Bouteflika a déposé, ce lundi 3 mars, son dossier de candidature au Conseil constitutionnel. Celui-ci le validera, à coup sûr, même si l’on est fondé à s’interroger sur la validité et la sincérité du certificat médical contenu dans le dossier. Le même jour, Ahmed Benbitour a annoncé son retrait de la course à la magistrature suprême, estimant que « les forces de la fraude ont pris le dessus ».

Dès lors, un seul Algérien parait douter encore de la « réélection » du chef de l’Etat sortant, au soir du 17 avril : Ali Benflis. Il continue de faire comme s’il avait de réelles chances de damer le pion au président-candidat. Selon des sources sûres, il se dit assuré de le battre. « Y compris à Tlemcen » (!). Dans son entourage, des ingénus rassurent les sceptiques en leur assurant que des officiers du DRS vont bourrer les urnes au profit de leur poulain. Voilà qui aurait pu conférer enfin un peu de suspense à cette élection. Mais trop tard : l’APS vient de faire état du nombre de formulaires de signatures d’élus et d’électeurs déposés au Conseil constitutionnel par Bouteflika : respectivement 15.000 et 4.000.000 ! Et de la dizaine de fourgons mobilisés pour le transport de ces tonnes de papier qui constituent le dossier de candidature de Bouteflika. Résumons : 15.000 signatures d’élus, 4 millions de signatures d’électeurs et 10 fourgons pour le transport du dossier. Des chiffres à retenir. Et, surtout, à méditer. Le nombre de votants que l’on aura comptabilisés au soir du scrutin risque d’être inférieur au nombre de signatures ainsi annoncé. Ce ne sera pas un casse-tête pour le ministère de l’intérieur qui saura se tirer d’affaire. Comme d’habitude. Et les Algériens s’en accommoderont, comme d’habitude Bouteflika a déjà gagné son quatrième mandat. Pour peu que Dieu lui prête vie jusqu’au 17 avril, il sera encore notre futur président.

Alors, trêve de suspense, trêve de campagne électorale et trêve d’élections. Une seule question mérite d’être posée : que peut bien apporter un quatrième mandat à l’Algérie ? Sur le plan de la gouvernance, il ne faut surtout pas s’attendre à des miracles. Le Bouteflika malade et diminué ne pourra pas, en cinq ans (et encore…), ce que le Bouteflika entier n’a pas fait en quinze ans. La corruption continuera de prospérer, le tribalisme de progresser, les libertés et l’Etat de droit de régresser, les institutions de végéter et, conséquence immédiate, le développement économique et social attendra encore. Mais cette fois, ces ajournements seront de trop. Ils auront un effet tout aussi immédiat, voire instantané: ils accéléreront l’agonie du système, déjà au beau du rouleau. Que Bouteflika triture encore la Constitution, dès le début de son quatrième mandat, pour se donner un vice-président qui lui succédera le moment venu n’y changera rien. Les Ouyahia, Belkhadem, Hamrouche et autre Benflis, tous probables prétendants à une succession programmée, n’ont pas les attributs politiques et historiques nécessaires pour entretenir ce consensus dont a constamment besoin le système pour se régénérer. Après Bouteflika, le système sera en panne d’hommes. Inévitablement. C’est du reste cette panne qui, aujourd’hui, oblige le système à compter une nouvelle fois sur un président sortant malade qui, déjà en 2012, avant-même l’aggravation de son état de santé, déclarait qu’il appartenait à une « génération finie ». La même année, le chef de l’Etat avait initié, en guise de « réformes politiques profondes», des lois qui favorisaient plutôt le statuquo, histoire de donner au système le temps de se réadapter et de lui laisser ainsi une marge de manœuvre pour se donner un second souffle, une seconde vie. On le comprend mieux aujourd’hui : le déclin dont parlait ainsi Bouteflika en 2012 n’était pas seulement le sien, mais celui de toute sa génération. Cet aveu de déclinaison biologique n’était rien d’autre qu’un cri d’alarme, une sommation à l’adresse des gens du système, dits les décideurs. Un ultimatum même : l’entreprise de régénérescence du système était une urgence. En vain.

L’entreprise semble avoir lamentablement échoué. Et Bouteflika se voit contraint de jouer les prolongations. Mais tout porte à croire que ce qui n’aura pas été dans les cordes des enfants du système en cette fin de troisième mandat ne le sera pas durant le quatrième. Encore moins plus tard, sans Bouteflika, avec moins d’argent dans les caisses et plus de colère dans la rue. Cela ressemble à un paradoxe mais, au fond, ce n’en est pas un : rien n’a jamais autant sonné le glas du système algérien que ce quatrième mandat de Bouteflika.

Se pose alors une question: ceux qui accompagnent Bouteflika dans cette désastreuse aventure ont-ils droit a plus de considération que lui ?

Smail Ramdani – www.algerie-express.com