COMMUNIQUE

Après avoir bafoué la Constitution qui limitait le nombre de législatures à deux mandats, voilà que le clan au pouvoir veut reconduire M. Bouteflika  -arrivé illégitimement au pouvoir en 1999- pour un 4ème mandat consécutif. C’est une négation de la République et du  sacro-saint principe de l’alternance au pouvoir,  une offense à la mémoire de ceux de nos compatriotes  qui ont sacrifié leur vie pour l’indépendance du pays et une marque de mépris pour les citoyens que nous sommes. Sauf réaction significative de la société civile et politique, M. Bouteflika sera maintenu à la tête de l’Etat au titre d’une parodie d’élection identique à  toutes celles que nous avons connu dans le passé, et ce, malgré son âge avancé, son état de santé déplorable  et le  bilan fort contestable des quinze dernières années. Un bilan d’autant plus inexcusable que l’Algérie aura connu au cours de cette période, une conjoncture exceptionnellement favorable,   celle d’une paix civile retrouvée grâce à la population qui a rejeté et l’extrémisme et l’éradication, celle d’une pluviométrie providentielle et celle d’une embellie extraordinaire des cours du pétrole. Les recettes pétrolières colossales  perçues durant cette période ont été dilapidées à l’exception d’une partie bloquée en bons de trésor,  pour le seul bénéfice de l’économie américaine.

Au lieu d’utiliser la manne tombée du ciel pour bâtir une économie  de substitution à l’économie rentière des hydrocarbures et propulser l’Algérie au rang des pays émergeants, le régime de M. Bouteflika a choisi d’engager le pays sur la voie qui lui permet de rester au pouvoir en  achetant la paix sociale avec l’argent du pétrole. Pour ce faire, il a inondé le marché de produits d’importation et passé des contrats faramineux avec des entreprises étrangères de travaux et de prestation de service, à la grande satisfaction d’une faune d’affairistes de tous acabits et de tous bords.  Des contrats qui  ont donné systématiquement lieu à des commissions exorbitantes au profit des contractants nationaux et de  leurs intermédiaires à travers le monde.  Des fortunes  colossales se sont ainsi bâties sur le vol et la prévarication au détriment du Trésor algérien.

Le pillage des recettes provenant de l’exportation des hydrocarbures  au cours de ces  années funestes pour l’intérêt du pays, a été accompagné  par une surexploitation criminelle de nos gisements pétroliers pourtant bien connus pour la modestie de leurs réserves   en  comparaison avec celles des Etas pétroliers de la région. Une surexploitation qui a accéléré le processus d’épuisement déjà largement entamé, ce qui expose la nouvelle génération d’Algériens à de graves problèmes de ressources.

Peu de projets productifs ont vu le jour durant les quinze dernières années et le peu qui restait encore de l’ancien appareil de production a été démantelé pour laisser place nette aux barons de l’importation qui ont fait des Algériens une population d’assistés ayant perdu le sens de l’entreprise, ne produisant plus rien et attendant tout de l’extérieur, et vivotant dans un Etat en queue de classement dans tous les rapports  publiés périodiquement par les institutions internationales.

Un Etat déliquescent caractérisé par une administration budgétivore  et incompétente, une bureaucratie étouffante, des services publics défaillants, une économie dominée par les activités informelles, la spéculation,  la fraude,  l’évasion fiscale et monétaire. Un Etat hors normes, profondément gangréné par la corruption (aggravée par l’impunité), et totalement déconsidéré aux plans régional et international. Un Etat incapable de protéger sa population contre les tonnes de kif qu’un pays voisin, connu pour sa politique expansionniste et son bellicisme à l’égard de l’Algérie,  déverse  quotidiennement sur nous,  sans que le pouvoir en place ne réagisse. C’est une véritable « guerre de l’opium » que ce pays mène contre nous, une guerre qui fait des ravages dans  la jeunesse algérienne et menace la  République dans son intégrité territoriale.

Alors que  l’Algérie, depuis l’Indépendance, n’a jamais connu de conditions aussi favorables pour son développement qu’au cours des quinze dernières années, sa régression politique, économique, culturelle et éthique  n’aura malheureusement,  jamais été aussi grande qu’au cours de cette même période.  Cette déchéance est l’œuvre de la côterie au pouvoir qui pousse maintenant l’arrogance jusqu’à vouloir imposer un quatrième mandat dans un climat délétère aggravé par une situation explosive dans le sud du pays et des déclarations irresponsables faites hélas au nom du FLN.

Aussi, et devant le viol qu’il s’apprête à faire subir une nouvelle fois à notre peuple,  nous, signataires de cette Déclaration, considérons qu’il est de notre devoir, devant Dieu et le peuple algérien, de dénoncer publiquement et solennellement, ses dérives politiques et morales inacceptables, sa gestion désastreuse des affaires de l’Etat et son immobilisme face au développement du régionalisme, du communautarisme et des forces centrifuges qui menacent le pays d’éclatement.

Nous signataires de la présente Déclaration, disons non à une quatrième candidature de M. Bouteflika et appelons toutes les forces saines du pays- et notamment celles attachées à la justice sociale et à la moralisation de la vie politique- à exprimer  leur refus par tous les moyens pacifiques qu’ils jugent utiles : prises de position individuelles et collectives, recueils de signatures, pétitions, déclarations, appels, etc., comme nous leurs demandons, en cas de maintien de cette candidature, de boycotter massivement le simulacre d’élections que le pouvoir en place projette de tenir. La prochaine échéance électorale doit être l’occasion d’exiger une refondation des institutions afin que la situation que l’Algérie a connue durant les quinze dernières années  ne se reproduise plus jamais et pour que la candidature  à la magistrature suprême ne soit dorénavant permise qu’aux seuls dirigeants  dans la force de l’âge, en pleine possession de leurs capacités physiques et intellectuelles, et cela, à  l’exemple de  tous les pays qui comptent   dans le monde.

Alger le 10 février 2014

Abdennour  ALI YAHIA             Ahmed TALEB-IBRAHIMI              Rachid BENYELLES