La révolution égyptienne round 1

Il y a eu lieu un authentique mouvement populaire de changement en Egypte impulsé par des conditions objectives et subjectives. Nous pouvons diverger sur la nature de ce mouvement, révolution, révolte, insurrection, mais nous ne pouvons par respect pour la vérité et pour les sacrifices du peuple égyptien accepter de dire que ce mouvement est fomenté par les Etats-Unis qui ont envie de remplacer Moubarak et qui ont lancé une opération facebook et tweeter. Les fuites sur les mémoires de Moubarak disent clairement que Clinton lui a donné 72 h pour mater le mouvement populaire en vain.

L’idée farfelue de Cheikh Hussein Imran que la révolution est un piège tendu par Israël ne tient pas la route car il n’est pas dans l’intérêt du sionisme de changer un vassal acquis contre une incertitude et de plus la nature belliqueuse et criminelle de l’entité sioniste n’a pas besoin de prétexte pour déclarer la guerre si dans sa stratégie cette guerre vise à terroriser, à punir ou à s’étendre. Les prédictions bibliques et talmudiques ne font pas partie de ma culture musulmane qui me commande le réalisme, la dialectique et la globalité.

La faiblesse de la « révolution égyptienne » réside dans l’absence de cadre d’orientation idéologique et de l’absence de l’émergence d’une direction politique qui fixe les objectifs, les rythmes et l’imposition de l’initiative historique à un système qui devait être totalement démantelé dans ses appareils, sa culture d’état, son fonctionnement bureaucratique, clientéliste et rentier et sa stratégie répressive contre un peuple paupérisé. Les appareils d’opposition traditionnels noyautés par le système Moubarak deviennent davantage un boulet pour la « révolution » qu’un allié stratégique ou tactique.

La révolution égyptienne round 2

Les Frères Musulmans ont fait capoter la révolution en la confisquant au lieu d’en être partie prenante. Ils ont introduit le biais partisan et ont fait peser l’appareil de la confrérie sur une révolution sans appareil, sans direction, sans organisation, sans programme autre que le départ du président ou la chute du régime personnalisé en des hommes et non en des processus pervertis de gestion des appareils d’État.

L’absence de vision géopolitique, le jeu d’arrangement des appareils, le curseur d’analyse sociopolitique mis sur de faux clivages idéologiques, l’enfermement dans des slogans hors de toute ingénierie de sortie de crise, l’infantilisme et l’inculture politique qui conduisent des tactiques politiciennes inconséquentes, la rupture avec les classes populaires ont non seulement permis de stopper la révolution égyptienne, mais de boucher les horizons de Gaza, livrée à elle-même face à la barbarie sioniste.

Comme longuement expliqué dans la conférence à Bordeau sur les révolutions arabes et la question palestinienne et comme mis en exergue dans le livre « Le dilemme arabe et les 10 Commandements US », les Frères Musulmans ont provoqué l’impasse, mais de façon plus rapide et plus dramatique que prévue. Non seulement l’esprit partisan a pris le dessus mais les arrangements d’appareils et les compromis contre nature avec l’armée ont semé le trouble et divisé les rangs. Occupés à confisquer le pouvoir aux jeunes qui ont conduit la révolution, les Frères Musulmans ont fait preuve non seulement d’amateurisme mais de contre révolution. La logique était dans la continuité, l’approfondissement, l’élargissement et la radicalisation sociale et politique de la révolution populaire sans tomber dans une confrontation armée. Elle était dans la mise en place d’un conseil de la révolution, dans le retrait de l’armée de la vie politique alors qu’elle était mise en déroute par le peuple, dans la rédaction et le vote d’une constituante sans précipitation, dans l’instauration d’une période de transition qui replace dans la conscience sociale l’exercice de la souveraineté du peuple sur la politique, l’économique et l’information, qui revitalise la culture de résistance contre l’impérialisme et le sionisme, et qui renoue le lien stratégique avec les aires de déploiement économique et diplomatique libérées du sionisme et de l’impérialisme dans le monde arabe musulman, eurasiatique et latino américaine. Les Frères Musulmans, contre toute logique et sans doute par inculture politique et géopolitique ont précipité les choses, fragmenté les rangs et redonné un repositionnement stratégique à l’armée qui est sortie défaite de la confrontation avec le peuple. L’esprit partisan doublé de la bureaucratie confrérique et l’empressement de prendre le pouvoir, jouant sur la fibre religieuse d’un peuple certes musulman mais ignorant tout de l’Islam comme système global, a creusé la fosse de la révolution et des Frères Musulmans qui ne parviennent toujours pas à prendre l’initiative historique et à imposer leur agenda sauf à faire des déclarations confuses et contradictoires.

Parmi ces contradictions ubuesques, on présente l’Islam comme la solution alors la priorité islamique est de fédérer le peuple musulman sur des valeurs communes comme la souveraineté du peuple, les libertés individuelles et publiques, la relance de l’économie hors du FMI et de l’aide américaine, la mise en place d’une nouvelle doctrine militaire pour l’armée, la création d’une résistance populaire contre le sionisme et l’impérialisme, la jonction avec les grands axes arabes et musulmans de la résistance : l’Iran, le Liban, Gaza et la Syrie. Bien entendu dans le démantèlement de l’ancien régime, il fallait favoriser l’émergence des corps intermédiaires inexistants pour que le front de lutte soit à la fois idéologique, politique, économique et social. C’est dans ce climat expurgé de l’ancien système et fédéré autour des valeurs universelles que l’Islam authentique peut trouver terrain favorable pour débattre, convaincre, produire des idées, construire des ingénieries où chacun trouve intérêt à l’adopter sinon à cohabiter sans remettre en question l’islamité et l’arabité de l’Egypte. Les islamistes doivent apprendre à réfléchir en terme de citoyenneté, de géopolitique et d'Etat de droit : l'Islam ne s'en portera que mieux.

La révolution égyptienne round 3

Tant dans mon livre que dans mes conférences, j’avais annoncé des rebondissements spectaculaires lors de l’élection présidentielle. Les événements m’ont donné raison même si des esprits politiquement incultes continuent de voir en Morsi un Phd scientifique ou technologique américain qui serait par ce titre universitaire détenteur du sceau de Salomom ou de la pierre philosophale qui va transformer l’inculture politique en génie de gouvernance. La réalité est tout autre.

Les résultats sont dramatiques et annoncent les signes de l’écrasement de la révolution : même si les Frères Musulmans ont appelé le peuple égyptien à défendre la révolution et imposer leur candidat, ils ont fait une démonstration de force impressionnante mais qui ne cache pas deux erreurs stratégiques. La première est de se confondre avec la révolution ou d’en être le monopole fuyant leur responsabilité et leur place en chute libre dans l’échiquier politique. La seconde c’est qu’ils ont rendu visible leur encadrement qui a mobilisé les manifestants venus de toute l’Egypte aux regards invisibles de l’ancien régime qui sont toujours en position de force sécuritaire, militaire et médiatique. Ils sont exposés à une chasse à l’homme comme l’éradication qu’a connu l’Algérie. Pour éviter la confrontation qui ne sera pas à leur avantage, ils seront et sont déjà contraints de faire des concessions jusqu’à devenir des coquilles vide. En effet au premier tour des élections présidentielles, considérées dans les systèmes traditionnellement despotiques comme cruciales, ils n’obtiennent que 25% du suffrage. Ce taux faible est un coup de semonce qui annonçait la fin de jeu. Il annonçait aussi l’urgence de redistribuer les cartes, après une clarification sur le clivage idéologique et les alliances dans un front révolutionnaire regroupant les nationalistes et la gauche égyptienne, mais après accord sur un projet de gouvernance.

Le score honorable du dissident islamiste Moun’âm Abdel Foutouh montre la scission au sein des Frères Musulmans et l’émergence de nouvelles forces qui vont peser dans l’échiquier politique sur lequel les Frères Musulmans non seulement n’ont pas le monopole mais risquent de perdre les « acquis » précipitamment obtenus. Le discours actuel de Morsi sur la justice sociale et l’édification de l’Etat de droit ne peut compenser le déficit de l’axe de résistance qu’aurait donné un front populaire fédérant tous les égyptiens désireux d’opérer une rupture radicale, irrévocable et irréversible avec l’ancien système despotique et le nouvel ordre mondial impérial.

Au lieu d’opérer un renversement stratégique qui prend de vitesse l’armée et l’Empire qui ont perdu l’habitude de voir les élites arabes prendre leur décision en autonomie, avec vitesse et efficacité, les Frères Musulmans ont préféré jouer sur trois registres : faire de la dramatisation communicationnelle envers les monarchies du golfe, jouer à la victime devant l’armée qu’ils ont remis en selle alors qu’elle avait perdu la confrontation avec le peuple à la place Tahrir, faire de Hosni Moubarak un point de focalisation jusqu’à devenir une diversion politique qui interdit de se poser la véritable question : où va l’Egypte ? Dans cette confusion, les Frères Musulmans en rajoutent en apportant leur soutien à leur confrérie syrienne qui dérive vers le terrorisme et le sectarisme les plus odieux tout en tournant leur dos à la résistance palestinienne qui continue de payer le prix de la trahison des Musulmans et des Arabes.

C’est par cette confusion sur le cap, sur la carte de navigation, sur la boussole, sur le gouvernail et sur la vigie du processus dialectique que les Frères Musulmans, qu’il y ait triche ou honnêteté dans le second tour, ont gagné (dans un autre arrangement in extrémis) la présidence. S’ils gagnent la présidence, ils ont perdu le parlement qu’ils ont gagné dans la précipitaion ainsi que les prérogatives du président qui reviennent à l’armée. J’avais annoncé que nous allions assister à un scénario dramatique : « qui perd gagne » car la victoire ne s’intégrait dans aucune stratégie à long terme, dans aucune clarification, dans aucun programme. Les militaires ont gagné trois choses inespérées. La première c’est d’être les rédacteurs de la future constitution qui va définir les pouvoirs et l’exercice du pouvoir dans six mois. Tout ce temps gaspillé est de la dissipation d’énergie qui use, poussant la démission du peuple et qui produit très peu d’efficacité politique et sociale et surtout remet en marche arrière les acquis du début d’une révolution. Sur le plan tactique, ce temps est mis à profit par l’armée pour se convertir en force sécuritaire sous la supervision impérialiste pour ne pas faire les mêmes fautes qu’à la place tahrir et donner des coups mortels sans aller à la guerre civile comme en Algérie. Les choses se passeront en douceur et les Etats-Unis chassés d’Egypte reprendront le contrôle et imposeront de manière drastique leurs dix commandements à l’Afrique du Nord quand on relie l’Egypte à l’entropie en Libye, au comportement peu honorable du gouvernement tunisien et au laxisme de l’Etat algérien plongé dans un coma de séniles.

Sur un autre plan, la défaite du Général Chafik d’à peine 4 points, n’a de signification que par trois éléments : l’ancien système est encore présent avec ses appareils bureaucratiques et ses clients rentiers que la polyarchie en place ou le vote ne peuvent gommer, car un bulletin de vote ne suffit pas à changer les mœurs politiques et les alliances construites pendant 60 ans de dictature militaire ; les limitations du pouvoir du président (les Frères Musulmans croyaient naïvement qu’avec un président et une suprématie sur le parlement avec de plus en plus de prérogatives sont les garants contre la tyrannie). Malgré les bons sourires et les discours de circonstances, les Frères Musulmans sont dans la situation du serpent qui se mort la queue. En voulant jouer seul et se croyant les dépositaires exclusifs de l’Islam, ils se retrouvent isolés face à l’armée, remis en cause par les coptes qui sont les véritables détenteurs du pouvoir économique et otages des nationalistes et progressistes qui sont détenteurs de quelques leviers de commandes politiques et administratives dans les appareils de puissance publique alors que les Frères Musulmans ayant connu la répression sont exclus des appareils de l’Etat dont ils ignorent l’état des lieux et les mécanismes du jeu de pouvoir.

C’est dramatique, car l’Egypte a consommé du temps politique sans efficacité, elle a offert des jeunes en sacrifice sans récolte, elle s’est mise par l’incohérence et l’infantilisme de l’esprit confrérique qui croit qu’il suffit de dire l’Islam est la Solution pour que les Anges descendent du ciel et livrent la lutte idéologique, les luttes citoyennes, les luttes politiques, l’affrontement militaire et la bataille d’édification et d’aménagement du Territoire. Il est dramatique de voir la politique de séduction de ‘Amr Khaled envers l’armée présentée par lui comme l’armée du salut. Le romantisme politique n’est pas payant. Le réalisme politique a montré dans l’histoire des révolutions que la victoire se construit par « Un pas en arrière, deux pas en avant » et non le contraire.

La politique n’est pas encore dans le monde arabe et musulman un art qui se rapproche du scientifique mais du théâtre où la place est au ressenti et à l’émotionnel. Est-ce qu’on a donné au peuple le temps, l’information et la culture pour dépasser l’émotionnel ? Non !

Les Frères Musulmans élitistes sont habitués à faire payer à leurs cadres de terrain le prix de la répression du fait que leurs élites se sont toujours montrées incapables de saisir les opportunités dans une stratégie cohérente, ambitieuse. Ils ont eu des occasions de conquête du pouvoir avec Nasser et contre Nasser, Avec Sadate et contre Sadate, mais aucune n’a abouti car la culture confrérique qui donne au chef un pouvoir de gourou quand elle se conjugue à la culture de l’improvisation opportuniste que facilite d’ailleurs la démission des cadres embourgeoisés mais qui restent présent faisant de l’obstruction contre leur propre camp et se limitant à la dénonciation ou à l’indignation ou au silence après négociations sur des contradictions secondaires produisant ainsi inertie sociale et inculture politique devant un régime prédateur aux aguets qui défend son système par l’encassetement des militaires et des élites ou la répression de ses opposants. Pour avoir une image de la culture confrérique assassine de la pensée politique, il faut jeter un coup d’œil sur les Jama’âtes islamiques du Pakistan qui donnent l’image d’isolats folkloriques singuliers fi falakine yasbahoune… Il faut voir la tragédie des Frères Musulmans à la conférence d’Istanbul de 2010 qui ont ouvert la porte à l’idée de détacher le HAMAS de son « obsession » à la lutte armée. Il faut voir les Frères Musulmans en Algérie œuvrant à côté des services de sécurité contre le camp des islamistes qui ont remporté les élections législatives et les voir maintenant entachés de scandale de corruption et les voir poussés vers la porte de sortie politique par le FLN car leur rhétorique verbale n’est plus nécessaire pour acheter la paix sociale obtenue par la force des armes, la gestion maffieuse des pénuries et la distribution parcimonieuse de la rente à un peuple, en sauve qui peut social, sans opposition qui lui apporte la guidance et lui indique les moyens de lutte autre que la dénonciation et l’indignation des concièrges.

Le début fracassant de Morsi s’est fait dans la culture de la confusion. Il y a une semaine, l’agence de presse iranienne invoquant une interview exclusive de Morsi annonçait son intention de réexaminer l'accord de paix avec Israël, le renforcement des relations avec l'Iran et la prise en considération urgente de la question palestinienne. Quelques jours plus tard, les autorités égyptiennes et l'agence égyptienne MENA assurent que le nouveau président n'a pas donné d'interview à l'agence de nouvelles iranienne et qu’il envisage de poursuivre l'agence de nouvelles iranienne Fars en justice, qui aurait publié des déclarations qu'il n'a jamais faites.

La révolution égyptienne round 4

Dans les mois du semestre à venir il faudrait suivre la compétence de créativité, de vitesse et de prise de risque des Frères Musulmans et de leur président face à l’armée, à la nouvelle constitution, aux forces politiques égyptiennes, à l’Iran, à la Syrie et à la Palestine. La logique veut qu’il y aura un KO technique à la fin du quatrième round sinon au cinquième à moins qu’il y ait un sursaut révolutionnaire qui remet le curseur idéologique et politique sur la bonne grille de lecture et les bonnes décisions à prendre pour s’engager dans le démantèlement du système et mobiliser un front national de résistance contre l’Empire et le sionisme étendu à d’autres pays de la région. Je ne peux prédire l’avenir mais s’il y a une étincelle qui relancera la révolution elle ne pourra venir que de Palestine.

L’Egypte doit se réveiller et oublier le mythe de oum dounya et le patriotisme de canaille que lui a légué une génération de militaires incapables de remporter une guerre contre un ennemi qui va commettre la faute de les humilier et de les provoquer car il ne peut vivre en paix tant que l’allégeance à son égard n’est pas prononcée et prouvée d’une manière concrète. A ce niveau de violence en Palestine, palestiniens opprimés ou occupants arrogants, le peuple égyptien sera contraint de se remettre à l’heure du temps et tourner le dos aux chimères.

La révolution égyptienne : épilogue

Nous allons sans doute nous diriger vers une polyarchie où le pouvoir réel sera entre les mains des militaires soutenus par les Etats-Unis et le parti de l'administration, de la rente et de l'économie informelle. Toute confrontation armée et toute violence ne servira que les Etats-Unis et le sionisme. Les forces vives de l'Egypte qui croient encore au changement et qui ne baissent pas les bras devant la fatalité et les erreurs stratégiques et opportunistes des Frères Musulmans peuvent construire un front national de résistance contre l'Empire et ses valets et une dynamique révolutionaire pacifique. Ces forces sont sur le terrain dont elles connaissent les contradictions, les conditions, les possibilités d'actions.

Sur le plan de la pensée et ayant suivi de près la situation égyptienne, je vois quelques perspectives de luttes qui peuvent être étudiées et mises en ingénierie d'application sur le terrain :

  • Idéologie : Le peuple doit être impliqué dans le débat idéologique sur les voies de changement et c'est par le débat et le savoir que l'idée de liberté, l'action de libération et l'usage anticipé de la libération comme projet d'édification nationale et de résistance contre l'empire et le sionisme peuvent se cristalliser et s'étendre dans le temps, l'espace et les consciences.
  • Politique : c'est le moment où il faut dépasser les clivages partisans et les appareils et poser l'exercice souverain du peuple dans un schéma qui met fin à la reproduction capitaliste de la démocratie occidentale. Contre la force et la violence des appareils et des bureaucrates de l'Etat sans culture de Commis de l'Etats et de service public du fait des traditions de cooptation, il y a lieu d'explorer le potentiel de la Choura à instaurer sous forme de Jamahiriya sur le modèle libyen sans la culture messianique du guide. L'avenir est au peuple qui doit prendre l'initiative en s'organisant d'une manière non partisane dans des assemblées citoyennes ascendantes et s'imposer comme nouvelle culture politique.
  • Sociale : Les forces vives doivent contribuer à l'emergence de syndicats autonomes non partisans dont le but suprême est la défense des intérêts du travailleur contre le capital. Les progressistes et les islamistes peuvent trouver le dénominateur commun autour de la dignité de l'homme et du travail comme producteur de richesses et source d'appropriation
  • Economique : Pour ne pas se cantonner dans la dénonciation stérile et l'indignation puérile ou dans  les manifestations qui arrivent à une impasse qu'il faut dépasser soit par un renoncement soit par le recours à la violence, l'économique est un terrain déterminant en termes de libération ou en termes de souveraineté populaire. L'expérience acquise par les Frères musulmans en matière d'ihsane (bienfaisance et résaux sociaux caritatifs) ne doit plus être un allègement des obligations de l'Etat envers les pauvres et les nécessiteux mais devenir une force d'émancipation de la société de l'Etat et du capital étranger capitaliste.  La société doit trouver tous les espaces de libertés, les niches juridiques et les opportunités d'affaires pour construire une résistance économique et une émancipation socio économique contre le capitalisme et ses vassaux. Tous les gisements de mutualisation du capital national, de capitalisation de l'épargne populaire, de montage d'économie coopérative et solidaire,  de dépasser l'infantilisme des banques islamiques focalisées sur la Mourabaha dans la consommation et le court terme pour s'ouvrir vers la Moudharaba et la Moucharaka orientées vers l'investissement productif.

Conclusion : Nous sommes en Egypte et nous avons le récit coranique sur Moise. Moise n'était pas Spartakus en révolte contre Rome qui finit par le mater dans un bain de sang. Moise avait à conduire un peuple asservi vers la liberté et face à lui il avait non seulement Pharaon comme divinité mais un système construit sur plus de 500 divinités pour régenter les esprits et des corps spécialisés de clercs, de prêtres, de notables, de technologues, de magiciens, d'armées et de castes pour aspirer le profit et maintenir le système de domination. Moise à cassé le système en mobilisant les jeunes esclaves fils d'esclaves à ne plus prendre Pharaon et son système comme norme, comme référence, comme objet de fascination et d'aliénation :

 

وَأَوْحَيْنَا إِلَىٰ مُوسَىٰ وَأَخِيهِ أَنْ تَبَوَّآ لِقَوْمِكُمَا بِمِصْرَ بُيُوتًا وَاجْعَلُوا بُيُوتَكُمْ قِبْلَةً وَأَقِيمُوا الصَّلَاةَ وَبَشِّرِ الْمُؤْمِنِينَ

وَقَالَ مُوسَىٰ رَبَّنَا إِنَّكَ آتَيْتَ فِرْعَوْنَ وَمَلَأَهُ زِينَةً وَأَمْوَالًا فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا رَبَّنَا لِيُضِلُّوا عَنْ سَبِيلِكَ رَبَّنَا اطْمِسْ عَلَىٰ أَمْوَالِهِمْ وَاشْدُدْ عَلَىٰ قُلُوبِهِمْ فَلَا يُؤْمِنُوا حَتَّىٰ يَرَوُا الْعَذَابَ الْأَلِيمَ

قَالَ قَدْ أُجِيبَتْ دَعْوَتُكُمَا فَاسْتَقِيمَا وَلَا تَتَّبِعَانِّ سَبِيلَ الَّذِينَ لَا يَعْلَمُونَ

{Et Nous avons inspiré  à Moise et à son frère: « Prenez, vous deux, pour vos gens, des demeures à l’avant en Egypte. Et faites de vos demeures une Qibla, accomplissez la prière, et annonce la Bonne Nouvelle aux croyants ».

Et Moïse dit : « Notre Seigneur, Tu As Accordé à Pharaon et son élite aisance et biens dans la vie terrestre, notre Seigneur, afin qu’ils se fourvoient de Ta voie ! Notre Seigneur, Supprime leurs biens et Endurcis leurs cœurs, de sorte qu’ils ne deviennent pas croyants jusqu’à ce qu’ils voient le châtiment douloureux ».

Il Dit : « Votre invocation, à vous deux, est exaucée. Suivez alors, tous deux, la rectitude et ne suivez surtout pas la voie de ceux qui ne savent point. »} Younès  86

Il y a une différence fondamentale entre chercher le pouvoir et construire un projet de libération des opprimés. Dans le dernier cas, face à un système corrompu, perfide,oppresseur produisant de la confusion et de l'iniertie, il faut lui opposer idéologiquement, socialement et politiquement de l'intelligence, de la vertu, de la créativité, de l'unité, de la vitesse et de l'initiative. Tout le combat de Mohamed (saws)  contre le système du Taghut de la Jahiliya est un combat d'idées, d'initiatives et d'innovation. Tout le récit coranique sur les Prophètes est une quête de salut menée à grande vitesse et à grands déplacements. Il n'y a pas de place à l'immobilisme stérile ni au statut quo mortel et mortifière.

Nous qui sommes loin du terrain, nous pouvons aider nos frères égyptiens et tirer enseignement pour nos pays qui vont vers un inconnu plus catastrophique si nous mettons en sourdine nos luttes intestines et mettons fin à cette facilité de jeter l'anathème. Nous ne sommes ni juges ni détenteurs des fichiers personnels sur les uns et les autres pour qualiffier les Frères Musulmans égyptiens de Francs-Maçons. Le faire, c'est faire le jeu de nos ennemis qui veulent brouiller les pistes. Notre devoir est de nous attacher à l'analyse des processus, des phénomènes et de voir du mieux que nous le permet notre expérience, notre logiquie et nos informations, de voir comment se déssine la tendance et quelles sont les perspectives et issues. Au pire des cas nous aurions musclé notre cerveau en lui imposant une discipline et une rigueur même en nous trompant dans nos analyses. Calomnier nos frères en religion, même si nous ne partageons pas leur analyse et leur mode opératoire est un grave péché. Qu'Allah nous préserve de l'ego incitateur au mal.

Omar Mazri – liberation-opprimes.net