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Algérie – Acte 1 de la grande équation : Rupture ou statu quo

Sur l’immense scène de l’Algérie les acteurs sont en place. L’acteur principal : le peuple On dit qu’il est manipulé par le pouvoir. C’est possible que le pouvoir cherche à récupérer la colère et la…

R Par Rédaction  ·  9 mars 2019

Sur l’immense scène de l’Algérie les acteurs sont en place.

L’acteur principal : le peuple

On dit qu’il est manipulé par le pouvoir. C’est possible que le pouvoir cherche à récupérer la colère et la faire évacuer, c’est possible qu’il soit l’instigateur et l’organisateur de ces manifestations. Dans un pays pris dans la toile du grand myriapode de l’oppression et de de la diversion c’est possible. Mais que ce soit vrai ou faux, les millions de personnes nous rappellent les manifestations de 1961 contre la présence française en Algérie.

Cependant, le pouvoir ne peut ni prendre le risque, ni disposer du savoir et des compétences pour réaliser une telle mobilisation. Les slogans et les affiches témoignent du ras le bol populaire et de la détermination des Algériens à provoquer la rupture par des voies pacifiques :

« Algérie indépendante »

« Algérie libre et démocratique ».

« Peuple souverain »

Il est vrai qu’on peut rester sidéré par la qualité de l’organisation, le pacifisme des manifestants jusqu’à douter de ce peuple qu’on a méprisé et occulté. Ce peuple est vivant, il ne fera pas marche arrière. Il y a dans la vie des peuples, des moments mystiques qui rentrent dans ce qu’on appelle la métahistoire et qui ne peuvent s’expliquer par les schémas classiques des révolutions, des printemps arabes et des mouvements corporatistes. Malek Bennabi disait que l’âme d’un peuple est indestructible. Notre peuple a une âme de résistant, même s’il a souvent agi dans l’anarchie et la violence.

La violence et l’anarchie collées à la réputation du peuple algérien ne sont pas des tares génitales, mais le résultat d’un processus de destruction de l’identité algérienne pour le pousser à la révolte puis le réprimer par la force des armes, pour le pousser au désordre puis lui interdire toute forme d’organisation et continuer dans la confusion et la peur à le manipuler et à le priver de sa liberté et de ses ressources.

J’ai travaillé comme cadre supérieur, dans plusieurs secteurs d’activité, avec une proximité sociale et culturelle avec les gens du commun, ils ont toujours répondu présent pour me soutenir. Ma traversée des déserts est le fait des bureaucrates corrompus, des gouvernants médiocres et des élites vassales et incompétentes qui continuent d’appliquer la règle « Il faut abattre l’arbre qui vous fait de l’ombre ».

Aujourd’hui le peuple algérien fait de l’ombre au régime qui a perdu toute légitimité. Il fait de l’ombre aux élites de la politique, de la dévotion bigote, de la société civile et des microcosmes intellectuels. Tous repus à la mamelle de la rente, tous au garde-à-vous devant la baïonnette qu’ils appellent à la rescousse pour mater ce peuple rebelle, et une fois la sale besogne accomplie, ils lui demande les clefs du pouvoir alors qu’ils sont l’antichambre du pouvoir réel et les marionnettes des cabinets occultes.

Le peuple, terrorisé par la répression, anesthésié par la rente et la corruption, mis en situation d’aliénation morale et culturelle, ne pouvait que plier faute d’élite noble et généreuse à l’avant-garde de sa libération.

L’acteur secondaire : le Pouvoir

Aujourd’hui, il est dans une posture où non seulement il a perdu toute légitimité, mais il n’a plus l’initiative. Leur idole peut décéder d’un moment à l’autre, leur fétiche peut perdre les élections, leur totem ne dispose plus de rente à distribuer ni de voix crédibles.

Les Forces de sécurité et les Forces armées n’ont pas de cible désignée pour tirer et faire carnage. Ils sont au carrefour décisif. Même la peur, la panique, la rente et la corruption ne peuvent les pousser à agir dans la confusion et l’absence de chef véritable qui assumera toutes les responsabilités en cas de dérapage, de violences, d’insurrection, de désobéissance civile ou de grève générale. La force organique et la faiblesse morale du policier et du militaire sont dans leur discipline et leur soumission à la hiérarchie. L’autorité suprême du pays est vacante : qui aura le courage de donner des ordres et des instructions insensés, criminels ? Qui est le criminel et l’insensé qui va obéir et exécuter le sale boulot ? Il y a des crapules, partout, civils et militaires qui peuvent torturer, enlever, assassiner, manipuler, mais les corps constitués ne peuvent agir à l’aveuglette.

A chaque échelon du commandement, il y a des Etats-majors qui évaluent les situations et traduisent les ordres supérieurs en ordre de combat ou de répression que leurs troupes exécutent. L’expérience égyptienne et tunisienne montre les limites militaires et policières face à un peuple dans la rue. Le peuple sans leader ou pris en charge par des imposteurs et des usurpateurs, comme les Frères Musulmans à titre d’exemple ou les progressistes laïcistes sans attache avec le peuple, peuvent s’emparer du mouvement populaire infantile et le livrer comme une proie facile à ses nouveaux maitres que l’Empire a désignés comme « Interlocuteurs valides ».

Qui va emporter la décision finale, les éradicateurs armés qui peuvent tenter l’aventure ou les officiers subalternes, les sous-officiers et les hommes de troupe qui gardent intactes leur origine et leur proximité sociale ? Je ne sais pas, je ne suis pas dans les rangs. J’implore Dieu qu’il fasse triompher la sagesse et qu’il jette l’effroi dans le cœur de ceux qui n’ont pas peur de l’effusion du sang de leurs compatriotes.

Historiquement parlant, le système est fini, il va s’effondrer. Il peut tenter le tout pour le tout, mais il est fini atteint par la limite d’âge. Le peuple, libre ou « manipulé » a dit son choix :

« Régime dehors »

Même s’il fraude devant la démission du peuple, il a perdu toute légitimité sur la scène internationale. L’Empire lui fera faire des concessions qu’il ne pourra jamais faire, car il s’exposera aux pires châtiments populaires, mais s’il refuse, ses maitres étrangers lui feront payer cher la facture pour avoir été incapables à les servir. Cruel dilemme shakespearien !

Devant le peuple ou devant les Etrangers ce régime est secondaire, il va s’effacer.

L’acteur militaire et sécuritaire de la « lutte antiterroriste »

Nous avons expliqué depuis quelques années que le pouvoir réel échappe à tous les Algériens. Nous avons expliqué que Bouteflika par sa ruse, sa rente et son appui sur l’Etranger avait confisqué la « lutte antiterroriste » à son profit et récupéré la « réconciliation nationale ». Il avait transformé les maquis islamistes en experts de la rente et mis hors d’état d’agir les chefs des opérations sécuritaires. Le problème qui est demeuré en suspens, faute de transparence et de vie politique, c’est que les commandants militaires opérationnels se considèrent comme les vrais sauveurs de l’Algérie et que le pouvoir leur revient de droit par la légitimité des armes. Le système algérien porte les germes de sa destruction en changeant la forme de la revendication à la légitimité sans ses fondements. Comme les partis politiques algériens, ces guerriers militaires veulent la rente et le pouvoir. Le pouvoir est faible, illégitime, corrompu et aux contradictions sociales, politiques et économiques viennent se greffer les séquelles de l’interruption du processus électoral et les appétits qu’il a engendré. Nous voyons donc ces acteurs intervenir et menacer de nouveau et prétendre qu’ils sont les seuls détenteurs de la légitimité.

L’acteur occulte et diabolique : L’Étranger

Cet acteur met la pression sur le régime agonisant pour obtenir des concessions stratégiques en échange de sa protection et de son expertise pour « sauver les meubles ».

Cet acteur est pointé du doigt par la rue algérienne qui lui dit :

« Pas d’ingérence étrangère, France et États-Unis taisez-vous, le peuple s’exprime »

Cet acteur dispose d’une puissante machine médiatique de guerre psychologique et de subversion idéologique nous n’en doutons pas, mais il a deux problèmes majeurs :

Nous devons le redouter pour rester lucide et efficace, mais nous devons pourvoir le faire reculer et lui inspirer de la crainte et du respect. Nous avons une chance historique de livrer bataille et de la gagner. Nous pouvons la livrer sur tous les fronts si nous nous hissons au rang civilisationnel que nous impose notre position géostratégique, notre religion et notre identité d’Amazigh c’est-à-dire d’homme libre en langue berbère, et d’homme droit et debout en langue arabe.

Il nous livre la bataille sur le plan du « péril vert » : refusons d’entrer dans son jeu. Que les Islamistes algériens assument leurs responsabilités historiques et morales. Les uns refusent de faire une analyse critique de leur rôle dans l’effusion de sang par leur incompétence politique et par leur attitude victimaire qui se contente de dénoncer. Les autres refusent de joindre le peuple parce qu’ils se sont gavés de rentes et de compromissions. Entre l’intégrisme et la bourgeoisie d’affaires, l’Algérien se revendiquant de l’Islam, doit se démarquer en refusant le faux témoignage, l’instrumentalisation de la religion et la quête du pouvoir qui ouvre la porte à la manipulation et aux trahisons. Il faut du courage politique, de la probité éthique et une foi sincère.

Nous voyons que les médias français n’évoquent ni le nom ni la candidature de Ali Ghediri. Si cela nous rassure en tant qu’observateur de la lutte idéologique, il doit inciter les Algériens à plus de vigilance et à plus de questionnement sur le sens de ce déni d’information.

L’Etranger dispose cependant de toutes les pièces du puzzle de nos luttes intestines et il sait les administrer. Le seul rempart est la légitimité par les urnes.

L’acteur opportuniste et irresponsable : les élites algériennes, la société civile et les partis politiques

Nous avons longuement écrit sur leur opportunisme qui les met en situation d’idiots utiles selon l’expression de l’intellectuel français Bourdieu. Nous avons mis en évidence le contenu idéologique dans lequel ils s’inscrivent, refusant les composantes de l’Algérianité sans exclusive et sans exclusion. Nous avons évoqué leur tradition de refuser le verdict populaire et leur illusion de croire qu’ils sont le peuple élu qui va hériter de la terre promise parce qu’ils sont démocrates, instruits et bien en place dans les rouages bureaucratiques de l’Etat déliquescent qu’ils ont infiltré croyant servir leur cause au détriment du peuple algérien.

Leur honte bue en chaque occasion historique de l’Algérie n’est pas nouvelle. Ils ne veulent pas servir le peuple, mais être servi par lui. Ils ne sont pas seulement de la « fausse monnaie intellectuelle », mais de la camelote sociale. Ils suivent les cortèges des manifestants pour se donner bonne conscience et bonne prestance, alors qu’ils ont été toujours un hors champ social et politique, un néant intellectuel, un psittacisme de la Modernité française dont ils ignorent les concepts philosophiques et la genèse historique.

Ils peuvent proposer ce qu’ils veulent, ils ont été et ils continueront à être ce qu’ils sont réellement : Un anachronisme social, un infantilisme politique, une charrue devant les bœufs.

Nous connaissons les artifices de la lutte idéologique pour fabriquer de l’audience et des interlocuteurs valides. Le départ de Ait Larbi va être savamment orchestré en particulier par les berbéristes et les éradicateurs, mais la jeunesse algérienne n’est plus dans les combats d’arrière-garde. Elle partage avec nous le refus de la félonie et de la Hogra. On n’abandonne pas un homme qui vous a accordé sa confiance pour le laisser seul dans la tourmente juste pour des calculs politiciens ou pour répondre aux injonctions des hommes de l’ombre.

Ces super citoyens qui nous promettent un congrès et un consensus sont des demeurés mentaux : ils sont dispersés, sans carte de navigation, sans dénominateur commun idéologique, sans stature intellectuelle, sans consensus depuis l’aube des temps et jusqu’à la nuit des temps. Ils sont dans l’incapacité de nous donner les principes constitutionnels et les critères juridiques pour un congrès ou une Constituante qui décident de l’avenir de l’Algérie alors que ses membres ne sont ni élus ni éligibles. Ils veulent copier la Révolution française sans Mirabeau et sans Robespierre ou la Révolution bolchévique sans Lénine. Ils ne veulent pas de la Révolution, mais ils demandent à l’armée de cautionner les produits des révolutions. C’est ce qu’on appelle faire de la piètre politique par des pitres politiciens.

En réalité ils veulent instaurer le chaos. Qui va décider sans être élus, sans être représentatif, de la langue nationale, de la religion de l’État, du régime de gouvernement, de la durée de la période de transition. Ce sont des questions sensibles qui ne doivent être examinés qu’une fois les nouvelles représentativités populaires sont mises en place par un processus démocratique parachevé par un référendum sur la Constitution rénovée par des experts qui respectent les choix du peuple et qui sont issus du peuple. C’est ce processus qui va dégager l’opposition réelle et le pouvoir réel et non l’inverse.

C’est le processus démocratique qui leur fait peur. C’est Ali Ghediri qui leur fait peur pour son engagement à une vie politique plurielle sans monopole. Cette promesse discrédite les partis laïcistes comme elle discrédite les intégristes, les uns n’ont jamais obtenu le verdict populaire, les autres ont perdu militairement. Tous ces gens-là savent qu’un courant profond et vaste de la société algérienne est pour la rupture définitive ainsi que pour la restauration des droits et la mise en accusation des assassins et des corrompus. Ce courant est représenté par Ali Belhadj qui conserve intact son aura et sa radicalité contre le système. Il est représenté surtout par le courant musulman algérianiste qui veut une Algérie plurielle et souveraine avec un Islam civilisateur et libérateur qui donne à chacun sa liberté de conscience et qui reste attaché à la personnalité algérienne. Nous sommes au cœur de la lutte idéologique, au cœur du drame algérien.

L’acteur piégé : Ali Ghediri ?

Mis sous pression par les imposteurs et les usurpateurs de la société civile, les rentiers de la politique et les médias médiocres, Ali Ghediri se laisse tenter par la rue pour être un simple manifestant noyé dans la foule alors qu’on attendait de lui dans les jours à venir des meetings populaires où :

C’était difficile de ne pas y aller, car il aurait été traité de non citoyen ou de lâche. C’était difficile d’y aller, car il aurait été traité d’opportuniste.

Nous lui avons apporté notre soutien moral. Ce soutien n’est ni inconditionnel ni en échange de contrepartie, il est moral, car nous croyons et nous voulons la rupture et le changement. Nous continuons de croire en ses chances pour trois raisons majeures :

Notre soutien est indéfectible tant que le candidat Ali Ghediri demeure présent. Notre soutien est lié à la volonté de ce peuple. Que ce peuple s’exprime et nous nous inclinons. Nous sommes là pour le servir. Cependant nous devons attirer la vigilance sur cinq points :

Face à tous ces acteurs, la tâche de Ghediri est difficile, mais non impossible. Il a fait les premiers pas, il appartient au peuple de faire le second pas pour une rencontre décisive.

Notre soutien reste donc entier et ferme, mais toujours critique et responsable. Nous soutenons par notre conscience et non par lien organique, puisque Ali Ghediri n’a ni parti, ni appareil, ni armée, ni rente qui nous obligeraient à nous aligner sur son programme.

Bien entendu notre éthique musulmane nous interdit de délivrer des quitus de vertu à quiconque. Chacun doit apporter ses arguments et faire ses preuves.

Omar MAZRI – ALGERIE RUPTURE

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