amira-bouraouiMédecin gynécologue, Amira Bouraoui fait partie des organisateurs du rassemblement contre le 4e mandat devant l’université de Bouzaréah à Alger.

Quel bilan faites-vous de la manifestation que vous avez organisée aujourd’hui contre un quatrième mandat pour le président Bouteflika ?

Le bilan est positif non pas par la présence des masses qui n’étaient pas là. Cette manifestation a été organisée, non seulement, pour dire non au quatrième mandat de Bouteflika qui constitue une honte pour l’Algérie, mais aussi pour permettre de lutter contre la peur des citoyens de pouvoir s’exprimer librement dans le pays. Pour nous, ce mandat constitue également un coup d’État à la Constitution algérienne qui stipulait (avant 2008) qu’un président ne pouvait briguer que deux mandats. On a sauté un verrou qui nous mettait à l’abri de la dictature.

Comment expliquez-vous la faible mobilisation ?

Cette faible mobilisation est en partie due à cette peur de l’instabilité, au défaitisme et à la résignation. Nous estimons qu’il est temps de dire stop ! L’instabilité ne sera pas due au fait que des citoyens s’expriment mais à une dictature qui se prolonge. Le danger ne réside pas dans l’expression du citoyen mais dans la dictature. Ce pouvoir qui menace l’opinion de tomber dans l’instabilité oublie que la Libye, la Syrie et l’Égypte ne sont devenus instables qu’à cause des dictatures qui se sont prolongées. C’est une relation de cause à effet.

Peut-on remettre également en cause le travail des militants sur le terrain ?

L’opinion dans sa majorité vomit le quatrième mandat. Tous ceux qui sont pour le quatrième mandat sont, pour nous, des corrompus qui veulent à ce qu’un monsieur malade et diminué reste au pouvoir et cela pour leurs intérêts personnels. Le travail des militants sur le terrain est d’empêcher ! Le policier me disait : vous n’avez pas d’autorisation ! J’ai eu honte, pour mon pays, d’être ramassée (arrêtée) ainsi, quand les voleurs jouissent de toutes les libertés.

La manifestation s’est tenue au moment où le Premier ministre annonçait officiellement la candidature du chef de l’État…

C’était surprenant ! En fait, beaucoup nous demandaient pourquoi on organisait un sit-in alors que le concerné ne s’était toujours pas déclaré. Quand on remonte à 2008 et on voit sa manière d’agir en augmentant, notamment, les salaires des députés un mois avant le viol constitutionnel, nous savions déjà de quoi il pouvait être capable. Nous savions qu’il oserait faire cet affront aux Algériens.

Propos recueillis par Hadjer Guenanfa – TSA Algérie