Par Benabdellah SOUFARI, président du conseil régional du Culte musulman d’Alsace
La superficie totale de la France est 551 000 km². Le nombre d’électeurs inscrits est de 42 millions. Selon la Constitution, seuls 76 électeurs par km² auraient dû voter pour choisir entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal lors de la dernière élection présidentielle. Cela signifie que seul 1 électeur sur 1 000 pouvait participer au choix du président de la République. Chaque électeur aurait été lui-même choisi par le maire de sa ville ou de son village, seul habilité à décider qui peut voter ou non.
Étonnant, n’est-ce pas ? Stupide même, non ?
C’est pourtant bel et bien cette règle qui est appliquée pour choisir les représentants du culte musulman en France.
Alors que les intervenants français tentaient de convaincre quant à « l’importance » du projet d’union méditerranéenne de Sarkozy, les Algériens demeurent sceptiques.
Vous êtes cruels avec l’union méditerranéenne ! », a lancé, le ton sérieux, Olivier Pastré du Cercle des économistes français hier à la salle des conférences de l’hôtel Sofitel d’Alger, à la faveur d’un débat sur les enjeux du projet défendu par Nicolas Sarkozy, organisé par le Cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (Care), les journaux El Khabar et El Watan ainsi que le Centre de recherche en économie appliquée et développement (CREAD) Et si on arrête de dénigrer. On n’arrête pas de dire qu’on ne sait pas ce que sera cette union. Elle sera ce que nous voudrons qu’elle soit », a-t-il ajouté. Ce signe d’agacement est apparu après presque une journée marquée par des interventions critiques sur l’idée avancée par le président français, dès sa prise de pouvoir en mai 2007.
L’organisation du Conseil Français du Culte Musulman était sensée remédier à la situation d’anarchie que connaissait l’islam en France. Deuxième religion dans l’Hexagone, l’islam n’avait aucune instance représentative, alors même que la Grande Mosquée de Paris aurait pu s’imposer dans ce rôle en offrant un rayonnement culturel et religieux plus crédible.
Plusieurs années après la mise en place énergique et volontariste du CFCM par Monsieur Nicolas SARKOZY, une forte désillusion s’est installée au sein de la composante musulmane de la société française.
Le but réel de cette instance “représentative”, dont l’édifice est aujourd’hui sérieusement lézardé, n’est toujours pas établi.
Son système de scrutin est ubuesque parce qu’il n’est pas conforme aux critères du suffrage universel. Dans la pratique retenue, ce sont la superficie des lieux de culte et l’arbitraire des présidents d’associations qui déterminent le nombre d’électeurs sensés participer au choix des dirigeants de cette instance “représentative”.
A-t-elle été imaginée, organisée et soutenue pour servir ou asservir le Culte musulman en France ?
Cet appel sera remis à Monsieur le Président de la République et à tous les Représentants élus de la Nation pour que la parole des musulmans d’en bas, les musulmans de toutes les régions, les villes, les campagnes et les banlieues françaises puisse enfin être entendue.
Son but ne vise rien d’autre que le souci de ses signataires d’être les porte-parole les plus fidèles de l’état d’esprit dans lequel se trouve le plus grand nombre de musulmans de France – en majorité citoyens de la république- qui ont le sentiment d’être victimes d’un véritable déni de démocratie et d’inégal bénéfice de la loi lorsqu’ils veulent participer librement et démocratiquement à l’organisation de leur culte et rendre transparente la gestion de tous les lieux qui s’y rattachent.