Introduction : La bataille du sens

1 — L’instrumentalisation de l’Islam à des fins politiciennes et géopolitiques

2 — La préparation de la guerre contre l’Iran et le devoir de hiérarchiser les priorités

3 — La dislocation de la Syrie et du monde arabe

4 — La Turquie dans l'échiquier mondial

 

Conclusion : Salah Eddine et Jérusalem, L'émir Abdelkader et Damas

 

Introduction : La bataille du sens

 

Mohamed Al Ghazali a écrit dans son livre « La bataille du sens » :

 

« Après quarante ans de travail dans la prédication islamique, je réalise que le plus dangereux des défis ce sont les pratiques religieuses corrompues. Cela englobe le travail pour les caprices et les illusions, ainsi que le travail pour les désirs et bénéfices personnels.

La foi est une conscience intellectuelle, mais ces gens sont intellectuellement et continuellement inconscients. La foi mène à un cœur pur, mais ces gens ont des cœurs malades. Leurs cœurs sont terriblement malades. Dévoiler des pratiques religieuses altérées nécessite une étude détaillée afin de cerner les raisons mentales et psychologiques les sous-tendant.

Abû Hâmid Al-Ghazâli a dédié une grande partie de son livre, La Revivification, pour donner le remède à ses maladies et en avertir les gens. Ibn Al-Jawzî écrivit la Déception d’Iblis pour dévoiler les différentes formes de pratiques religieuses altérées et pour prévenir les gens.

 

Certes, ces mauvaises pratiques greffées sur la religion conduisent à une image erronée de l’islam dans l’esprit de nombreuses personnes douées de sens. Ces gens découvrent l’Islam à travers le comportement et les attitudes de ses adeptes. En effet, quelques musulmans — que ce soient dans les époques passées ou contemporaines — sont une disgrâce pour leur religion elle-même.

 

J’ai constaté que de nombreuses personnes, travaillant dans le champ de la Da`wah, font du tort à l’islam. Certains concentrent leurs efforts en permanence sur l’interdiction des choses. On entend d’eux que le fait que la religion interdit ceci ou cela. Ils ne se soucient même pas de donner une alternative dont les gens auraient besoin. Ils sont tels des gens qui bloquent une route sans en ouvrir une autre.

 

D’autres prédicateurs vivent encore dans le passé et non dans le présent ou le futur, comme si l’Islam était une religion historique. C’est un spectacle saisissant que de le voir débattre avec, par exemple, les Mu`tazélites ou les Jahmites. Il peut avoir raison dans ce qu’il dit, mais il ignore complètement que les ennemis de l’islam portent aujourd’hui d’autres noms et emploient d’autres méthodes et arguments.

 

D’autres également ne font point de distinction entre les problèmes périphériques et les problèmes centraux, ni entre les sujets fondamentaux et les branches secondaires, ni entre les problèmes majeurs et ceux qui sont mineurs. Ils dépenseraient toute leur énergie pour combattre les problèmes secondaires. Ainsi, il est probable qu’ils attaquent par la mauvaise direction, là où le véritable ennemi attaque par une autre direction. Il leur arrive parfois d’attaquer même des ennemis imaginaires.

 

Tous ces prêcheurs sont un pénible fardeau pour la prédication islamique. Ceux-là doivent être corrigés, tout comme ceux qui prêchent pour leurs profits personnels et non pour des principes islamiques sincères. Travailler pour les valeurs islamiques est bien différent du travail pour des désirs personnels.

 

Toute analyse portant sur les violences en Syrie ou ailleurs dans le monde arabe et soutenues par le sionisme et l’impérialisme ne doit jamais perdre de vue l’obligation de transcender l’appartenance partisane et voir en face au moins quatre vérités :

 

1 — L’instrumentalisation de l’Islam à des fins politiciennes et géopolitiques

 

La première vérité est l’instrumentalisation de l’Islam à des fins politiciennes et géopolitiques du fait de mouvements “islamiques” idéologiquement et géopolitiquement immatures, revanchards et confus. Faisant fi de tout l’enseignement islamique antinomique avec le capitalisme et l’impérialisme ils s’allient avec Satan croyant réaliser des buts tactiques alors qu’ils ne sont que les instruments de l’agenda stratégique des Dix Commandements américains qui contrôlent leurs liges au Moyen-Orient.

 

L’Islam n’interdit pas de se révolter contre un tyran, mais il interdit les postures que nous voyons en Libye et en Syrie défiant le bon sens, la mesure et le devoir de protéger les populations civiles. L’Islam interdit par ses textes, sa praxis, sa morale :

Des guerres longues, couteuses en vies humaines sans probabilité élevée de l’emporter d’une manière décisive.

Des guerres improvisées sans cap politique, religieux, social et économique. On ne fait pas une “révolution” par mimétisme ni par l’émotionnel ni poussé par d’autres sans agenda précis et sans cadre idéologique d’orientation pour fédérer et instaurer un nouveau système viable

Des guerres menées sous l’étendard de la confusion. Allah Akbar n’est pas un cri de guerre dans la bouche de barbares sanguinaires, mais la proclamation qu’Allah est au-dessus de nos intérêts partisans, mondains.

Des guerres qui ne sont pas appuyées par la majorité de la population et qui vont fatalement se transformer en guerres civiles entropiques.

Des guerres qui font l’impasse sur les possibilités d’une paix ou d’un arrangement politique qui sauvegarde la vie humaine sacrée que nul ne peut y attenter sans droit et sans justification légale irréfutable :

 

فَإِنِ اعْتَزَلُوكُمْ فَلَمْ يُقَاتِلُوكُمْ وَأَلْقَوْا إِلَيْكُمُ السَّلَمَ فَمَا جَعَلَ اللَّهُ لَكُمْ عَلَيْهِمْ سَبِيلًا

 

{Mais s’ils battent en retraite, et ne vous combattent plus, ou s’ils vous proposent la paix, Allah ne vous donne alors aucun moyen contre eux.} An Nissa 90

Des guerres qui se font sur une base partisane ou sectaire leur donnant un faux caractère islamique et rejetant tout effort de lucidité et tout esprit de précaution pour ne pas porter atteinte aux innocents :

وَمَنْ يَقْتُلْ مُؤْمِنًا مُتَعَمِّدًا فَجَزَاؤُهُ جَهَنَّمُ خَالِدًا فِيهَا وَغَضِبَ اللَّهُ عَلَيْهِ وَلَعَنَهُ وَأَعَدَّ لَهُ عَذَابًا عَظِيمًا يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا إِذَا ضَرَبْتُمْ فِي سَبِيلِ اللَّهِ فَتَبَيَّنُوا وَلَا تَقُولُوا لِمَنْ أَلْقَىٰ إِلَيْكُمُ السَّلَامَ لَسْتَ مُؤْمِنًا تَبْتَغُونَ عَرَضَ الْحَيَاةِ الدُّنْيَا فَعِنْدَ اللَّهِ مَغَانِمُ كَثِيرَةٌ كَذَٰلِكَ كُنْتُمْ مِنْ قَبْلُ فَمَنَّ اللَّهُ عَلَيْكُمْ فَتَبَيَّنُوا إِنَّ اللَّهَ كَانَ بِمَا تَعْمَلُونَ خَبِيرًا

 

{Quiconque tue un croyant intentionnellement, sa punition sera la Géhenne où il s’éternisera ; Allah le Frappera de Sa Colère, le Maudira et lui Préparera un immense châtiment. O vous qui êtes devenus croyants, si vous vous lancez pour la cause d’Allah, discernez bien et ne dites pas à qui vous offre la paix : “Tu n’es pas croyant”, aspirant aux vanités de la vie terrestre, alors qu’Allah Possède d’innombrables biens. Ainsi étiez-vous auparavant, mais Allah vous A Gratifiés. Discernez bien. Certes, Allah A toujours Été parfaitement Renseigné sur ce que vous faites.} An Nissa 93

 

Des guerres entre frères et concitoyens sans épuiser auparavant l’impératif de conciliation des intérêts et de réconciliation des cœurs :

 

وَإِنْ طَائِفَتَانِ مِنَ الْمُؤْمِنِينَ اقْتَتَلُوا فَأَصْلِحُوا بَيْنَهُمَا فَإِنْ بَغَتْ إِحْدَاهُمَا عَلَى الْأُخْرَىٰ فَقَاتِلُوا الَّتِي تَبْغِي حَتَّىٰ تَفِيءَ إِلَىٰ أَمْرِ اللَّهِ فَإِنْ فَاءَتْ فَأَصْلِحُوا بَيْنَهُمَا بِالْعَدْلِ وَأَقْسِطُوا إِنَّ اللَّهَ يُحِبُّ الْمُقْسِطِينَ إِنَّمَا الْمُؤْمِنُونَ إِخْوَةٌ فَأَصْلِحُوا بَيْنَ أَخَوَيْكُمْ وَاتَّقُوا اللَّهَ لَعَلَّكُمْ تُرْحَمُونَ

 

{Et si deux groupes de croyants se combattent, réconciliez-les. Si alors l’un des deux groupes tyrannise l’autre, combattez celui qui tyrannise jusqu’à ce qu’il revienne à l’Ordre d’Allah. S’il revient, réconciliez-les avec justice et soyez équitables. Certes, Allah Aime les équitables. Les croyants ne sont que des frères, établissez la concorde entre vos frères. Et prenez garde à Allah, afin qu'Il vous Fasse miséricorde.} Al Hujurate 10

 

De réaliser des guerres pour le compte d’autrui et de livrer bataille encadrés par les ennemis de l’Islam ou d’aller au combat dans le cadre d’une alliance qu’Allah désapprouve, car elle profane les valeurs de l’Islam et le devenir de la communauté musulmane :

 

وَدُّوا لَوْ تَكْفُرُونَ كَمَا كَفَرُوا فَتَكُونُونَ سَوَاءً فَلَا تَتَّخِذُوا مِنْهُمْ أَوْلِ

{Ils voudraient bien que vous mécroyiez, comme ils sont devenus mécréants, pour que vous soyez pareils. Ne prenez donc point d’entre eux des protecteurs} An Nissa 89

 

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تَتَّخِذُوا الْيَهُودَ وَالنَّصَارَىٰ أَوْلِيَاءَ بَعْضُهُمْ أَوْلِيَاءُ بَعْضٍ وَمَنْ يَتَوَلَّهُمْ مِنْكُمْ فَإِنَّهُ مِنْهُمْ إِنَّ اللَّهَ لَا يَهْدِي الْقَوْمَ الظَّالِمِينَ فَتَرَى الَّذِينَ فِي قُلُوبِهِمْ مَرَضٌ يُسَارِعُونَ فِيهِمْ يَقُولُونَ نَخْشَىٰ أَنْ تُصِيبَنَا دَائِرَةٌ فَعَسَى اللَّهُ أَنْ يَأْتِيَ بِالْفَتْحِ أَوْ أَمْرٍ مِنْ عِنْدِهِ فَيُصْبِحُوا عَلَىٰ مَا أَسَرُّوا فِي أَنْفُسِهِمْ نَادِمِينَ

 

{O vous qui êtes devenus croyants, ne prenez point les Juifs et les Nazaréens comme protecteurs. Ils sont protecteurs les uns des autres. Quiconque d’entre vous les prendrait comme protecteur, il sera des leurs. Certes, Allah ne Guide point les gens injustes. Ainsi, tu vois ceux qui ont une malveillance dans leurs cœurs s’empresser vers eux, disant : “Nous craignons qu’un malheur ne nous frappe”. Mais Allah Apportera la Victoire, ou une chose de Sa Part. Alors ils auront du remords pour ce qu’ils ont dissimulé dans leur for intérieur.} Al Maidah 51

اتَّبِعُوا مَا أُنْزِلَ إِلَيْكُمْ مِنْ رَبِّكُمْ وَلَا تَتَّبِعُوا مِنْ دُونِهِ أَوْلِيَاءَ

 

{Suivez ce qui vous a été Révélé de votre Maitre et ne suivez point de protecteurs à l’exclusion de Lui.} Al A’âraf 3

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تَتَّخِذُوا آبَاءَكُمْ وَإِخْوَانَكُمْ أَوْلِيَاءَ إِنِ اسْتَحَبُّوا الْكُفْرَ عَلَى الْإِيمَانِ وَمَنْ يَتَوَلَّهُمْ مِنْكُمْ فَأُولَٰئِكَ هُمُ الظَّالِمُونَ

{O vous qui êtes devenus croyants, ne prenez point vos pères et vos frères comme protecteurs s’ils préfèrent la mécréance à la Foi. Quiconque d’entre vous les prendra comme protecteurs, ceux-là alors sont les injustes.} At Tawbah 23

 

Le Prophète (saws) a averti :

 

“Ne devenez pas après moi des mécréants. Les uns tuant les autres” Hadith

 

Ibn Taymiyya a dit :

 

“Il est de la caractéristique du croyant que d'avoir de l'hostilité pour l'amour d'Allah et de prendre des alliés pour l'amour d'Allah. Si la personne est un croyant, il est du devoir de la prendre pour allié ; même si elle est en désaccord avec nous parce que les méfaits n'annulent pas l'allégeance qui est exigée par la foi : ‘Et si deux groupes de croyants se combattent, faites la conciliation entre eux [49:9]. Donc ils sont considérés comme frères, avec le fait qu'ils se combattent et que l'un transgresse l'autre ; et l'ordre est donné de les réconcilier. Donc le Croyant doit considérer qu'il est obligatoire de montrer de l'allégeance à un Croyant, même s'il vous a fait du mal et qu'il a dépassé les limites vous concernant. Tandis qu'il est obligatoire de montrer de l'hostilité à un mécréant, même s'il vous donne des choses et fait preuve de bonté. En effet, Allah a envoyé Ses Messagers et a révélé Ses Livres pour que notre manière de vivre entière soit voué à Allah ; pour que l'on aime Ses awliyaa, Ses ennemis doivent être détestés et cet honneur et la récompense serait pour Ses awliyaa et le déshonneur et la punition serait pour Ses ennemis… Si une personne combine en lui, le bon et le mauvais ; l'obéissance et la désobéissance ; la justice et la méchanceté ; la Sunna et l’innovation religieuse ; alors, il mérite l'allégeance et la récompense dans la proportion de ce qu'il a de bon et il mérite l'hostilité et la punition dans la proportion de ce qu'il a de mal.’

 

Cheikh al Ibrahimi a dit :

 

‘Si nous disons que ‘l’acceptation de la tutelle du colonisateur’ ou ‘l’alliance avec le colonisateur’ est apostasie dans l’Islam nous énonçons un jugement global. Dans le détail, il faut savoir que la tutelle suppose l’allégeance, l’acceptation, la protection. Ces trois termes appliqués au colonisateur sont en contradiction avec la loi coranique. Sur le plan sémantique, le Walâ a pour antonymes l’agression et la transgression. Toujours dans le détail, mais sur le plan lexical et sémantique le colonialisme ne peut par sa qualité intrinsèque d’agresseur et de transgresseur être un allié ou un tuteur.

 

D’une manière plus précise et sans équivoque quels sont les points ou les lignes de convergence ou de rupture entre l’Islam et le Colonialisme pour que notre jugement précédent sur l’incompatibilité entre l’Islam et le colonisateur soit juste ou faux d’une manière évidente et incontestable :

L’Islam et le colonialisme sont deux antagonismes qui ne peuvent jamais se rencontrer. L’Islam est la religion de la liberté et de l’émancipation alors que le colonialisme est la religion de la servitude et de l’asservissement. L’Islam a instauré la miséricorde et la bienveillance et il ordonne la pratique du bien et de la justice alors que le colonialisme repose sur la dureté, la tyrannie et la transgression. L’Islam appelle à la paix et à la stabilité, pendant que le colonialisme appelle à la guerre, au meurtre, à la destruction et aux crises.

 

L’Islam confirme les religions révélées dont il assure la protection, reconnait ce qu’elles contiennent comme bienfaits qu’elles professent, il respecte les Prophètes qui y sont mentionnés et vénère les livres saints. Plus encore, l’Islam a fait de la croyance des livres saints et des Prophètes de ces religions, une de ses bases et l’un de ses principes. Par contre, le colonialisme renie tout cela et travaille à ruiner ces principes et plus particulièrement ceux de l’Islam dont il combat l’essence, le Prophète, le Coran et les adeptes. Aussi, nous déduisons de tout cela que le colonialisme est le pire ennemi de l’Islam et des Musulmans et par voie de conséquence il est de l’obligation de tous les gens de confession musulmane de considérer le colonialisme comme l’un de ses plus grands ennemis et par conséquent il ne peut y avoir acceptation de sa tutelle, de son alliance ou d’une allégeance à son égard.

 

Le colonialisme occidental, d’ailleurs tout colonialisme dans cette existence est occidental, en plus des mobiles fondamentaux, d’égoïsme, de vanité, et d’exploitation, communs à tous les impérialismes, en a un autre qui lui appartient en propre : effacer toute trace de l’Islam de la surface de cette planète, car il craint de le voir rétablir sa puissance d’antan et restaurer sa grandeur passée. Ceci dit, les Musulmans doivent comprendre tous ces enjeux et savoir que la vigilance la plus élémentaire leur recommande d’éprouver, par esprit d’équité et de réciprocité, pour le moins, les mêmes sentiments d’hostilité que leur ennemi éprouve envers eux. Leur allégeance loyale et leur alliance sous n’importe quelle forme envers le colonialisme, leur ennemi, sont une transgression des principes sacrés de l’Islam. Celui qui accepte ou tolère la tutelle colonialiste signifie ici qu’il a accepté de se détourner de sa religion et de faire triompher l’ennemi de sa religion sur sa propre personne, sa génération, son peuple et sa patrie.

 

Les excuses et les justifications auxquelles ont recours les vassaux du colonialisme tel que le recours à l’administration compétente ou l’attraction des bienfaits pour la communauté doivent être remises dans leur contexte et évaluées avec minutie par les règles islamiques en la matière. Ces règles sont strictes, détaillées et ne permettent aucun fourvoiement ni louvoiement. La nécessité qui fait loi pour justifier l’alliance ou l’allégeance n’est valide que pour des cas particuliers et à titre individuel et ponctuel et en aucun cas à titre collectif au niveau des groupes ou des gouvernements musulmans.

 

Un des aspects les plus infâmes de l’allégeance envers le colonialisme, c’est de s’allier à lui en qualité de gouvernant. Une des pires et infâmes alliances avec le colonialisme, c’est celle qui est faite au moment où il faudrait s’opposer à lui et de lui tendre la main au moment où il faudrait le combattre. Ce qui dépasse le comble de l’infamie c’est de pactiser avec ton colonisateur lorsqu’il livre bataille contre un autre colonisateur alors chacun ne veut que te mettre sous sa domination coloniale. Par le passé, avant le colonialisme occidental, les guerres pouvaient avoir d’autres mobiles et d’autres significations. Certaines guerres étaient nobles par leur cause et les partisans d’un camp pouvaient être du côté du droit. Mais ces guerres qui s’enchainent sans interruption, l’une appelant la suivante en plus dure et moins juste et avec des conséquences plus néfastes et plus désastreuses n’ont aucun soupçon d’honneur, de vérité, de miséricorde, de justice ou de dignité humaine. Nous sommes face à des guerres de folies, d’absurdité et de cruauté alimentées par l’arrogance, le despotisme, la domination des faibles et la spoliation de leurs biens et des richesses de leurs terres. Ce sont toujours les faibles et les opprimés qui sont utilisés comme instruments dans les machines guerrières, ce sont eux qui subissent les conséquences des guerres. Dans la paix, ils sont l’alibi pour déclarer la guerre, et dans la guerre ils sont le terrain d’affrontements où se règlent les conflits des autres.

 

Il ne peut y avoir exemple plus éloquent en matière de stupidité et de lâcheté que de voir l’opprimé faire alliance avec son oppresseur à moins que la réalité du monde et la logique de la raison nous prouvent l’alliance de la colombe avec l’aigle et celle de l’entente de l’agneau avec le loup.

Pourquoi faire allégeance aux puissants alors les expériences prouvent qu’ils ne s’allient à nous que pour prendre nos enfants comme chair à canon, nos géographies comme zone de conflits et d’affrontements à leurs guerres coloniales, nos terres comme ressources pour asseoir leur puissance et leur domination. Puis lorsque la guerre s’achève le plus grand perdant et le plus grand vaincu c’est toujours nous, et ce, quel que soient les mobiles ou les circonstances des guerres coloniales. Combien d’avertisseurs sont venus nous réveiller est-ce que parmi nous il y en a qui se souviennent ?

 

O musulmans ! O organisations musulmanes ! O gouvernements islamiques, ne manifestez aucun sentiment d’attachement pour le colonialisme, car ce serait commettre une rébellion contre Allah, une agression contre le genre humain et vous seriez des hérétiques séditieux envers l’Islam. Ne soyez pas alliés à ses côtés, ni en temps de paix, ni en temps de guerre, car en temps de paix, il fait passer son intérêt avant les vôtres, et en cas de guerre ce sont vos patries qui seront son butin. Ne contractez aucune alliance avec lui, car il ne respecte pas ses engagements ; n’attachez aucune foi en ce qu’il dit, car certainement il est sans foi ni loi, il n’est garant d’aucune sécurité ou protection pour vous. Le colonialisme laisse échapper ses derniers soupirs. Que l’histoire ne soit pas un témoignage contre vous en lui donnant par votre allégeance un jour supplémentaire d’existence sur terre. Ne vous alliez pas à lui, car sa nature bestiale le pousse à dévorer son allié avant de dévorer son ennemi.’

 

2 — La préparation de la guerre contre l’Iran et le devoir de hiérarchiser les priorités

 

La seconde vérité qui ne doit échapper à aucun musulman est que la Syrie comme la Libye et l’Algérie sont inscrites dans l’agenda de destruction par l’Empire qui adapte sa stratégie selon sa connaissance des mécanismes psychologiques et idéologiques du terrain qu’il a pointé depuis longtemps. Après la mise au pas, la destruction par l’OTAN ou par les guerres civiles des derniers carrés de résistance populaire l’Empire s’appuiera sur le sol, l’argent et les hommes des monarchies vassales pour livrer bataille contre l’Iran. Les voix des idiots utiles s’élèvent dans le monde arabe comme celle de l’Algérien Anwar Malek qui a déserté la mission des observateurs de la ligue arabe en Syrie pour se rendre en France puis au Qatar servir la cause impériale dont il s’est fait le relais en dénonçant les chiites qui ont le même Coran, la même Qibla, le même Prophète et le même destin sur cette terre et oublier le sioniste, l’impérialisme. La question centrale de toutes ses guerres n’est pas seulement le pétrole et les fonds souverains, mais la lutte contre l’Islam pour empêcher que les Musulmans ne construisent une résistance aux Dix Commandements. Tout axe de résistance par voie scientifique et technologique, par voie révolutionnaire populaire, par résistance armée contre les menaces israéliennes, par réforme politique et économique est combattue, car cet axe aboutit inéluctablement à ce que Malek Bennabi appelle l’Islam civilisé et civilisateur qui ne peut en aucun cas être porté par les monarchies du golfe ni par les rétrogrades Frères Musulmans ni par les Salafistes apologues de la servitude et de l’insouciance.

 

L’Islam et toute communauté agissant en milieu hostile ou défavorable pour éviter les confusions, les contradictions et l’improvisation construisent une ingénierie sociale et politique qui construit une matrice de décision objective et un système de précaution que l’Islam a introduit depuis fort longtemps sous le titre de Fiqh al awlawiyate développé par Ibn Al Qayyim, Abu Hamad al Ghazali, An Nadhawi et Cheikh Al Zarqa. Elle fait l’évaluation des avantages et des inconvénients, des fiabilités et des crédibilités, des passerelles de négociation ou des obstructions. Dans l’idéal, la règle des priorités commande de donner sa voix à celui qui apporte le plus d’avantages ou qui élimine le plus de nuisance. Dans le cas le plus probable repousser une nuisance passe avant attirer un avantage. L’intelligence politique ne consiste pas à voir et à attendre les résultats dans l’immédiat, mais à les inscrire dans le temps et l’espace. Une nuisance ponctuelle ou un avantage ponctuel ne sont pas pareils à ceux qui ont un impact plus durable dans le temps, plus étendus dans la géographie et plus profonds dans les consciences humaines. Ceci dit veiller à l’existence de l’axe de la résistance au Moyen-Orient est la priorité des priorités, car il renforce la libération de la Palestine sinon il maintient vivace sa mémoire et lui donne une tribune ainsi qu’une logistique. Le Fiqh al Waqa’â, la compréhension de la réalité, nous montre que les Révolutions arabes n’ont pour l’instant apporté rien de concret à la population de Gaza.

 

قاعدة : يرتكب أخف الضررين لدفع أعظمهما

 

La règle : commettre la moindre nuisance pour repousser la plus grande.

 

يعني صلة الضرر  بالاكراه  والتقية واضحة جداً

 

L’étude des priorités et des nuisances découle de l’étude des contraintes réelles

 

إذا اجتمع للمضطر محرمان كل منهما لا يباح بدون الضرورة تقديم أخفهما مفسدة وأقلهما ضرراً ، لاَن الزيادة لا ضرورة إليها فلا يباح ،  وجب

 

Celui qui est sous la contrainte se doit face à deux nuisances choisir la moindre

يقول الغزالي

ارتكاب أهون الضررين يصير واجباً بالاضافة إلى أعظمهما

Sous la contrainte, choisir la moindre des nuisances est une obligation religieuse

يقول الشيخ الزرقا

إذا تعارضت مفسدتان روعي أعظمهما ضرراً بارتكاب أخفهما

Sous la contrainte il faut éviter la plus grande nuisance quitte à opter pour la moindre des nuisances est une obligation religieuse

ذكر الشيخ الزرقا من فروع هذه القاعدة وهي

أ ـ تجويز السكوت على المنكر إذا كان يترتب على انكاره ضرر أعظم . ب ـ تجوز طاعة الاَمير الجائر إذا كان يترتب على الخروج عليه شرّ أعظم

On doit refuser de se soulever contre un tyran si le soulèvement entraine des conséquences plus fâcheuses que la soumission. On doit se taire devant un blâmable si sa dénonciation a des répercutions plus fâcheuses que le répréhensible dénoncé.

 

L’entropie en Syrie ne milite pas en faveur de la cause arabe, palestinienne et musulmane. Cette entropie est presque certaine, car d’une part l’opposition syrienne est divisée entre partisans de la violence et opposants à la violence et d’autre part les couches moyennes ne semblent pas adhérer à la violence, car elles ont vu l’issue des révolutions arabes et tout particulièrement le sabordage de la Libye en direct sur toutes les chaines de télévision. Les couches moyennes syriennes ont des avantages qui ne semblent pas être garantis par une pseudo-révolution. Les couches moyennes sont à l’écoute de ses savants de renommées internationales comme Al Bouti qui ne se laissent pas conter l’histoire du chaperon rouge. Ces classes moyennes ont construit leur prospérité ou leur subsistance quotidienne dans la cohabitation économique avec le Liban la Turquie et l’Iran.

 

Le président syrien doit accélérer les réformes qu’il a promises et l’opposition doit avoir la sagesse d’attendre un changement progressif et pacifique si elle veut participer au changement et ne pas être la cause de la partition de la Syrie ou d’une guerre civile dont le principal bénéficiaire est Israël. Nous entendons des voix qui jettent de l’huile sur le feu en disant que la Syrie est l’allié d’Israël puisqu’elle ne fait aucun effort de libérer le Golan. Ce motif est irrecevable, car il ne fait pas bonne lecture de la doctrine de guerre syrienne ni de la conjoncture internationale. Toute aventure unilatérale de la part des Syriens les expose à une invasion pire que celle de l’Irak. Dans la confrontation entre le Hezbollah et Israël la résistance libanaise a montré un aperçu de la doctrine défensive des Syriens qui ne sont ni équipés ni préparés à mener une guerre offensive avec un ennemi sur équipé et disposant de l’appui certain, logistique et militaire, de toutes les capitales occidentales.

 

Chacun doit prendre de la hauteur de vue et de la distance sans se laisser guider par l’émotionnel et la propagande des médias. L’imam Ali a montré la voie de l’excellence dans la distanciation pour se libérer du biais cognitif et du biais affectif qui faussent notre regard et nous font perdre l’objectivité : ‘… quiconque souhaite se garder des vices et des péchés devra chercher les vraies causes de l’infatuation et les vraies voies pour les combattre. Et pour trouver ces vraies voies, quelqu’un doit les chercher avec l’aide de la connaissance. Quiconque acquiert complètement plusieurs branches de la connaissance prendra des leçons de la vie et quiconque essaye de prendre des leçons de la vie est en réalité engagé dans l’étude des causes de l’élévation et de la tombée des civilisations précédentes.’

 

Se réclamer de l’Islam n’est pas suffisant. Il faut d’abord témoigner de l’éthique, de l’esthétique et de la lucidité enseignées par l’Islam. Cheikh Mohamed al Ghazali a décrit notre infatuation et notre infantilisme en disant que notre malheur provient du fait qu’on se focalise sur ce qui est mis au dessus du crâne et non sur ce qu’y a dans le crâne. Peuples et élites nous sommes encore dans la culture de la confusion par notre attachement aux choses et notre mépris du savoir, des concepts et de l’expérience qui permettent justement la distanciation et l’objectivité impartiale. Mohamed al Ghazali dans ‘l’Islam et le despotisme politique’ a indiqué une voie toujours d’actualité : ‘Veiller à l'éducation musulmane d'un être est une charge multi fonctionnelle : charge qui comprend : la rectitude personnelle, l'éveil de la conscience, l'esprit de fidélité sociale, l'élément de dévouement pour la réalisation du message divin’. Cette voie n’est pas celle suivie par les élites musulmanes qui cultivent le culte de la personne, qui croient à l’infaillibilité d’un Zaïm d’une secte, d’une confrérie et de ce fait ne discute ni ses ordres ni ses Fatwas même si elles sont insensées, infondées.

 

Le défunt savant chiite Mohamed Fadhlallah écrit dans ‘La bataille pour l’unité islamique’ :

‘Regardons cette réalité islamique. Nous avons tant et tant parlé de la Palestine, et la Palestine est perdue. Nous avons tant et tant parlé d'Afghanistan, et l'Afghanistan est perdu. Eux, ils planifient. Quant à nous, nous crions des slogans. Eux ils nous envahissent. Quant à nous, nous nous disputons. Notre problème c'est que nous flottons en surface. Nous nous laissons guider par des paroles…

 

Musulmans de toutes les confessions ! Vous voulez l'Islam ou vos égoïsmes ? Le monde déclare la guerre contre l'Islam. Nous devons nous apprêter au combat. L'unité islamique devrait constituer le sens de l'Islam en nous. Soyez des Musulmans sunnites et des Musulmans chiites, car en mettant de côté votre appartenance à l'Islam, vous ne faites que privilégier la confession au détriment de l'Islam. Le monde musulman présente beaucoup de contradictions. Les perspectives s'ouvrent à beaucoup d'espoir. Accourez vers la réalité, pour planifier, œuvrer et craindre Dieu dans notre présent et notre avenir. Réfléchissons longuement et profondément à notre avenir ! ’

 

3 — La dislocation de la Syrie et du monde arabe

 

La troisième vérité est que les Arabes doivent se réveiller et comprendre que la dislocation de nos mentalités, de nos territoires, de notre histoire, de notre tissu social, de notre civilisation et de nos économies est le plan poursuivi par l’impérialisme depuis toujours. La Syrie, l’ex Cham, est le produit du démantèlement du Moyen-Orient par Sykes Picot dans le cadre du démantèlement de l’empire Ottoman. On assiste avec des moyens de guerre psychologique, médiatique, économique, politique, diplomatique, subversive et militaire plus spectaculaires au remake de Sykes Picot. On attise les haines entre arabes et non arabes, entre sunnites et chiites, entre Musulmans et Chrétiens pour continuer de disloquer et de fragmenter ce qui encore disponibles à êtres fragmentés sur des bases ethniques, linguistiques, géographiques ou confessionnelles pour rendre impossible l’unification des peuples contre leur ennemi commun.

 

Il est navrant de voir des énergumènes se réclamant de l’Islam faire abstraction de la coexistence pacifique des composants ethnico-religieux du paysage interne de la Syrie que l’histoire a tissé depuis des siècles. Toute incision ou inclusion dans ce paysage non seulement va morceler ce pays, mais en faire une fragmentation à l’échelle de la région sinon à une nouvelle guerre mondiale dont les conséquences sont imprévisibles sauf peut être pour les Arabes qui seront les premiers à en faire les frais. Est-ce que ces fanatiques ignorants ou vassaux des monarchies et de l’Empire réalisent le monde avant Syses Picot : le grand Cham comprenant comme un tout indivisible le Liban, la Jordanie, la Palestine, le Koweït, l’Irak et une grande partie de l’Anatolie. Vont-ils redonner à l’Islam ses vastes territoires pour la gloire de l’Islam et la dignité des Musulmans en paix et en coopération avec les autres peuples ou vont-ils disloquer ce qui reste à disloquer, en Syrie, au Liban, en Palestine, en Arabie, en Algérie, en Afrique.

 

Nous n’allons pas passer en revue les accords entre Français et Britanniques qui ont dépecé le monde arabe et Musulman tels que l’Accord Sykes-Picot (1916), la Déclaration Balfour (1917), la Conférence de la Paix (1919), le Traité de Sèvres (1920) et le Traité de Lausanne (1923). Nous allons juste dire que celui qui ne tire pas leçon de l’histoire n’a devant lui aucun avenir et il ne pourra jamais servir autre que les propres intérêts coloniaux comme un saltimbanque qui a trahi Allah et qui a fait défection à l’intelligence, à la mémoire et à l’honneur.

 

Rappel historique troublant

 

Si notre mémoire est courte, celle de la France et des autres pays occidentaux ne l'est pas. Si la France est omniprésente sur la question syrienne, c'est parce que sa mémoire colonialiste et son stratagème de Sykes-Picot font partie de la mentalité collective et des ambitions de ses gouvernants.

 

Les couches moyennes syriennes n'oublient pas aussi qu'elles ont été trahies lors du démantèlement de l'Empire ottoman et que les Arabes n'ont jamais eu l'indépendance promise sauf un protectorat français ou britannique. La population syrienne comme la population algérienne a développé au cours de son histoire contemporaine un sentiment antifrançais. Sykes-Picot(1916) s'est révélé un démantèlement de la Syrie et du moyen Orient et non une aide des Arabes contre les Ottomans. Se trouvant sous mandat français alors qu'ils aspiraient à l'indépendance, en mars 1920, le peuple syrien derrière le Congrès national syrien refusa le mandat français et proclama unilatéralement l’indépendance du pays, mais en avril 1920, la conférence de San Remo confirma les accords Sykes-Picot, et donna légitimité à l’intervention militaire française qui écrasa brutalement les indépendantistes syriens exécutés par milliers. Homs est devenue un moment comme capitale pour détricoter l'organisation sociale et politique du pays et maintenir la domination française, mais la France fut confrontée à un long cycle de révoltes entre 1925 et 1927 de la part des Syriens qui n'avaient qu'un seul objectif : l'indépendance.

 

L'histoire retient que les Syriens eurent comme les Algériens leur jour mémorable en mai 45. le 29 mai 1945, confronté à l'intensification de la lutte syrienne autour du parti Baath pour l'indépendance, la France en représailles bombarda Damas détruisant presque toute la ville et y laissant des centaines de morts.

L'islamité, l'arabité, l'humanité ne peuvent oublier la prédation colonialiste à moins de perdre la raison ou devenir traitre à son pays, à sa religion. Aucune excuse ne peut être invoquée quand on fait appel à l'ingérence étrangère contre son propre peuple pour arriver au pouvoir.

 

قُلْ هَلْ نُنَبِّئُكُمْ بِالْأَخْسَرِينَ أَعْمَالًا الَّذِينَ ضَلَّ سَعْيُهُمْ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَهُمْ يَحْسَبُونَ أَنَّهُمْ يُحْسِنُونَ صُنْعًا

{Dis : ‘Vous Informerons-Nous des plus perdants en œuvres ? ’ : ceux dont l’œuvre s’est fourvoyée dans la vie terrestre, et eux pensent qu’ils font le meilleur.} Al Kahf 103

 

Je le dis sans honte ni pudeur : je ne pense pas que le docteur Saïd Ramadhan Al Bouti soit un insensé. Il avance des arguments religieux et géopolitiques contre les partisans de l'intervention étrangère. Ses arguments sont recevables, il est digne de confiance, car le temps a montré la justesse de ses vues et son impartialité, car il est en dehors de toute sphère partisane. Il pose une question qui mérite réponse : qui a abrité la résistance palestinienne et qui a soutenu la résistance libanaise ?

 

4 — La Turquie dans l'échiquier mondial

 

Il n'y a que les Arabes qui font semblant de ne pas voir ce que le défunt Erbekan pense d'Erdogan. Ils lui confient le modèle turque à exporter aux naïfs qui ne voient pas le calme en Turquie obéit à une logique géopolitique de rééquilibrage de la carte du Moyen-Orient en vendant aux Arabes un autre jouer faute de fabriquer le leur. Erdogan ne remet ni le capitalisme ni l'OTAN ni le nationalisme turc en doute. Il les combine pour séduire les Arabes et servir l'Amérique et Israël.

 

Il ne sert à rien de se réclamer de l’Islam ni d’enclencher une révolution s’il ne s’agit en fin de processus qu’à composer ou à coexister avec le capitalisme. La logique civilisationnelle qui doit s’exprimer à travers l’Islam ayant un contenu social, politique, économique et révolution est l’instauration d’un Khalifat islamique comme alternative altermondialiste au mondialisme impérialiste. Dans le cadre de la complexité rhizomique du monde économique, toute solution islamique à caractère national est sans effet : il faut oser mettre en œuvre l’idéologie et les doctrines économiques de l’Islam à grande échelle en mettant en symbiose le patrimoine historique, les espaces économiques, les mentalités collectives et les défis communs des peuples musulmans.

 

Si les Salafistes n’ont aucune vocation et aucun projet sur le plan civilisationnel, nous voyons les Frères Musulmans d’Égypte et de Tunisie prendre comme modèle la Turquie d’Erdogan en se focalisant sur sa croissance économique. Ils n’ont aucun observatoire géostratégique qui leur permet de faire de la prospective sur le devenir de la Turquie dans les changements qui s’annoncent avec une guerre probable entre le bloc atlantiste et le bloc euro asiatique conduit par la Chine et la Russie. À moins qu’il y ait des dessous idéologiques et politiques non dits, il est stupéfiant de prendre l’état actuel de la Turquie comme une fin en soi et ne pas se voir dans une renaissance mondiale de l’Islam. Il est encore plus surprenant de ne pas prendre la Malaisie comme modèle. Ils peuvent avoir des canaux de communication avec l’Occident et en particulier les États-Unis, la France, l’Allemagne et l’Angleterre en passant par la Turquie, mais ils ne peuvent occulter l'insertion de la Turquie dans l’économie capitaliste mondiale.

 

Les États-Unis confiants dans leur maitrise du jeu annoncent par l’intermédiaire de la secrétaire d'État d’Hilary Clinton lors de sa rencontre avec son homologue turc Ahmet Davutoglu : ‘La Turquie leader dans la région et au-delà, est un allié de valeur face aux défis mondiaux les plus pressants (…) L'histoire de la Turquie rappelle que le développement démocratique dépend de dirigeants responsables (…) La région et les peuples du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord en particulier, veulent tirer des leçons de l'expérience de la Turquie (…) Il est vital qu'ils apprennent les leçons que la Turquie a apprises et qu'elle met en pratique tous les jours (…) Il est important que ces dirigeants responsables se fassent les mentors de la nouvelle génération de dirigeants dans ces pays’.

 

En effet, il est difficile de ne pas se poser des questions sur l’activisme d’Erdogan axé sur le nationaliste turc et le respect de l’agenda de l’OTAN et des sionistes quand on lit l’opinion du regrettable Nejmeddine Erbakan sur Erdogan. Pour Erbakan l’affichage de relations tendues avec Israël par Erdogan n’est qu’une façade destinée à tromper le public turc. Lors d’une interview exclusive à Today's Zaman, le chef du Parti Felicity (SP) a affirmé que ‘le parti Justice et Développement (AKP) au pouvoir est entre les mains du mouvement sioniste mondial’ et que ‘la montée de l'AKP a été aidée par la conspiration juive internationale’. Il dit : ‘Pourquoi diable le Parti AKP a-t-il donné un ‘feu vert’ à l'adhésion d'Israël à l'Organisation de coopération et de développement économiques [OCDE] au lieu de la bloquer ? Pourquoi le gouvernement accepte-t-il plusieurs milliards de dollars de contrats de défense avec des entreprises israéliennes ? Il [Erdogan] dit ‘une minute’ au [président israélien Shimon] Peres lors de Davos, mais fait des affaires avec l'État juif comme si de rien n’était. C'est de l'hypocrisie’.

 

Contesté par l'armée et les laïcs turcs, s'il n'avait pas pu empêcher la Turquie de s'allier davantage à Israël et de s'ancrer à l'Europe qu'il qualifiait de ‘club de Chrétiens’ a eu le courage politique et l'audace géostratégique de s'ouvrir en, 1969, vers les Arabes, et en 1996 vers l’Iran. L'audace et le courage de passer outre le refus américain par Erbakan doivent être mis dans son contexte historique : les relations entre la Libye et l'Amérique sont au plus mal. En effet en 1986 l'armée américaine bombarde les villes de Tripoli et de Benghazi manquant de peu Kadhafi en représailles des manifestations anti américaines qui ont dévasté l'ambassade américaine. Fabriquant un faux (ou vrai) dossier sur l’implication des services secrets libyens dans l'attentat de Lockerbie, les États-Unis ont conduit à la mise en place d'un embargo total sur la Libye de 1992 à 1999.

 

Le 7 octobre 1996, Erbakan alors premier ministre turc a rendu visite à Kadhafi. Ce dernier a ouvertement et vivement critiqué la Turquie, en présence du premier ministre turc Erbakan, pour sa politique vis-à-vis d'Israël et a déclaré sans diplomatie que l'accord entre la Turquie et Israël est un danger pour la nation arabe et pour sa sécurité. Il a critiqué la Turquie pour son appartenance à l'OTAN qu’il a qualifiée d’organisation impérialiste il s’est prononcé en faveur de l’indépendance des Kurdes, qui doivent disposer d’un état mettant fin à leur dispersion et à leur persécution par la Turquie, l’Iran et l’Irak. Mais il a fait l’éloge du parti islamiste Refah et de son fondateur et dirigeant Erbakan qu’il a considéré comme le seul parti turc qui veut rattacher le passé de la Turquie à son présent.

 

Les Arabes, à l’exception de Kadhafi le dernier Mohican de la génération anti-impérialiste, sont, vis-à-vis des Turcs, des Iraniens, des Asiatiques ou des Latino-Américains, cherchant le rapprochement fraternel et civilisationnel, dans l’attitude de ces personnages que Malek Bennabi décrit comme ‘Malheur à ceux qui nous secourent, nous serons leur épreuve’.

 

Il est impossible de concilier l’agrément de Dieu avec l’alignement sur l’économie mondiale et son système négateur de l’Honorificat de l’homme, son système d’exploitation qui pratique la prédation, la spoliation, le Riba et le monopole, le libertinage et l'immoral…

 

Conclusion : Salah Eddine et Jérusalem, L'émir Abdelkader et Damas

 

Puisque nous avons abordé des vérités qui fâchent on va conclure par une autre qui fâche davantage : par où passe la libération d'Al Qods ?

Sur la voie de la libération de Jérusalem Salah Eddine a compris les raisons du Wahn et de la débâcle devant les croisés et il a agi sur les causes et non sur les effets pour obtenir des résultats tangibles. Voici une partie de la lettre de Salah Eddine envoyée au calife Abasside de Damas et que rapporte l’historien égyptien Qassem Abdou Qassem :

‘Si les affaires de la guerre trouvaient solution dans la pluralité des participations on n’aurait pas manqué sans doute la gloire qui nous fait défaut au vu de l'importance du nombre de prétendants autonomes chacun réclamant pour lui l'autorité. On n’aurait pas été amené à subir des préjudices s’il était naturel que le monde supporte la coexistence de plusieurs autorités contradictoires. Mais la vérité que nous ne pouvons ni occulter ni fuir sans préjudice et dommages et que les affaires de la guerre exigent une longue préparation et une excellente planification qui ne peuvent se passer de l'unité de commandement militaire et de l’unité de décision politique. Si la question du commandement est réglée et la planification politique tranchée il ne reste alors que la mise en place des organes consultatifs sur les questions de mobilisation des moyens pour mener les combats victorieux… ’

 

C'est à Damas que notre compatriote et grand résistant l'Emir Abdelkader a fini sa vie. Toute sa descendance vit encore à Damas. C'est en Syrie que l'on trouve le plus grand nombre de compagnons enterrés comme Bilal, Abou Horéyra, et Zeinab la petite fille du Prophète la soeur de Hassane et de Hocine. C'est cette communion, synergie, harmonie et tissage des continuités historiques, morales, religieuses, sociales, économiques, territoriales que nous devons défendre contre la horde barbare des belliqueux de l'OTAN qui se croient le nombril du monde. C'est l'Occident qui a disloqué notre univers il ne peut être pris comme Qibla pour nous fédérer à détruire de ce qui reste de nos liens, de notre patrimoine, de notre humanité.

 

L'Islamité est déjà confisquée par le prêt à penser de nos gourous qui sonnent toujours midi à quatorze heures faute d'un réveil qui tarde à venir. Ils vivent encore le cauchemar de ceux qui n'ont pas de vent favorable faute de savoir où et avec qui aller.

 

Ce que ne comprennent pas les ‘islamistes’ ou ceux qui se prétendent ainsi, c’est que les tyrans sont les produits des conditions socio historiques et politiques ou les vassaux de l'Empire colonial ou la conjugaison des facteurs de régression endogène et des facteurs exogènes de colonisabilité combinant décadence musulmane et colonialisme extérieur. La lutte contre le Tyran ne peut se limiter à une guerre civile, à une révolution armée, à un coup d'État et encore moins à un recours à l'ingérence étrangère. Il faut promouvoir la culture islamique qui refuse l'oppression interne et externe et développer la résistance idéologique, politique, culturelle et économique contre l'Empire colonial. La culture de la libération est plus complexe, plus longue et plus dure que celle d'occuper un parlement ou de mener une guerre contre le régime en place. Derrière le courage des ‘combattants’, on peut voir l'aveu d'impuissance des élites ‘islamistes’ et leur fuite en avant. Il leur manque la culture de l'analyse dialectique pour voir leurs propres contradictions et celles des autres :

 

{Allah ne change point ce qui est en un peuple tant qu'il ne change pas ce qui est en lui} Ar Ra'âd 11

 

Le changement est ontologique, psychologique, social, politique, économique. On ne peut contraindre par la force des armes une société à changer et à faire changer sa situation comme on ne peut gouverner une société par un pouvoir conquis par les armes, car la reconnaissance morale, politique et idéologique qui donne légitimité sera toujours en déficit et exposera la société à de nouveaux clivages et de nouvelles fragmentations qui viennent s'ajouter à la rancune et à la haine et au désir de venger les morts, les victimes, la perte de ses biens.

 

Omar Mazri