Le Front Islamique du Salut ( FIS), vainqueur des élections de 1991 et dissout en 1992, suite à l'annulation du processus électoral, vient de publier un memorandum, qui vient appuyer l'analyse "classique" sur la situation politique en Algérie, dans laquelle Abassi Madani et Ali Benhadj dénoncent la loi votée par le Parlement sur les partis qui « exclut » les dirigeants du FIS de participer à la vie politique.

Dans le complot qui se trame contre l'Algérie et qui se dessine de plus en plus net et de plus en plus décisif, nous nous interrogeons comme observateur sur les conditions, les circonstances et les garanties du retour du FIS à l'exercice politique. Ces questions l'interpellent car il ne fait pas partie des appareils de collaboration mais l'interpellement également sur son silence devant l'ingérence étrangère en Algérie.

Les revendications et la culture du FIS

1- Ali Belhadj et Abassi Madani, font porter au régime algérien l’entière responsabilité du drame national considérant que c’est l’arrêt du processus électoral et la violation de la volonté du peuple qui a déclenché le feu de la « fitna ».

2- Sur le plan politique, abstraction faite de nos sentiments personnels ou de ceux des sympathisants du FIS, il n'y a pas d'événement politique quand on connait la nature du pouvoir algérien et la position des éradicateurs dans les appareils de l'Etat ainsi que le poids politiques quasiment nulle de ceux qui siègent à l'Assemble du peuple à la place du peuple.

3- Le FIS a été dépossédé de sa victoire électorale sur des décisions étrangères pour ses positions courageuses contre l'agression de l'Irak, pour l'engagement en faveur de la libération de la Palestine, pour son opposition affichée contre l'allégeance à l'Étranger et pour un islam social et populaire.

4- Ils se réclament du courant algérianiste qui se réclame de Ben Badis, d'Al Ibrahimi, de Malek Bennabi et de tant de grandes figures nationales qui ont donné de la pensée et de l'action résistante au monde arabe et au monde musulman.

« Le colonialisme dans sa globalité comme dans ses composants est une souillure provenant de l’œuvre de Satan, ses partisans se rencontrent sur ses propagations perverses celles-là même qui sont poussées par les instincts prédateurs voraces des colonisateurs et animés par les théories du colonialisme expertes dans la construction des instruments impitoyables de prédation et cultivées dans l’art de mettre en servitude les objets de leurs convoitises. Parmi ses moyens les plus redoutables le colonialisme sape le moral des colonisés et anesthésie leurs sensibilités morales et spirituelles »
L’Islam a instauré la miséricorde et la bienveillance et il ordonne la pratique du bien et de la justice alors que le colonialisme repose sur la dureté, la tyrannie et la transgression. L’Islam appelle à la paix et à la stabilité, pendant que le colonialisme appelle à la guerre, au meurtre, à la destruction et aux crises. »

Les impasses à surmonter

1 – Nous assistons en Algérie à la course à la création de partis politiques, après l’agression contre la Libye et celle en préparation contre la Syrie et l'Iran. L'Algérie est en train de basculer des mais des éradicateurs pro français aux mains de mouvances disparates tolérées par Waghington car ils se mettent en phase économique, financière et géopolitique avec l'Amérique et l'OTAN. les Algériens ont été le bras armé contre d'autres algériens sur ordre de l'Etranger. Faire confiance à l'Etranger c'est faire preuve d'immaturité politique et d'amnésie historique.

2 –  Cela fait trois siècles que nous tournons en rond, incapables d’avoir une logique pragmatique, une démarche cohérente, une constance sur le plan de la perfectibilité. Nous persistons à faire du sur place ou à régresser.

3 – Est-ce qu’au delà de la posture victimaire légitime que partage d'ailleurs tout le peuple algérien frappé sauvagement par la répression, Ali Belhadj et Abassi Madani ont d'autres lectures à donner au peuple algérien pour qu'il construise la conscience politique et religieuse dont il aura besoin pour faire face au démantèlement de l'Algérie ?

4 – Chaque entropie ramène, en Algérie et ailleurs, ses opportunistes, ses affairistes, ses prédateurs : Allah nous dit que quand les tyrans s'emparent d'une cité ils la corrompent et avilissent son élite.

Mes critiques et mes propositions :

Mes remarques ne cherchent ni à accabler ni à être complaisant ni compatissant mais demeurer lucide et à ouvrir d'autres perspectives à celui qui a un coeur vivant et le sens des responsabilités. Il ne s'agit ni de jugement de valeur ni de sympathie ni d'antipathie mais d'un regard honnête et sincère qui veut comprendre un processus mais pour celà ses acteurs doivent se livrer davantage. Il s'agit de l'Algérie au dessus de nos partis et de nos personnes.

1 – La question de l'efficacité des dirigeants des partis algériens et de leurs collaborateurs restent posés tant pour l'observateur impartial que pour celui qui a exprimé sa sympathie ou son militantisme. Le FIS ne fait pas exception même s'il est plus populaire et préservé de la collaboration avec le régime corrompu et corrupteur. Quelles sont les garanties, dans les conditions nouvelles pour lui et les partis politiques, de garder son autonomie et sa probité à l'égard du régime et de l'Etranger ?

2 – Je reste convaincu que si les dirigeants du FIS avaient pris en considération que la lutte réelle ne visait pas le FIS en tant qu'organe partisan mais visait à toucher la révolution algérienne, à faire tomber l'armée algérienne et à diaboliser l'Islam par la conjugaison de quatre forces, le Vatican, le colonialisme, le sionisme et leurs agents inféodés en Algérie, leur démarche aurait été plus stratégique et plus subtile.

3 – Sur le plan politique Il faut se mettre au dessus du parti pour reprendre l'initiative et ne pas la laisser aux autres quand les autres sont Satan incarné.

4 – Il y a d’autres moyens d’actions. L’expérience humaine en général et algérienne durant la colonisation en particulier est riche en modèles. Seul Allah est le Vivant l’Immuable, l’Eternel (swt).

5 – Le communiqué évoque la "Fitna" mais se taire sur les complots de l'OTAN et sur la culture de la rente est une Fitna qui va rester inscrite dans nos problèmes car elle touche notre profondeur stratégique et un pays musulman. Les prédicateurs qui se sont rangés non comme des réconliateurs mais comme des instruments de guerre posent problème de conscience à notre tragédie algérienne. Ils sont aussi dangereux pour l'Algérie que le Vatican, l'impérialisme et le sionisme.

6 – Il faut trouver le moyen de redonner la parole au peuple et son exercice libre et souverain de la politique. Ce peuple libéré peut alors créer les partis politiques qu'il veut et les sanctionner par les urnes selon un processus démocratique qui peut être innové par les Algériens et ne pas se contenter de mimer l'Occident et d'installer à la place de la démocratie une polyarchie d'oligarques qui se partagent la rente économique, politique, intellectuelle, historique, symbolique et religieuse. Je suis convaincu, dans l'exercice libre et souverain du peuple le FIS peut encore réaliser un bon score mais il en faut d'abord en créer les conditions politiques et en discuter avec tout ceux qui ont le projet de l'indépendance algérienne.

Conclusion :

Si le FIS n'a toujours pas compris comment il a été instrumentalisé pour que soient réalisés, à son insu, des objectifs stratégiques qui touchent l'Algérie et l'Islam, il faudrait que ses dirigeants aillent en retraite ou qu'ils lèvent les yeux de leurs blessures, de leurs ressentiments pour voir le monde dans sa cruauté implacable et contribuer à trouver aux Algériens une riposte qui préserve les vies humaines, la dignité nationale et les chances d'avenir pour les générations montantes.

Le FIS peut apporter, en se démarquant des hypocrites et des opportunistes, une force de lutte pour la défense de nos valeurs nationales, de la justice sociale et  de la consécration de la souveraineté nationale contre l'ingérence étrangère ! Nous attendons qu'il se prononce sur ces questions et qu'il apporte ses clarifications car pour l'instant l'Algérie est sous l'emprise de la confusion, de l'amalgame et du mensonge.

Omar Mazri