La stabilité. C’est avec ce mot que l’on cherche aujourd’hui à vendre un homme vieux et dépassé comme un homme jeune et prometteur. La propagande mise sur la « stabilité », montre du doigt la possibilité du chaos, fait peur aux Algériens qui ont survécu aux années 90 et répète partout « qu’il n’y a pas de solution de rechange à Bouteflika ». C’est en gros, l’argument de campagne de la monarchie et cet argument touche beaucoup d’Algériens qui sont, en même temps, allergiques à la monarchisation de leur pays et à l’humiliation subie.

Sauf qu’il y a arnaque et cette arnaque, il faut l’expliquer avec patientence aux gens. La stabilité n’est pas l’immobilité. Bien au contraire. C’est en votant pour un régime à moitié mort, impotent, réduit à un clan et une chaise roulante, une famille et un frère, que l’on introduit l’instabilité en Algérie.

C’est en poussant les jeunes au désespoir, en leur mentant avec un « Tab jnanna » rusé et pleurnichant en mai 2011, en leur fermant toutes les portes sauf celle de la mer ou du Djihad, qu’on introduit l’instabilité.

C’est en réduisant l’économie du pays soit à de la corruption large, soit à de la rente gratuite qu’on va déstabiliser l’Algérie.

C’est en misant sur une génération qui est physiquement inapte, sur un Président malade et qui bouge à peine, et en pariant sur un âge qui a sa limite biologique qu’on va déstabiliser l’Algérie.

Élire un homme malade, c’est faire choix de déstabiliser le pays.

Dire qu’il n’y a pas d’alternative à cet homme, c’est dire que lorsque Dieu votera, on va être dans l’inconnu, c’est-à-dire l’instabilité.

Réduire un État, une nation, une guerre de Libération à un homme, c’est faire le choix de l’instabilité.

Consacrer la formule d’un Président prête-nom avec un groupe de frères et clients qui se cachent derrière lui, c’est condamner le pays à l’instabilité.

Accepter de réduire notre glorieuse histoire, le FLN de notre mémoire, à la bande des quatre, c’est pousser l’Algérie vers l’instabilité.

Accepter un régime pareil, si fragile et si dépendant des soutiens étrangers, des puissances, par besoin de légitimité, c’est rendre l’Algérie instable, fragile et dépendante.

Fermer la rue, interdire l’expression, manipuler les médias, lever les Algériens les uns contre les autres, rien que pour élire un homme et ses amis, c’est pousser l’Algérie vers l’instabilité.

Gérer le pétrole comme une affaire familiale, ainsi que les terres, les licences de tabacs, les grands projets, les passeports diplomatiques et les crédits de cette manière, est un facteur d’immense instabilité.

Laisser l’école telle qu’elle, réduire la justice à un téléphone, imposer ses proches aux commandes, faire élire des imbéciles au Sénat et à l’APN, disposer de la souveraineté comme d’un projet de revanche, est un élément qui va accélérer l’instabilité parce qu’il va donner du crédit à l’émeute et pas à la délégation pour s’exprimer.

Dire que la vie, la responsabilité et l’espoir commencent à 78 ans et pas avant, est une raison profonde de l’instabilité.

Laisser faire un régime qui joue les émotions, la religion, la réfection de trottoirs et une autoroute est un facteur d’instabilité car c’est du populisme.

Choisir un régime qui choisit des Saadani, des Benyounès, des Sidi Saïd, l’autre Saïd, des Belkhadem et des Ouyahia et des débiles mentaux aux cheveux oxygénés à l’APN, c’est élire l’instabilité.

Aller se soigner au Val-de-Grâce puis nous parler nationalisme et de la main étrangère, c’est nous pousser à la folie et à l’instabilité.

Donner une salle à Benyounès pour faire sa propagande et traîner par terre des jeunes qui disent non à la monarchie, c’est convoquer l’instabilité.

Couvrir des ministres corrompus et faire un bras d’honneur aux forces vives de cette nation poussent à l’instabilité.

L’instabilité est sournoise. Elle se cache sous des apparences qui trompent. Et le choix est là : si on veut sauver un pays, on doit changer pour bâtir la stabilité. Mais si on ne fait pas ce choix, on va choisir l’instabilité au nom de la stabilité et nous détruirons ce pays qui va nous être volé quand mourra cet homme. Et dans ce cas, il ne sera pas là pour payer la facture.

Mais nous ou nos enfants, si.

Car cette génération qui veut nous vendre la stabilité ne pense pas à nous et à l’avenir. Elle pense à elle-même. Elle ne pense pas aux lendemains car elle n’y vivra pas.

La stabilité ne peut être apportée que par le changement. Elle se construit, ne s’achète pas. Se fabrique par le consensus et l’intérêt commun, pas par le mépris et l’exclusion et la fraude.

Kamel Daoud – Le Quotidien d’Oran