour ne pas devenir la proie des barbares, se déchira le visage et se coupa le nez ; elle décida ses compagnes à suivre son exemple.

Ces dernières se mutilèrent horriblement la figure au moment où les sarrasins approchaient, et ceux-ci, furieux, les massacrèrent toutes ». Pourtant, aucune référence ni aucun document ne viennent authentifier ces actes de barbarie. Des violences sur les personnes, il n’y en eut guère. Certes, les sarrasins ne furent pas plus angéliques que la quasi-totalité des soldats de cette époque d’extrême violence. Ni plus, ni moins.

Paul Bancourt se demande même si tel ou tel acte de barbarie attribué aux sarrasins n’a pas été commis par des Normands ou des Hongrois. Voir « les musulmans dans les chansons de geste du cycle du roi en deux volumes ».

SOURCE : De la quintessence