« Je suis un simple algérien et j’étouffe pour l’Algérie. L’économie a été libérée mais elle passe doucement mais librement des mains de l’état vers quelques personnes qui n’apportent pas grand chose à la prospérité de la masse amis pour eux mêmes, leur famille, leur réseau et leur « région ». La presse aussi connait une pseudo liberté en passant d’une presse publique à une presse plus privative mais toujours bâillonnée et orientée mais pour d’autres raisons… Traitez la formation du capital nouveau en Algérie, Traitez de la presse extrémiste et à démocratie belliqueuse, paternaliste. Enfin, participez à sauver ce peuple, c’est parmi les meilleures œuvres aux yeux de Dieu. »

Je vais tenter de répondre à cette interpellation que vient de me faire un algérien du peuple en précisant tout d’abord que je reste un pédagogue et non un politique de l’opposition algérienne. Ma vocation est de fournir une grille de lecture mais le changement ne peut venir que des Algériens eux-mêmes s’ils produisent une élite ou se fédèrent autour des plus compétents et des plus probes faisant abstraction des appareils de partis qui pour l’instant ont montré leur lourdeur bureaucratique, leur inefficacité idéologique,leur vulnérabilité à la cooptation entre clans et à la pensée unique héritée du FLN, leur infiltration par les H’nouchas et des Rtilates des officines nationales et étrangères par l’effet pervers de la clandestinité et de l’espionnite :

O vous qui êtes devenus croyants, soyez vigilants à l’égard d’Allah et dites des paroles pertinentes sensées, Il vous Amendera vos œuvres et vous Pardonnera vos péchés. Et quiconque obéi à Allah et à Son Messager, il a gagné un vrai immense gain. Al Ahzab 70

Mon cadre idéologique d’analyse reste le Coran par lequel je vais définir l’intellectuel et le professionnel médiatique fi sabil Allah (le service de la cause d’Allah) qui se distingue du fi sabil as chaytan ou fl sabil Taghut (le service de Satan, de l’aliénation et l’oppression). Je tiens à rappeler que la cause d’Allah est toute cause visant, pour l’amour d’Allah, à défendre la Religion d’Allah ainsi que ce qui donne vocation et promotion à l’homme en sa double qualité d’Honorificat originel et de Khalifat destiné à accomplir al Islah sur terre. Mon cadre idéologique en matière d’information et de médiatisation est définit par ce combat entre le système d’information du Taghut et le système d’information de la Justice et de la vérité.

1 – Les poètes :

Nous avons deux clans qui s’affrontent dans la sourate « Les Poètes », symboles de la lutte médiatique et idéologique :

Est-ce que je vous annonce sur qui les démons descendent ? ils descendent sur chaque forgeur de mensonges, grand-pécheur. Ils prêtent l’oreille, mais la plupart d’entre eux sont des menteurs. Et les poètes sont suivis par les égarés. N’as-tu pas vu qu’ils sont errants dans chaque vallée, et qu’ils disent ce qu’ils ne font pas ? As Chou’ ara 221

Sauf ceux qui sont devenus croyants et ont fait les œuvres méritoires, et ont beaucoup psalmodié le Nom d’Allah, et se défendent après avoir subi l’injustice. As Chou’ ara 227

La victoire finale dépend d’Allah mais elle ne se réalise que si le clan subissant l’injustice ou partisan de la justice se met dans une position de refus de l’injustice, de tous ses appareils et de toute sa communication. Le verset coranique est limpide : Tant que les opprimés prêtent l’oreille, donnent du crédit aux menteurs, lisent leurs journaux, suivent leurs émissions télévisées, ils seront dans la situation des égarés qui suivent les poètes fabricant le sensationnel et le fascinant qui fait oublier ses devoirs, qui fait taire sa conscience morale, sociale et politique. Sobhane Allah ! En soulignant le caractère des poètes instruments de la propagande du mensonge et de l’aliénation Allah dit « ils disent ce qu’ils ne font pas ». Si le peuple algérien ne voit pas que ses gouvernants, ses élites et ses journalistes au service du pouvoir ou ceux de l’opposition ne sont que dans le verbe étincelant sans réalisation concrète en terme de « démocratie », de dignité, de vérité, de justice, d’explication sur les raisons du naufrage et de proposition d’alternatives crédibles et efficaces que pourrait dire un homme tout seul même s’il est brillant par sa probité, sa culture, son intelligence et la consécration de sa vie au service de son pays ?

Allah (swt) dans ces versets qui sont le cœur de la lutte médiatique, idéologique et psychologique nous définit non seulement l’attitude à adopter envers les poètes égarés qui égarent et fourvoient : Ne pas acheter leur journaux, ne pas leur donner audience ni crédit morale ou politique. Cela fait partie de la résistance morale, intellectuelle et politique que de les laisser sans audience et surtout se protéger de leur niveau de caniveau et d’égout. Il nous montre que la résistance passive, celle du refus, est le premier pas à faire et à maintenir tant que dure l’oppression et le mensonge, doit être suivie d’une résistance active offensive : « et se défendent après avoir subi l’injustice ». Sur le plan de l’information le peuple algérien et les élites de quartier, de village ou de grandes cités n’ont pas épuisé les perspectives dans l’acte d’appropriation de la résistance : Débattre, écrire, faire du théâtre, créer des coopératives de presse, mettre en place des magazines distribués gratuitement et financés par la publicité des PME et des particuliers. Il ne s’agit de s’exposer à la censure ni de risquer sa vie inutilement. L’héroïsme ne consiste pas à donner des cadeaux et se faire emprisonner ou tuer sans portée politique ni sociale. La force tranquille est comme le goutte-à-goutte de l’eau qui finit par saper un édifice sinon à faire bouger les lignes de conflit ou a obtenir plus d’espace de liberté, plus de liberté d’expression.

Dans le même verset Allah (swt) nous montre trois choses importantes dans cette résistance active qui produit ses poètes et ses élites contre l’oppression sans faire mention de Jihad. La première est de s’inscrire dans la durée. Quand on s’inscrit dans la durée cela signifie qu’il faut planter suffisamment les arbres porteurs, aiguiser les regards qui doivent voir loin et essaimer les voix qui annoncent l’espoir et l’espérance. Contre la déshumanisation et la désespérance, Allah nous commande la culture de l’espoir, de la solidarité sociale et de l’élévation du niveau tant spirituelle qu’éthique : « Sauf ceux qui sont devenus croyants et ont fait les œuvres méritoires, et ont beaucoup psalmodié le Nom d’Allah ». Il ne s’agit pas d’une posture partisane ou sectaire mais d’une culture de société civile qui émerge comme rempart contre la tyrannie. L’Occident dans sa division sociale et technocratique entre travail manuel et intellectuel nous a légué cette image perverse de l’intellectuel à l’avant-garde, s’il n’est pas lui et ses pairs une corporation qui défend des intérêts partisans et qui confisque la société civile pour en devenir la seule expression autorisée. Le Coran ne parle ni de partis politiques ni d’intellectuels mais de poètes dans le sens de voix qui se font écouter dans le temps, dans l’espace et sur les sujets qui interpellent la société et qui la préparent à accoucher d’une nouvelle société, d’une nouvelle gouvernance, de nouvelles valeurs. C’est la société civile au sens coranique qui doit cultiver ses valeurs, ses pratiques « démocratiques », ses œuvres méritoires, sa solidarité sociale, son humanisation.

La société civile coranique par l’œuvre méritoire et par la parole juste et sensée sera le discriminant qui va évaluer les hommes, les sélectionner et les élire comme compétences. Il est important de comprendre que la compétence religieuse, politique, morale, médiatique est une capacité réelle qui se prouve par le mérite mais qui ne devient compétence que lorsque la société lui donne la reconnaissance sociale car elle retrouve dans cette capacité une autorité de savoir, une autorité morale, une autorité d’organisation, une autorité de sacrifice, une autorité de valeurs, celles du peuple. Le combat « démocratique » est un combat de légitimation : Ou bien c’est la société civile qui donne légitimité ou bien ce sont les illégitimes qui donne légitimité. Le pouvoir en place par la force de ses appareils sécuritaires, de ses appareils bureaucratique, de ses appareils de distribution de la rente peut donner légalité à ses vassaux mais il ne peut leur donner légitimité car une fois de plus la sociologie, la psychologie sociale, l’idéologie, la pédagogie et l’histoire des civilisations montrent que la compétence doit répondre aux deux critères qui sont la capacité, c’est-à-dire l’aptitude et la légitimité, c’est-à-dire la reconnaissance sociale de cette aptitude. Rien en Algérie ne repose sur la compétence car il lui manque ces deux qualifiants. Le qualificateur doit être la société civile dont l’État, les médias, les intellectuels et les partis politiques n’en seront que l’émanation s’ils répondent aux critères incontournables de la capacité et de la légitimité. Le Coran met la société devant ses responsabilités. Il met l’homme en sa qualité d’être social devant les responsabilités que la communauté exerce à travers les interactions sociales, politiques, économiques, commerciales, culturelles et territoriales de ses membres. La conscience et l’exercice de ces responsabilités confèrent à la société civile la responsabilité collective sur laquelle s’édifie le Taqlif qui est sa vocation, sa mission et son devoir socio politique et religieux. Le Coran avant de mettre la société devant sa vocation, il met les membres qui composent cette société devant leur responsabilité individuelle ou la Masouliya, cette obligation de changer soi même comme voie du changement collectif. Le changement individuel ou changement ontologique consiste à changer les principaux attributs de la personnalité humaine : Croire, Savoir, Devoir, Vouloir, Pouvoir et Faire. Chacun, pour l’intérêt individuel et collectif, est tenu de faire son examen de conscience et de changer sa représentation à la fois sur lui-même, sur sa société, sur son rôle dans la société, sur le pouvoir en place, sur les Poètes du système ou les poètes de l’opposition et de se redéfinir non sur des convulsions émotionnelles ou des à-peu-près mais sur une clarification de ses attributs ontologiques et une rupture avec les confusions, l’insouciance, le nihilisme, le cynisme, le défaitisme et les poètes de l’égarement.

On risque de me dire que je suis encore très théorique. Je ne peux pas aller dans un détail plus étendu et plus précis car je serais amené à parler à la place et au lieu des jeunes qui sont sur le terrain de la confrontation. Ce terrain, ils le vivent au quotidien et ce serait stupide, anti démocratique et contre les principes que je défends que de me substituer aux autres ou de porter le changement à leur place. La seule chose que je pourrais dire pour rendre cette responsabilité individuelle et collective plus aigue est que la bataille ne sera pas facile. Face au peuple algérien désorganisé comme du temps de la colonisation avec les mêmes saltimbanques de la Boulitique, il y a des forces organisées qui peuvent livrer bataille en son nom ou s’arranger en son nom mais jamais pour son profit et sa souveraineté.

Les médias et les intellectuels du système algérien (pouvoir et opposition) lancent le peuple algérien à cautionner l’agression colonialiste contre la Libye et celle qui se prépare contre la Syrie sans vision stratégique ni lecture politique ni arguments religieux. Ils le lancent à accepter l’idée d’une cohabitation pouvoir / opposition sans cadre d’orientation idéologique sur l’avenir du pays, de son indépendance, de sa population et de ses richesses. Ils le lancent à maudire la révolution algérienne et ses hommes se substituant à l’histoire et faisant oublier les millions de morts et les centaines de milliers de disparus. Ils le lancent dans l’attente de l’homme providence, le retour du Messie, qui va reposer la question qui va embraser l’Algérie : Une constituante. Dans cette période de confusion, de troubles, de mécontentement toute confusion idéologique, tout arrangement d’appareils et surtout tout débat sur l’identité nationale, l’appartenance civilisationnelle et autres sensibilités ne fera que jeter l’Algérie dans une diversion voire une subversion que peut cacher le culte du Zaïm et le désir de vivre ensemble réconciliés. Ils le lancent à voir le retour des exilés de l’Algérie comme une sorte de repentance, une volonté de tourner la page pour cacher les chefs d’orchestres et leurs mobiles : Faire passer l’Algérie d’un comptoir commercial à une base coloniale comme du temps de l’empire romain sinon la démanteler en zones de conflits et conserver sous bonne garde la zone utile au nouvel ordre mondial.

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