Il ne s’agit pas d’une mince affaire, mais d’un plan diabolique qui remonte loin et qui se répète à chaque événement majeur de l’Algérie. Nous allons le démonter avec un peu de patience et de concentration.

Préambule :  Lisons l’Appel

C’est bien écrit et simple. Il n’y a pas d’analyse de la situation ni d’évaluation de la situation, mais une imposition polie à l’opinion publique de s’aligner et de suivre comme des moutons les faux Messies. Chacun se réclamant de détenir la vérité et le monopole de la représentation populaire. D’un côté il y a l’opposition classique qui négocie en faisant valoir ses signatures de validation de la candidature aux élections présidentielles qu’ils ont déserté et de l’autre côté ceux qui font la comptabilité des « jmini » (j’aime) et « jliki » (je like) des anonymes et des trolls de Facebook, Tweeter et Youtube, confondant la réalité digitale avec la réalité sociale et politique.

Ils veulent créer une commission qui tire sa légitimité d’une plateforme de signatures et qui donne mandat à un conseil national pour désigner un gouvernement de transition lequel élabore une nouvelle loi et convoque le corps électoral pour valider les choix pris par d’autres. Ce n’est ni le processus historique d’une démocratie, ni d’une République, ni d’un Etat de droit, mais du bricolage, des artifices bureaucratiques, des montages juridiques précaires. Les partis politiques et les élites de la société civile vivent dans la culture des arrangements qui ne durent pas longtemps car les clivages idéologiques sont réels, le fonctionnement démocratique est absent, les concepts philosophiques sont nuls, la connaissance du peuple est inexistante. Nous sommes dans le délire et l’affabulation de microcosmes qui s’imaginent que la dénonciation médiatique du système est suffisante pour faire valoir leurs opinions.

Ses références

Nous revenons à la Plateforme de 1995 à Saint Egedio (Rome). C’est une référence purement médiatique car les principaux acteurs qui peuvent peser sur le sens et les conséquences de cette plateforme sont absents :

  • Le FFS d’Aït Ahmed refusant l’interruption du processus électoral. Le FFS est éclaté, dispersé.
  • Le FLN d’Abdelhamid Mehri et les Réformateurs de Hamrouche-Hidouci refusant l’interruption du processus électoral. Ce courant est minoritaire presque inexistant.
  • Le FIS refusant l’interruption du processus électoral. Le FIS est disqualifié puisqu’il n’a ni condamné la violence, ni entrepris une analyse critique de sa part de responsabilité, ni réalisé une maturation politique. Comme les autres partis, il est éclaté en factions, en dissidents, en fin tragique comme Abdelkader Hachani, en isolement comme Ali Belhadj.
  • Ces trois acteurs sont politiques et revendiquent la paternité de la Plateforme de Rome. L’acteur principal est occulté : Cheikh Ziani. C’est une grande figure spirituelle à l’image de Cheikh Sahnoun. C’est un érudit et une spiritualité du Titteri (Ksar Al Boukhari, un haut lieu de spiritualité comme Constantine, Miliana, et autres lieux de «rbat» des Almoravides en  kabylie). Ce n’est pas un bigot sermonneur, mais un humaniste visionnaire. Comme tous les gens de son école de pensée et de spiritualité, avant la Révolution, pendant et après l’indépendance ont gardé des contacts étroits avec les Chrétiens vivant en Algérie notamment ceux qui avaient défendu la Résistance algérienne et qui se considéraient sur le plan national comme algérien et sur le plan culturel comme musulman. Ce courant se retrouve en Palestine, au Liban, en Syrie, en Iran. Ils sont la cible du sionisme. Ils ont été la cible à Thibhirine. Cet assassinat est complexe, l’histoire et la justice finiront pas l’expliquer. Pour le moment il nous suffit de constater comme la plateforme de Rome a été sabotée et comment la crise algérienne a été gérée par la violence. La population algérienne et les militaires algériens ont payé un prix rédhibitoire. En principe ils ne sont pas prêts à le payer de nouveau.

Il ne faut pas se voiler la face. Notre histoire est violente, détournée et maquillée par les incompétents. Les plus incompétents ont été les cadres du FIS : ils n’ont jamais su communiquer, fédérer, parler vrai et faire de la politique. Ils se sont contentés de dénoncer les généraux algériens et de criminaliser les militaires sans éclairer l’opinion sur le pouvoir réel, sans donner leur version conceptuelle sur la tragédie, sans proposer un projet alternatif. Par égard pour leurs souffrances, leur exil, je ne vais pas les accabler davantage. Que chacun assume ses erreurs et ses responsabilités. Nous assumons les nôtres en exprimant notre indignation et notre incompréhension devant ce gâchis pour revenir aux mêmes conditions de 1992 et aux mêmes arrangements. L’Algérie mérite mieux.

C’est bien de s’exprimer et de marquer ses préférences, si elles ne sont pas anachroniques et indigentes. Les cadres du FIS ont été instrumentalisés et ils continuent de faire preuve de naïveté et de fausse route comme si les « musulmans » de cette fin des temps sont génétiquement des incapables. Nous ne pouvons continuer à imputer notre inertie au colonialisme ou au destin, mais au système dont nous faisons partie par notre manière de penser, notre appétit d’accéder au pouvoir et notre absence de fonctionnement démocratique au sein des appareils pris en otage par des clans cooptés et non mus par des idées et des programmes.

J’ai du mal à comprendre les motivations et les analyses des hommes politiques algériens. En effet comment expliquer qu’au lieu de soutenir un homme qui s’engage à ouvrir le champ politique sans exclusive, ni exclusion vous soutenez ceux qui l’ont trahi ? Comment expliquer cette ambition triomphaliste de gagner des élections alors qu’il n’y a ni élection ni garanties. Quelle est votre rôle : faire de la politique ou effrayer les gens ?

Avez-vous conscience que le corps social est épuisé, traumatisé et qu’il ne vous suivra pas dans une nouvelle aventure où vous affichez votre désir de revanche ? Savez-vous qu’en faisant un mauvais calcul de pourrissement de l’Algérie en laissant Boudiaf et Liamine Zéroual seuls sous prétexte que vous étiez persécutés, la mémoire collective des corps d’armées blessés dans son amour propre par sa criminalisation et par le comportement indigne de ses chefs ne peut éprouver pour vous de la sympathie, de la compassion et s’opposera à votre ambition politique.

Vous n’avez rien compris en cultivant le syndrome victimaire, vous n’avez rien compris en faisant peur aux éradicateurs qui ont toujours en main les appareils militaires, sécuritaires, économiques et médiatiques et qui vont imposer la solution qui les préserve de votre revanche quitte à bruler l’Algérie. Colporter des rumeurs et de fausses informations soit disant provenant des services ou des diplomates ne sert ni votre cause et encore moins celle de l’Algérie. Vous n’êtes que des saltimbanques de foire foraines. La politique c’est autre chose.

Ceux qui ont soutenu, “islamistes” et “progressistes”, l’Empire et l’OTAN lors de l’agression de la Libye et de la Syrie ne peuvent faire partie de notre lutte pour l’indépendance et la souveraineté. Ils sont incapables de faire une lecture objective de la situation mondiale, ils ne peuvent se libérer de leur cadre partisan et sectaire. Ils n’ont pas de courage politique. Ils ne présentent aucune crédibilité et n’offrent aucun gage pour l’avenir.

Sur le terrain politique en 2019, le FIS est éclaté, il n’a pas fait son mea culpa préalable à son rétablissement dans la conscience populaire. Le FFS est éclaté. La société civile vit ses fantasmes idéologiques dans les livres d’histoire de la France. Ils sont tous des anachronismes, des débris sans possibilité de se fédérer et encore moins à fédérer. Les slogans portés par le peuple ne peuvent être synthétisés de cette façon réductrice et politicienne.

Son contenu et ses conséquences :

Maintenant que nous sommes en présence des profils de l’indigence politique, nous pouvons croire avec certitude que le scénario  « B » et l’acte 5 sont en train de se mettre en place. Notre sentiment le plus profond est qu’il n’aura pas d’écho, ni dans l’armée, ni dans le peuple, ni dans l’opinion des grandes figures politiques algériennes toujours en retrait.  Elles vont se manifester à un moment où il ne serait plus possible de se taire. Pour l’instant, il y a encore une perte de temps.

Les appareils qui se mettent en place ne s’adressent qu’à l’opinion nationale laissant le soin au système en place de communiquer son plan de maitrise de la situation. C’est à juste titre qu’ils ne mettent pas en lumière les convergences des appétits nationaux et internationaux.

Ils mettent des appareils au sommet alors qu’il faut mettre des dynamiques de débat à la base. C’est la même culture de la pensée unique. Ils n’apportent pas de réponse à la question de la légitimité et du mode de désignation des personnels qui seront en charge du pilotage de la plateforme.

Tous les partisans de ces formules, sans lendemain, sont dissidents de quelque chose. Le peuple a changé, mais eux n’ont pas changé, ils ne peuvent conduire le changement ni apporter des garanties de rupture. Et pourtant les populations algériennes ont délivré un message sans équivoque : pas de prolongation ni de maintien sous quelque forme que ce soit.

Les partis politiques et les élites de la société civile vivent dans la culture des arrangements qui ne durent pas longtemps car les clivages idéologiques sont réels, le fonctionnement démocratique est absent, les concepts philosophiques sont nuls, la connaissance du peuple est inexistante. Ce sera encore une perte de temps pour faire refroidir la machine thermique et ne pas produire du travail utile. Nous sommes au cœur de la lutte idéologique en faisant porter les idées et le plan de l’ennemi par ses adversaires et ses ennemis.

Se poser les véritables questions sur l’Algérie et la nature du pouvoir

La question qui va se poser est simple : l’Algérie est un pays vaste avec 42 millions d’habitants, une position géostratégique complexe, une position ciblée par les intelligences et les classes compradores alliés de l’Empire et du sionisme. Comment faire face à tous ces défis avec des caisses vides, un peuple maintenu à l’écart, une nouvelle constitution qui va s’attaquer aux fondamentaux de l’État et aux sensibilités de la personnalité algérienne dans un cadre transitoire, fragile et éphémère ? Qui aura l’autorité de gérer les troubles, la subversion ? Qui aura la légitimité de s’engager avec les Étrangers ? Qui aura le pouvoir de s’adresser au peuple et lui demander des sacrifices en cas de malheurs ou de circonstances tragiques ?

Militer et faire de l’agitation politique et sociale est une chose, gouverner en qualité de Grands commis de l’État, de capitaines d’industrie, d’ingénieur social, de diplomates chevronnés, de chef d’armées. L’Algérie n’est pas un mouchoir de poche ou une maquette de Monopoly.

D’une manière ou d’une autre nous serons confrontés aux vraies questions : la nature du pouvoir, qui l’exerce de fait, la bonne ou mauvaise gouvernance, la stabilité sociale et l’État de droit. L’intelligence politique et la compétence en matière de gestion savent que la transition n’est pas une solution. Nous sommes en transition, en vacance du pouvoir, en confusion depuis longtemps. Nous avons épuisé les formules de conseil de la révolution, de comité de sursaut national, de haut comité et toutes trouvailles pour masquer la faillite et maintenir la rente.

Nous disons NON !

Nous sommes encore dans les préliminaires de l’acte 5 ou dans les soubresauts de l’acte 4.

Les acteurs principaux n’ont pas joué leur rôle et n’ont pas dit leur dernier mot. Le reste c’est de la diversion, de faux équilibres. On ne construit pas du nouveau et du définitif avec l’esprit de revanche, avec la faillite dans ses propres rangs, l’échec en qualité de gestionnaire.

Il est facile de créer des « interlocuteurs valides » lorsque la situation l’exige, mais la question qui se pose est simple « l’interlocuteur validé » a-t-il des interlocuteurs réels et bien identifiés ? Le peuple dans sa diversité est-il son interlocuteur pour lui délivrer un message ? Nous savons tous et nous l’affirmons très haut et très fort que le pouvoir algérien en place n’est pas le détenteur véritable du pouvoir, mais un auxiliaire.

En 1992, le régime a initié une plateforme et une conférence nationale avec comme slogan « ouverture à tous sans exclusion, mais exclusion de ceux qui s’excluent par eux-mêmes » plus flou et plus vicieux que ça il n’y en a pas. Il réitère les mêmes manœuvres !

Il faut donc pousser cet auxiliaire à s’effacer en délégitimant, par voie pacifique, sa représentativité, ses scénarios et ses hommes, afin de laisser le pouvoir réel se manifester et s’exprimer. Il faut oser et savoir parler en Commis d’État à la France et aux États-Unis et leur dire les points d’intérêts mutuels et les points de convergence.

Nous pouvons travailler sur un nouveau partenariat fondé sur la compétition internationale hors du monopole et de la tutelle dans le domaine économique, financier, sécuritaire, culturel et scientifique. Nous devons faire pression sur les vrais décideurs de l’Étranger qui ne sont pas ceux qui occupent l’Élysée ou la Maison Blanche. La feuille de route de renégociation ou de rupture avec l’Étranger n’est pas à inventer : nous avons les fondamentaux de la Révolution algérienne et nous avons les revendications du peuple algérien qu’il a exprimé dans les places publiques au cours de ce mois de mars 2019. Nous avons aussi les ressources stratégiques que nous pouvons nationaliser, les accords internationaux que nous pouvons remettre en cause, les crimes contre l’Algérie que nous pouvons porter devant les tribunaux. Ou bien ils coopèrent maintenant ou ils se préparent à faire leurs valises.

Il faut oser dire les choses. Nous avons plus de moyens que les Iraniens ou les Syriens, nous pouvons dire plus et plus fort.

L’hors-jeu de la plateforme :

Le grand acte que ces manifestations ont mis en évidence : la fraternisation sociale, c’est à dire la justice sociale et la consolidation identitaire. Il ne s’agit pas d’une invitation aux arrangements et aux concessions politiques et idéologiques. Chacun devrait pouvoir militer librement pour ses idées et dans son cadre idéologique et organique propre, mais ne pas devenir le porte-parole d’un peuple qui ne l’a pas désigné par voie élective. Nous sommes des jalons sur la route, pas plus.

Il est facile de reproduire le système mis en place en Tunisie et en Égypte où les arrangements contre nature ont eu lieu afin de confisquer et de caporaliser les manifestations populaires. Ensuite, l’Empire et ses vassaux sapent ces arrangements éphémères et fragiles pour imposer leur solution. Que sont devenus Merzouki et ses droits de l’homme, Ghannouchi et sa solution islamique et les progressistes avec leur démocratie et leur citoyenneté factice : effacés du paysage politique, les plus experts en arrangements tentent de se trouver une place dans les coulisses ou dans les strapontins. L’Empire et le sionisme contrôlent et verrouillent le système. Le peuple tunisien est toujours exclu du progrès social et de la démocratie.

Il est facile de reproduire les tractations mises en place par Khaled Nezzar, Sid Ahmed Ghozali pour reconduire le système ou importer un second Boudiaf ou un cinquième Bouteflika. Pour cela il faut amuser la galerie et lui faire miroiter l’intelligence de son élite et de sa probité politique par des organes médiatiques qui servent la rente et qui sont produits par la rente. La rente n’est pas seulement économique, mais le prestige entretenu d’être un grand militant, un grand démocrate, un islamiste éclairé, un Mahdi attendu qui peut se passer du peuple et régler les problèmes des hommes.

La convergence des apprentis politiciens avec les grands diables :

N’est-ce pas remarquable, la convergence entre d’une part les appels de l’ancien premier ministre Ouyahia et le chef d’Etat-Major de l’armée Gaïd Salah demandant de répondre aux doléances du peuple et d’autre part les groupes constitués qui se disent : Nous sommes la réponse du peuple ? Le grand orchestre rouge est à l’œuvre, mais chaque fois qu’il met une partition à jouer, les instruments perdent la mesure et sonnent faux.

Le manquement au devoir

Les offreurs de la plateforme du salut ou du naufrage public, s’ils étaient vraiment sérieux et fiables, auraient été mieux inspirés et plus efficaces en convenant d’une charte éthique, d’une plateforme idéologique, d’un cadre déontologique où ils s’engageraient chacun à respecter la souveraineté populaire quel que soit le résultat des urnes, à défendre les symboles de l’État et à refuser toute atteinte à ce qui fait une nation : un territoire, un peuple, des ressources et un État.

Le territoire est en danger, les ressources sont dilapidées, le peuple, par ses manifestations grandioses a plébiscité la rupture et le désir de changement. Il faut le conduire vers la chute du régime par la voie des urnes sinon par l’auto organisation pour reprendre en main son destin et non refaire diversion, remettre en place le système de cooptation et bavarder sur les évidences.

Il faut provoquer la rupture et l’accompagner, non plus en termes d’expression médiatique ou politicienne, mais en termes d’ingénierie : produire de la pensée et mettre les couches populaires et les différentes composantes de la société algérienne en situation d’impression mentale : voir la trajectoire de la rupture et du changement en leur qualité d’acteurs principaux et non en situation d’agent auxiliaire. A chaque événement majeur, le peuple exprime ce qui est imprimé dans sa conscience : le désir de liberté et d’exercice souverain de ses responsabilités. Mais cela fait plus de vingt ans que les mêmes stérilités politiciennes proposent des cadres organiques pour récupérer le mécontentement populaire et le canaliser vers le scénario mis en place par le pouvoir. Le colonialisme connait parfaitement nos mentalités avides de pouvoir et déficitaires en termes de reconnaissance sociale, ce qui met nos élites en situation d’erreurs de navigation, de direction sans cap, ni boussole, ni commandement lucide.

Il est quand même curieux que les termes « citoyen » et « mouwatana » aient disparu du lexique politicien et de leur cadre organique en chantier ? Il est quand même curieux qu’aux attentes du peuple en faveur de l’ouverture et de l’espoir, on ne lui propose que des espaces clos qui ont montré par le passé leurs illusions et le désespoir qu’elles engendrent. Vivre en proximité sociale avec le peuple ne peut se confondre avec « militer » au cœur des manifestations festives populaires et au centre de l’objectif médiatique.

Le chemin de la rupture et du changement

Le chemin est encore long, l’horizon est encore bouché. Ne confondons pas le stratégique de l’accessoire, ne confondant pas la dynamique avec les appareils, ne confondant pas l’avenir avec le passé, ne confondant pas l’idée de la Rupture et du changement avec les instruments de l’immobilisme et de la rente… Souvent faire de la politique politicienne ou de l’agitation sociale et médiatique est une situation de rente que nous entretenons avec conscience ou inconscience, mais avec les mêmes conséquences dramatiques. Il y a des lois sociologiques, psychologiques, économiques et politiques qui régissent le changement. Ce serait trop facile de faire le changement avec des cadres organiques sans mécanismes et des coquilles vides sans idées. Ce serait trop simple que l’histoire se déroule d’une manière linéaire.

Si, pour faire une mayonnaise, il faut une dynamique d’émulsion que dire alors d’une révolution ou d’une libération par voie pacifique bureaucratique sans mouvement d’idées, sans atomes d’énergie, sans molécules de fédération. Que dire alors d’une transition, d’un conseil ou d’une plateforme livrés aux réseaux maffieux, à la corruption des juges, à la rente, à la diversion médiatique et à l’arbitraire du temps ?  Il faut donc aller au plus vite à la démarcation stratégique et à la confrontation décisive en combinant les deux processus pour ne pas perdre du temps et ne pas dissiper l’énergie populaire :

  1. Les Assemblées populaires pour que les populations créent leur propre cadre de libération en s’organisant, en débattant et en produisant leurs idées et leurs élites libérées de toute tutelle bureaucratique et de toute caporalisation politicienne. Il ne s’agit pas de laisser les jeunes improviser et s’exposer à la répression, mais de faire converger tous les mécontentements sociaux, corporatistes et politiques vers une unité de lutte contre le système. Encore une fois, il ne s’agit pas de faire émerger des leaders, mais de générer une dynamique autonome et structurante par sa capacité à éveiller les consciences et à être une force de propositions et un esprit d’initiative.
  2. Les élections démocratiques : chaque algérien = une voix. Le gagnant est celui qui a le plus de voix sans exclure ceux qui ont moins de voix.

Lorsqu’on parle de confrontation, on vise la démarcation irréductible avec la logique du système et de ses relais. La démarcation ne signifie pas la recherche du contact physique et violent avec les forces de sécurité qui sont entrainées à la répression sans état d’âme.

Proposition hors des appareils et des partis politiques :

Il y a une proposition hors des appareils : les Assemblées populaires qui commencent par la base et sur le principe démocratique du débat d’idée et de la loi de l’évolution : la fonction crée l’organe et non l’inverse ? Nos politiciens et notre société civile veulent faire l’inverse créer des appareils et demander aux gens du commun d’adhérer comme des moutons qui n’ont aucune prise sur la transition ni sur le gouvernement de transition ni sur l’élaboration de la Constitution.

Les cadres proposés ne sont qu’une manière de dissiper l’énergie populaire et de faire diversion. La confrontation ne consiste pas à provoquer les forces de sécurité ou à faire violence, mais c’est accepter le rapport de force par les manifestations pacifiques qui débattent au lieu de se défouler en festivités, le rapport d’intelligence en exposant les véritables solutions et en suivant avec lucidité l’évolution nationale et internationale pour déjouer les stratagèmes et les agressions.

Les cadres proposés ne sont qu’une manière de donner du temps au pouvoir réel de se repositionner et d’obtenir des concessions stratégiques. Nous n’avons ni le droit ni le temps de refuser de nous démarquer d’une manière nette et décisive dans ce qui se trame à ciel ouvert. La démarcation est entre le vrai et le faux, le réel et l’illusion. L’esprit de revanche et les calculs politiciens opportunistes ne vont mener nulle part.

Les contradictions entre vraies et fausses solutions vont créer le clivage réel

Je suis presque sûr que, maintenant que Bouteflika est oublié et définitivement sorti de l’arène, la contradiction principale et l’opposition réelle va se jouer entre les partisans des fausses solutions bureaucratiques et les militants de la libération des Algériens c’est à dire la rupture avec le système, ses magiciens et ses élites pour une nouvelle Algérie qui passe par une seconde République. Les grandes figures nationales vont finir par sortir de leur mutisme ou de leur neutralité et faire basculer le rapport des forces en faveur de la rupture. Les choses à ce moment iront en s’accélérant et en s’intensifiant. Plus c’est dense et rapide plus l’inertie sera vaincue et la dynamique sera structurante et difficile à stopper à moins d’un coup de force par les armes. Même dans cette situation, le système a perdu l’initiative et a perdu toute légitimité et tout espoir de se reconstruire.

Si ces « interlocuteurs valides » s’étaient exprimés avec force et transparence pour exiger des garanties et mener à son terme le processus électoral et ainsi faire dégager le système par les urnes, nous aurions applaudi à leur solution actuelle lorsqu’il ne restait que l’ultime solution : mobiliser les électeurs pour défendre leur choix et imposer leur candidat élu. Les Algériens ne sont pas des tarés. Ils ont vécu un processus électoral et leur mentalité collective sait trois choses :

  1. les politiciens médiocres refusent la confrontation des urnes
  2. le peuple peut sanctionner ou glorifier par les urnes
  3. les populations victimes du terrorisme et de la répression savent qu’en allant sur le rapport des forces elles ont été mises en situation de défaite et elles savent qu’il fallait malgré le tout sécuritaire et l’illégitimité conserver en sa faveur le rapport d’intelligence et le refus de la violence pour reconstruire ses élites décimées ou corrompues. Toutes les élites de 2019 sont d’une manière ou d’une autre, dans un clan ou dans l’autre, le résultat de l’errance et de l’improvisation voire de la convergence avec le régime en place.

Nous disons NON !

Il y a eu viol de la Constitution, il y a illégitimité et illégalité. Maintenant il n’y a qu’une seule solution revenir à la légalité et « négocier » le départ pacifique du régime ou se préparer à la vacance du pouvoir et négocier avec les Forces armées contraintes d’imposer leur solution légale : loi martiale, fermeture des frontières, contrôle des médias et mise en place d’un haut conseil de salut national. L’armée algérienne ne fera pas appel aux apprentis de la politique. Elle tient à jour son fichier. La bataille sera d’un autre niveau. Qui a la stature pour débattre avec les commandants des forces combattantes ? Quelle solution va-t-il leur proposer ?  Sur quel soutien populaire va-t-il s’appuyer pour négocier la « Transition ». Lorsqu’on met la charrue devant les bœufs ou lorsque l’on sonne midi à quatorze heures, le militaire a déjà son ordre de bataille écrit et déployé sur une lecture réelle du terrain.

Le pari

Je fais le pari d’une olive contre un baril de miel que si nous voulons réellement soutenir ce peuple, notre devoir est de faire des analyses et d’offrir des outils méthodologiques et conceptuels et le laisser s’organiser sans nous. Nous ne sommes pas la solution, mais une partie du problème.

Je fais le pari qu’ils ne pourront aller que vers l’impasse. La fédération et la synergie se fait dans la planification avant l’action ou juste au moment de la manifestation de la crise. Dans ce dernier cas les livres d’histoire, les expériences de gestion, les manuels de psychologie sociale et les essais politiques montrent qu’il s’agit toujours de « la rencontre d’un homme avec un peuple », chacun est à la quête de son destin. L’histoire ne s’est jamais accomplie à plusieurs et en concurrence et hors propos.

L’histoire de l’Islam politique est achevée. Les syllogismes de l’État islamique, de la solution islamique, de « Dieu a dit et le Prophète a dit », de la « siyassa char’îya » (politique « légale ») ont montré leurs limites théoriques, méthodologiques et praxiques. Le monde musulman et en particulier l’Algérie ont besoin de la Politique sans « isme » et de la guidance spirituelle de haut niveau sans esprit sectaire ou appartenance partisane. La politique est une science, la spiritualité est une communion avec la création et le Créateur par une éthique et une esthétique. Cela ne relève pas du religieux, mais de l’âme.

Omar MAZRIALGERIE RUPTURE

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