Après le quatrième vendredi de la « Salmiya » nous allons nous poser quelques questions sans titiller notre nombrilisme de peuple « civilisé » qui donne des leçons de « pacifisme » au monde entier. Je sais que dans l’euphorie générale, mes propos vont être déplaisants. J’assume mes choix car je suis non partisan et ne devant rien à personne.

Considérations générales

Nous connaissons l’acte 1 qui a mis en place les acteurs. Nous avons dit que le peuple est une « âme indestructible », mais nous avons souligné la présence des autres acteurs qu’il ne faut pas négliger.

Nous connaissons l’acte 2 qui a éclairé la scène et posé la problématique de la trajectoire des acteurs : leur convergence et leur divergence tant politiques qu’idéologiques.

L’acte 3 s’ouvre sur une mobilisation générale et de belles images.

Il appelle quelques observations et l’invitation à une réflexion profonde. Il ne s’agit pas de dénigrer le « peuple », mais de s’interroger sur la trajectoire finale d’un mouvement festif et joyeux qui réclame des droits alors que dans la « normalité » il n’accomplit pas ses devoirs, rejetant l’entière responsabilité sur les nuls qui le gouvernent.

Devant l’horreur du passé, la confusion du présent et les tâches immenses de l’avenir nous aurions préféré voir le silence de la dignité, le regard de l’indignation et quelques voix qui expliquent la feuille de route, mais nous sommes un « grand peuple » devant lequel s’incline les autres peuples, alors que lui s’incline devant les coup d’État. Personne ne veut signaler qu’il y a un coup d’État blanc fomenté par les Étrangers.

La première observation : Bedoui, Brahimi, Lamamra fusibles.

Ils sont entrés comme toujours par effraction dans l’État algérien, par servitude aux auxiliaires de l’Empire et sur ordre des prédateurs internationaux sont écrasés médiatiquement par la grande déferlante populaire. Nous allons voir s’il leur est possible de trouver des équipes de gouvernement pour continuer le coup d’État blanc. Ils sont remis en cause et nous approuvons cette mise en cause, car il y a faux témoignage et trahison, mais le processus qui les as propulsés est mis en sourdine. Ce processus est le coup d’État blanc. Rien ne nous interdit de supposer qu’il y a en œuvre une grande opération de communication pour récupérer la « marmite » mise en ébullition. Les acteurs de la revanche « les seconds couteaux » n’ont rien à foutre de la légalité et de la légitimité : le pouvoir seul les intéresse. Les Frères musulmans ont tissé une immense toile sociale, ils n’ont rien à foutre de l’Islam et de l’Algérie : le Khalifat islamique sous l’étendard d’Erdogan et les conseils avisés de Qaradhaoui leur suffisent. L’Algérie est une grande manne.

Les Étrangers sont fatigués de Bouteflika et de ses clans comme ils ont été fatigués de Benali en Tunisie et de Moubarak en Égypte. Les acteurs prétendants sont nombreux ici comme ailleurs, ceux qui ne veulent pas du verdict populaire et qui sont prêts à vendre leur âme pour remplacer les « séniles », les « démocrates », les « islamistes ». Il faut juste observer comment la machine médiatique offre de l’espace à ceux qui se sont mis en situation d’inbitah « a-plat-ventrisme » durant le règne de Bouteflika pour offrir leurs services au « peuple ». Les « sous impérialismes »  tentent par tous les moyens, d’abord « pacifiques » puis « répressifs » de les endiguer vers des appareils et des procédures anciennes pour « renégocier » le partage des rentes, des places dans le système actuel sans changer la nature juste. Il s’agit juste d’un ravalement de façades.

Nous avons l’expérience et l’étude de notre propre histoire et tout particulièrement celle du GPRA en 1962. Nous avons non seulement l’analyse la plus pertinente et la plus exacte de la situation égyptienne, tunisienne, syrienne et libyenne, mais de la situation européenne notamment en Pologne avec la collusion entre le Vatican 2 et les syndicats Solidarność de Lech Walesa. Le colonialisme est expert dans l’art de propulser des leaders parmi ses « interlocuteurs valides », c’est un diable en matière de confusion et de fausses pistes. Il est capable de créer les conditions psychologiques pour imposer ses solutions. Il sait que nous sommes des pygmalions éblouis par notre image ou par celle que nous façonnons par son inspiration alors qu’elles ne traduisent ni la réalité sociale objective ni le désir populaire profond.

Observez comment tous les caciques du système, tous les alliés extérieurs et tous les infantilismes seront sapés, car ils ne sont pas capables de produire des idées ou d’imaginer le changement : ils sont le produit de la pensée unique, de la rente et de l’immobilisme. Le colonialisme a choisi Macron en France et a véhiculé le « jeunisme », une autre forme d’infantilisation sociale et politique pour masquer les intentions du marché et les décisions des oligarques mondiaux.

Est-il possible d’imaginer une institution militaire, détentrice du pouvoir et compétente, déjuger Bouteflika deux fois, en 1978 et en 1992, puis faire appel à lui pour un mandat à vie ? Il y a anguille sous roche.

J’ai publié en 2002 deux documents qui font le parallèle entre les Palestiniens du FATAH à Annapolis et les confréries maraboutiques en Algérie. OummaPointCom ne m’a plus jamais publié et ses commentateurs m’ont traité comme si j’étais Ibn Ar rawandi l’hérétique. Par contre, on ouvre les colonnes aux voies de la subversion pour donner leurs opinions malveillantes sur les musulmans et les héros de la révolution algérienne dans les publications musulmanes en France et algériennes en Algérie. Il faut voir la toile d’araignée et l’araignée dans leur globalité et leur nuisance. Si on se trompe tant pis, on aura donné une fausse piste sinon on aura appliqué le fameux principe de précaution.

Les confréries ont la maitrise de l’Afrique, ils sont les collaborateurs du colonialisme et de l’infantilisation des peuples. Lorsqu’elles montent au créneau médiatique, c’est pour défendre leur idole, lorsqu’elles se taisent c’est qu’elles délibèrent pour changer les apparats de l’idole. L’Algérie est le pays par excellence du Tmarbit et du Tkharbit !  Nous disposons d’un calendrier plus ancien que celui des Juifs, mais nous sommes toujours dans l’incapacité d’édifier un Etat ou d’ériger un monument. Il ne faut pas se mentir et ne pas se voiler la face en sa cachant derrière un gharbal.

La seconde observation :  BHL

Le filousophe n’intervient pas pour faire du « buzz » car il n’a pas besoin de reconnaissance. Il est riche et célèbre. Il travaille pour une cause et il communique avec ses troupes pour les informer des décisions prises par sa hiérarchie et de son soutien à la cause des « révolutionnaires ».

Il a détruit l’Afghanistan en fabriquant l’image du commandant Messaoud et en l’opposant à celle de Qalb Eddine Hekmetiyar. Il fallait briser la présence russe, l’influence islamique et la communauté majoritaire des résistants.

  • Il a détruit la Libye.
  • Il a détruit la Syrie.
  • Il a détruit L’Égypte
  • Il a placé une façade démocratique en Tunisie. C’est une ruse diabolique de nous faire croire qu’il y a un parallèle entre la Syrie et l’Algérie, le parallèle à faire est entre la Tunisie et l’Algérie …
  • Il a fait éclater la Yougoslavie en prenant en charge le Bosniaque Izzet Begovitch lui faisant miroiter la solution islamique dans l’indépendance de la Bosnie Herzégovine.

Les sionistes ont détruit les liens slaves avec la Russie et ont isolé les musulmans européens. Ce qu’ils tentent toujours de faire en France sachant que face à eux il n’y a que des appareils vides et des coquilles islamistes. Ils ont les stupides du Front national comme relais de propagande. Ils ont les « amis de l’Algérie » qui préfèrent les démocrates et les militaires et méprisent les populations algériennes. Ils ont leurs traducteurs du Coran et leurs islamologues.

Ils nous connaissent et ont emprise sur nos mentalités, nos sexes et nos estomacs. Notre festivité et notre fascination, ils la gèrent comme de l’arithmétique élémentaire. BHL intervient comme communicant : Avant les grands événements.

La troisième observation : Ali Belhadj le grand absent

Sa radicalité, la force de son ancien mouvement, le FIS, son courage démentent son absence et soulèvent la nature du caractère « populaire » et « pacifique » envoyé aux décideurs étrangers. Par contre Kamel Guemazi, l’ex président de l’Assemblée populaires de la Wilaya d’Alger qui n’a ni engagement politique réel ni compétence, occupe la scène en faisant office d’imam des partis politiques de l’opposition agréée par le système. C’est effarant comme médiocrité narrative. C’est hallucinant comme message de subversion. Les grands acteurs sont présents.

La quatrième observation : similitude avec le printemps arabe et les révolutions colorées

Pour ne pas faire long et compliqué, ni trouble-fête, j’invite le lecteur à lire sur libération des opprimés mes analyses sur le printemps arabe ou à se procurer mes trois livres (2010 et 2011) qui traitent la problématique en détails :

  • La révolution arabe : mythe ou mystique de l’Histoire
  • Le dilemme arabe et les dix commandements US
  • L’Islamophobie : Deus Machina

Il s’agit d’obtenir des concessions stratégiques aux régimes corrompus en place sinon les chasser et les remplacer par plus corrompus et plus incompétents. Les populations arabes et musulmanes sont des outils de menaces et de subversion et non des dynamiques révolutionnaires ou évolutionnaires. Elles n’édifient pas des ingénieries de changement, elles répondent à l’émotionnel, elles reproduisent les mêmes mentalités.

Je revois les mêmes images, les mêmes discours, le même délire des foules, les mêmes slogans, les mêmes acteurs occultes en embuscade.

La cinquième observation :  les images

Les images sont belles, nettes, bien contrastées et surtout hautement symboliques. Ali Ghediri n’a pas bénéficié, alors qu’il était seul contre le système et ses comparses d’un traitement médiatique conséquent. Je ne vais pas rentrer dans les détails de la grammaire de l’image.

Quand les choses seront plus claires et le clivage plus décisif nous aborderons la sémantique et la sémiologie de l’image pour comprendre les failles de la communication de notre candidat Ali Ghediri et le désir de le saboter car il porte en lui suffisamment de symboles pour se fédérer derrière lui sans problème. Il reste notre candidat s’il dépasse le confinement médiatique et propose des modes d’emploi pour fédérer les forces populaires en ébullition avant qu’elles n’explosent ou se refroidissent par l’effet des lois de la thermodynamique : travail utile ou déperdition. Nous avons proposé les Assemblées populaires comme canevas d’organisation, à lui de se prononcer sur ce thème et de le traduire en ingénierie sociale opérationnelle.

Ceci dit nous allons exposer quelques scènes significatives que nous avons choisi pour les soumettre à celui qui cherche sens :

La liesse populaire et la jonction des forces de sécurité avec le peuple ne doivent pas occulter la réalité. Un arbre ne fait pas la forêt. La place des services de sécurité est de protéger la population et les édifices publics. S’il y a une action, elle doit venir de l’intérieur du système. Ces images, si elles venaient à se multiplier ne seraient que le signe de l’effondrement total de l’État avec toutes les conséquences dramatiques.

L’incendie et le pillage du musée du patrimoine ne doivent pas nous faire oublier les mêmes procédés au Caire, à Bagdad et à Palmyre.

Depuis une dizaine d’années, le phénomène des manifestations de femmes jeunes et belles en voile traditionnel (Haïk d’Alger, d’Oran, Mlaya de Constantine) ne doit pas cacher le combat idéologique. La réaction contre l’importation des symboles de l’islamisme politique des salafistes et des frères musulmans. Les Algériens continuent de se matraquer et d’envoyer des messages ambigus.

Il ne s’agit pas de dire à la France que nos femmes sont belles et libres comme il ne s’agit pas de dire aux intégristes que la revendication identitaire par le vêtement est une arme idéologique.

Nous devons apporter des réflexions politiques et des pratiques sociales contre la manipulation des socio-codes et des géo-codes à des fins partisanes ou sectaires. Nous devons poser la question de la femme dans un cadre plus large et plus authentique : l’émancipation de l’Algérien (homme et femme) de la dictature et de l’ignorance.

La sixième observation :  la convergence des luttes

L’impérialisme est hégémonique, les peuples tout particulièrement ceux de la Méditerranée et tout singulièrement ceux de l’Algérie et de la France doivent tisser des liens d’amitié et de solidarité, converger vers un dénominateur commun qui transcende les langues, les religions, les idéologies et les frontières : lutte contre la domination des marchés et refus de la perte de souveraineté :

« O gens du Livre, élevez-vous à une parole commune entre nous tous : qu’aucun de nous ne prenne l’autre pour maitre …. » Coran

La liberté et la dignité pour nous tous.

En tant qu’Algérien et musulman nous devons déjà nous libérer de l’autarcie et entrer dans le combat de ce qui sape l’humain en tant qu’existence : l’hégémonie satanique.

Conclusion

Quel est le message politique et idéologique des milliers d’images symboliques diffusées ? L’acte 4 de la tragédie ou de la libération des Algériens va se dérouler dans les prochains jours. Ce sera toujours en termes décisifs pour le devenir :

  • Discours et images exprimés par la conjoncture ou éveil imprimé dans les consciences et traduit en dynamique politique et social.
  • Protestation festive ou mise sur pied d’un Etat social, républicain et démocratique.

Le sémiologue Umberto Eco a laissé une citation lourde de sens : pour la démocratie, l’image ne doit pas être une incitation à la fascination et à l’hypnose, mais une invitation à la réflexion.

En tous les cas, bravo aux populations algériennes pour avoir osé défier la peur et l’enfermement. Il faut maintenant aller de l’avant et c’est sur terrain plus difficile que nous attendons les nouvelles élites. Est-ce qu’elles sont capables de déjouer les manœuvres sordides du colonialisme ?

Je n’ai pas prise sur toute la réalité et je ne détiens pas la vérité. J’essaye de ne pas être fasciné et d’adapter ma vision à l’obscurité cachée derrière le trop de lumières. C’est trop parfait pour être vrai ? Nous attendons de voir l’expression populaire se transformer en ingénierie de rupture et de changement pour y croire. Nous avons proposé les Assemblées populaires à revisiter et à reconfigurer.

Omar MAZRIALGERIE RUPTURE