On se souvient tous du fameux slogan capricieux de Abdelaziz Bouteflika : « sinon, je rentre chez moi ». 
Aujourd’hui, quatrième jour de campagne par lettres, voici nos conditions pour voter.

Je vote, si Bouteflika me parle à moi, yeux dans les yeux, sans montage ni caméras, pendant une heure. Sans interruption, sans trucage et sans courrier lu en son nom.
Je vote Bouteflika si je peux le voir faire sa campagne lui-même et pas par procuration.
Je vote Bouteflika, si, devant moi et l’histoire, il congédie Belkhadem, Ouyahia, Sellal, Benyounes et les autres Amar. Puis les nomment ambassadeurs, tous, au Burundi, là où le parlement vient de voter contre la prolongation de mandat de son Président.

Je vote Bouteflika, s’il m’explique pourquoi il me promet de faire en cinq ans, assis, ce qu’il n’a pas fait en quinze ans, debout, plus jeune et en meilleure forme.
Je vote Bouteflika, s’il m’explique le travail de son frère à la Présidence et s’il enlève à son frère le téléphone qu’il utilise pour gérer ce pays, les gens, les vents.
Je vote Bouteflika, s’il me demande des excuses pour avoir lancé le projet de la plus grande mosquée d’Afrique au lieu du meilleur hôpital d’Afrique. Pour nous et pour lui, d’ailleurs.
Je vote Bouteflika s’il me montre son bulletin de santé, le vrai. C’est la moindre des choses pour tisser un contrat de confiance. Et même s’il est malade, sa sincérité convaincra l’algérien compatissant et fier que je suis.

Je vote Bouteflika, s’il dissout cette assemblée née d’un rire et d’un scandale.
Je vote Bouteflika, s’il m’explique, les yeux dans les yeux, pourquoi il a choisi la France pour se soigner alors qu’il représente tout un pays, son histoire et ses martyrs.
Je vote Bouteflika, s’il m’explique pourquoi il n’adresse jamais des condoléances à son peuple et si nous sommes un peuple à ses yeux, ou une corvée ou une occasion de mauvaise blague avec des diplomates.

Je vote Bouteflika s’il m’explique, clairement et avec franchise, que veut dire l’expression « Tab Djnana » qu’il a lancé mai 2012 à Sétif.
Je vote Bouteflika s’il m’explique pourquoi il a pu être ministre à 25 ans et pas moi à 43 ans.
Je vote Bouteflika, s’il accepte chaque six mois de recevoir des journalistes algériens pour répondre à leurs questions et pas seulement les journalistes français ou ceux de l’Occident.
Je vote Bouteflika, s’il libère le jeune homme algérien qui en prison pour avoir mangé un casse-croute durant le ramadan. Et aussi le jeune de Tlemcen qui est en prison pour une blague sur le Net.

Je vote Bouteflika, s’il se met à accueillir aussi des femmes noires de notre Sud et pas seulement celles à peau blanche les fêtes du 8 Mars.
Je vote Bouteflika s’il me jure, en public, qu’il n’y aucun lien entre lui et le Khalifa d’Alger qui pèse sur le FCE.
Je vote Bouteflika, s’il publie l’origine des fonds amassés pour sa campagne chez les privés. Et pourquoi ils l’ont fait.
Je vote Bouteflika s’il démissionne de son poste de quinze ans en tant que rédacteur en chef de l’ENTV.
Je vote Bouteflika s’il chasse les émirs qui chassent nos outardes au sud de notre pays.
Je vote Bouteflika, si seulement il ne vote pas à ma place.

Je vote Bouteflika s’il s’excuse, en public, des insultes de ses hommes, de ses ministres et de ses proches.
Je vote Bouteflika, si je le rencontre. En live, en chair, en os et s’il me parle et que j’ai la preuve de sa vie, de sa capacité à parler sans murmurer et à gouverner sans déléguer. Je suis algérien, je ne donne pas ma voix en échange d’un murmure.

Kamel Daoud – www.algerie-focus.com