L’appel à une contre-manifestation lancée par les fossiles du FLN pour le 22 février pourrait sembler à priori une vraie folie sur le plan de la communication ou une faute grave sur le plan politique ! Mais c’est plus qu’une folie, c’est le scénario probable que j’avais envisagé et qui a été traité de « fou ». J’ai invité les gens à  prendre en considération le jusqu’au-boutisme d’un système aux abois n’ayant plus de lucidité pour voir des portes de sortie. Ce système en panique, s’agrippant à ses rentes, refusant le changement et ayant donné aux étrangers les garanties de leur faire des concessions stratégiques veut aller à la confrontation, au chaos et à la répression. Sa règle est « c’est nous ou c’est le déluge ».

Nous sommes remis dans la même ambiance que celle de décembre 1991 et de janvier 1992 : monter les Algériens les uns contre les autres et créer les conditions pour que l’élection soit annulée et l’État de siège instauré. Ce qui se passe chez nous n’est pas étranger à ce qui se passe au Venezuela où on voit l’impérialisme perdre toute forme de diplomatie et d’artifices politiques pour montrer son visage hideux sans masque et afficher sa prédation sans honte ni retenue.

Il s’agit, pour vendredi 22 février, d’une opération d’intimidation pour que la masse des « caporalisés » fasse illusion d’un soutien à un clan devenu stupide et lui donner la possibilité de trafiquer les élections sous prétexte que les populations le soutiennent. Dans ce scénario, la possibilité de débordement voire de confrontation entre algériens est la solution idéale pour un clan de fous qui ne sait plus si son candidat va demeurer vivant jusqu’à réaliser les objectifs fixés par la France : un vice-président et une révision constitutionnelle pour faire durer ce régime et épuiser les ressources de l’Algérie.

L’ANP est remise face à ses responsabilités historiques : répondre une nouvelle fois par la répression ou accompagner le changement et offrir une voie de sortie sans violences. Elle risque cette fois-ci de se diviser ou de voir un groupe opérer pour forcer le destin avec tous les risques que nous connaissons si l’opération échoue : répression et épuration comme en Turquie.

Les jours sont sombres, les Algériens sont divisés sans cap, ni boussole ni vigie, ni gouvernail ni capitaine aux commandes d’un bateau battu par les flots et qui risque de sombrer.

Les Algériens ont été démolis par la rente, la hogra et l’école. Ils ont peur de réfléchir, ils ont peur d’agir, et ils ont perdu les moyens de l’autonomie. On leur a confisqué et interdit toute forme d’organisation sociale et d’action politique. Trois étudiants qui se réunissent pour travailler sur un projet de mémoire universitaire risque de paraitre comme des conspirateurs, des complotistes, des agents de la subversion. L’opposition les a habitués à dénoncer alors que le pouvoir les a contraint à la servitude. Avec l’internet et les moyens numériques de la communication, les animateurs sociaux et politiques n’ont pas joué leur rôle d’éducateur. Sur le Facebook algérien on parle cuisine et troc, mais rarement d’Algérie et lorsqu’on le fait c’est en insultant ou en dénonçant.

Les étrangers sont divisés. Trump et la CIA peuvent à la dernière minute imposer leurs hommes et refuser que l’Algérie demeure une chasse gardée de la France. Cela se fera dans une confusion telle que l’effusion de sang sera impossible à éviter. Les partis classiques d’opposition ne sont ni crédibles, ni compétents, ni populaires.

Le président en « exercice » par sa vacance ne peut ni faire un appel au calme comme Chadli l’a fait lors des émeutes d’octobre 88, ni assurer la responsabilité de la répression. Aucun leader n’émerge pour engager l’Algérie sur une solution négociée avec les Étrangers pour éviter l’effondrement. Il manque aux leaders virtuels la légitimité, c’est à dire la reconnaissance sociale qui ne peut être construite en quelques jours ou en quelques semaines.

S’il est triste de constater une fois de plus, la capacité de nuisance et l’irresponsabilité outrancière des rentiers en place, il est davantage plus triste de voir que les « poids lourds » de l’Algérie n’ont aucune initiative sur l’Algérie et aucune implication au milieu des Algériens. Ils porteront la même responsabilité sur le désastre passé, présent et à venir. Venir nous dire, plus tard, que ce sont les Français ou les Américains qui portent la responsabilité, c’est insulter nos intelligences et fuir ses responsabilités. Nous sommes de grandes gueules, mais dans les faits nous sommes déserteurs de la cause nationale. Les militaires savent que le terrain est ou bien occupé par l’ennemi ou par les alliés, leur incompétence ne leur sera d’aucune justification le jour où chacun sera jugé selon l’œuvre réelle accomplie dans cette existence.

Qu’Allah nous fasse miséricorde ! Comment attendre Sa Miséricorde lorsque les militaires « décideurs de circonstances » ou « instruments » du pouvoir occulte méprisent les civils, alors que les gouvernants et administrateurs civils méprisent le peuple algérien et n’offrent que la pax romana :

« domptez les superbes et épargner ceux qui se soumettent ».

S’il ne se passe rien, cela ne signifie pas que ce scénario est le récit d’un fou, mais que la menace et l’intimidation ainsi que l’emprise des réseaux de rente et de caporalisation sont telles que les résistances sont anesthésiées et annihilées. La crise de l’interrègne n’en sera pas pour autant réglée. La dialectique va aiguiser les contradictions et les oppositions et le conflit n’en sera que plus violent ou du moins plus radical. C’est ainsi et pas autrement :

« Où vous prenez le changement par la main, où il vous prend par la gorge » (W. Churchill).

Comme en 1991 les uns veulent sanctionner un régime, les autres veulent s’approprier le pouvoir à sa place, pensant qu’ils sont les mieux placés et les plus méritants, mais personne n’a travaillé sur l’adhésion populaire, ni placé le curseur idéologique sur la rupture sans exclusive ni exclusion, ni placé le débat au niveau requis pour décrire l’alternative et susciter l’enthousiasme des couches sociales. Nous continuons de réagir et d’improviser d’élection en élection.  Entre temps le système a démoli l’école et l’université, a sapé l’économique et le social, a mis en ruine L’État et la jeunesse…

Omar MAZRIalgerie-rupture.com