Devant les appels immodérés, irresponsables et incessants des imposteurs de l’Islam politique et des usurpateurs du syndicalisme à bloquer toute possibilité de sortie de crise par une voie pacifique et rapide nous nous rappelons le dicton algérien :

ككنا جزّرا أين كنتم يا خرفان

Lorsque nous étions des bouchers où étiez-vous bande d’agneaux ?

Nous pesons nos mots, car la situation est grave. Nous allons donner un sens au dicton algérien pour comprendre les corbeaux, les vautours et les hyènes de la politique algérienne qui n’ont rien à envier en horreur et en indigence politique aux barons du système :

1 – Lorsque l’industrie algérienne se faisait démanteler et mise aux enchères au dinar symbolique, les « élites » corporatistes et politiques étaient absents. Personne n’a apporté une analyse sérieuse, une dénonciation ou une protestation. Au lieu de réorganiser l’industrie par métiers, de modifier le management et l’adapter à l’économie de marché, de faciliter la culture entrepreneuriale, de mettre fin à l’économie administrée, les Algériens ont sapé leur fleuron économique et stoppé net l’investissement productif.

2 – Lorsque les Janvieristes éradicateurs avaient stoppé le processus électoral et conduit l’Algérie à l’effusion de sang, les « élites » corporatistes et politiques étaient consentantes.

3 – Lorsque la lutte antiterroriste, légitime et légale dans certaines situations, mais répression sanglante injustifiée et intolérable dans d’autres situations jusqu’à devenir un auxiliaire de l’Empire et de ses vassaux, les « élites » corporatistes et politiques ont laissé faire. Il est difficile de comprendre l’alignement actuel de certains cadres du FIS sur les revendications insensées de leurs anciens bourreaux, de leurs délateurs d’hier ? On peut comprendre si on tolère l’esprit de revanche et l’indigence politique des islamistes algériens qui n’ont pas le sens de l’État.

4 – Lorsque Bouteflika se présentait pour la énième fois, de plus en plus impotent et de plus en plus illégitime, les « élites » corporatistes et politiques ont fait campagne pour lui au lieu de s’opposer à sa candidature et faire pression populaire pour qu’il y ait une évolution ou du moins un rajeunissement du système…

5 – Lorsque le sous-sol algérien était donné aux Étrangers qui en devenaient les véritables propriétaires par les concessions, l’exploration, l’exploitation, l’« équipementation », la vente et la fixation des prix, les « élites » corporatistes et politiques n’ont jamais eu une jalousie ou une fierté pour le peuple algérien dépossédé de ses biens.

6 – Lorsque le régime corrompu et médiocre dilapidait des centaines de milliards de dollars sans jamais capitaliser une expérience en matière d’ingénierie de conception, de réalisation, de rénovation, de management et de marketing, les « élites » corporatistes et politiques applaudissaient et beuglaient sur le miracle algérien.

7 – Alors que la santé publique s’effondrait, l’Éducation nationale se sinistrait, la ville se ruralisait, la campagne se paupérisait, le peuple se droguait, la Mosquée fabulait, les « élites » corporatistes et politiques revendiquaient des droits au logement, à la prime, à l’augmentation de salaire, à la rente sans jamais fournir les devoirs du labeur en contrepartie ni ceux de la déontologie syndicale ou politique.

Est-ce qu’on a vu un ordre médical ou un syndicat d’infirmiers demander de la compassion et de l’assistance médicale aux lazarets que sont devenus nos polycliniques et nos hôpitaux publics alors que le privé facturait dix à 100 fois plus cher que le public ?

Est-ce qu’on a vu un syndicat d’enseignant du secondaire, du primaire ou de l’universitaire exiger des plateaux pédagogiques et des pédagogies conformes à notre siècle ? Est-ce qu’il est normal que les espaces des écoles et des mosquées ne soient pas rentabilisés en temps de formation gratuite ou modestement rémunéré au moins en mémoire à nos martyrs, en aide au peuple démuni et en hommage aux investissements colossaux de la période de Boumediene.

Est-ce qu’il est normal de voir les meilleures compétences déserter l’Algérie pour une bouchée de pain, un peu de dignité et de considération alors que les « élites » corporatistes et politiques témoignaient du mépris pour le travail et le courage de ceux qui ne veulent pas servir les despotes et les médiocres.

8 – Après presque 60 ans d’indépendance, nous n’avons toujours pas de langue nationale. Nous bricolons avec deux langues hybrides et une multitude de dialectes incapables de compter au-delà de 14, de décrire les éléments basiques de géométrie, de produire des concepts philosophiques, d’écrire des partitions de musique…  Qu’ont fait les « élites » corporatistes et politiques à ce sujet. Ils ont accompagné l’hérésie de produire des livres d’écoles où sur la même page on écrit de droite à gauche et de gauche à droite, on mélange les symboles latins et arabes, surchargés de signes et de mauvaises chartes graphiques et psychologiques rendant la lecture difficile, éprouvante tant pour le maitre que pour l’élève. Quelle honte.

9 – Tous les analystes et observateurs sérieux attendaient l’irruption du volcan populaire sans que personne ne pouvait en mesurer le moment, la durée et l’intensité, les « élites » corporatistes et politiques en rupture avec la base syndicale ou militante étaient les seuls, avec les énarques bureaucrates, et les médias mainstream du système, à ne pas voir la crise se profiler. Ils allaient normalement en ordre dispersé, mais consentant vers un cinquième mandat. Lorsque la supercherie a été découverte, ils se retrouvent avec l’âme de « réformateurs », de libérateurs. Quels hypocrites mesquins.

Leurs ventres sont remplis de foin qu’ils craignent le moindre règlement de compte qui y allumerait le feu, par solidarité et par tactique, ils allument les contrefeux contre le feu qui va les calciner et les faire évaporer comme des détritus insignifiants et inconséquents. Si le bateau Algérie ne chavire pas dans les jours ou semaines prochaines, nous verrons comment ils prendront les radeaux pour s’enfuir en récompense de leur silence devant le drame des Harragas et de leurs familles, des prostitués, des sans-avenir et des drogués. L’épée de Dieu est la sincérité, elle finira par vous découper comme des rondelles de saucisson et personne ne voudra de vous pour décorer un sandwich aussi triste et aussi long qu’un jour sans pain.

10 – Les empires médiatiques qui ont poussé comme des champignons en Algérie au service de l’aliénation mentale par le mensonge, la désinformation et la fascination n’ont jamais été dénoncés, les « élites » corporatistes et politiques qui trouvent aujourd’hui place dans les colonnes et sur les écrans pour déverser leur haine, leur revanche et leur même incompétence à comprendre et à gérer. Il est étrange de voir toutes ces alliances réunies ensemble si rapidement. Chercher le fil de la rente et vous comprendrez la conjugaison des rentes historiques, religieuses, politiques, sociales et culturelles.

11 – Aucun islamiste ni progressiste n’agit pour l’intérêt de l’Algérie. Chacun veut faire couler l’Algérie pour le triomphe de son idéologie obsolète. Où est l’islamiste algérien qui s’inspire de Malek Bennabi ou d’Ibn Khaldoun. Nos cités dortoirs, sales et sans planification n’ont aucune référence au modernisme de l’architecture américaine, ni de l’architecture française du Corbusier, ni arabo perse d’Al Farabi et sa cité vertueuse (Al Madina al Fâdila).

La vielle ville de Constantine rasée par la médiocrité et la démission de ses habitants sans que personne ne revendique le devoir de mémoire et de protection du patrimoine. La Casbah d’Alger est donnée en restructuration ou en réhabilitation à un architecte français sur fond français comme si l’ennemi d’hier pouvait restaurer ce qu’il a voulu effacer pour ne laisser trace qu’à sa civilisation colonisatrice. Les nouvelles villes n’ont jamais suivi la procédure légale des appels d’offres, des soumissions et des cahiers de charge techniques. Le Président, le ministre ou le Wali décide arbitrairement d’un chantier.

Nous n’allons pas citer tous les maux sociaux, économiques et politiques des massacreurs de l’Algérie. Ce serait une erreur monumentale que d’imputer au Président Bouteflika l’ensemble de nos malheurs. Lorsque le taureau s’affaisse sur le flanc, les couteaux s’aiguisent et découpent la chair. Nous sommes ingrats : nous mangeons dans la soupe et nous crachons dedans (ou dessus) « Na’koulou al Ghalla, wa N’sabbou al Malla ».

Au lieu d’aller à un débat de fond, à une réorganisation politique, à un examen de conscience et à un état des lieux objectif et réaliste nous nous cristallisons sur des formalités et nous poussons le peuple à aller aux extrêmes. A qui profite la mascarade, à qui profite la confusion ? J’ai l’intime conviction que nous assistons à deux combats.

Le premier combat est celui que livre l’ancien système avec ses maitres d’ordre étrangers pour maintenir la situation paralysée le temps de réorganiser le système et de préparer d’autres hommes. Elle est vouée à l’échec à moins d’aller au chaos dévastateur. Pour l’instant la contre révolution est en marche. La démission « précipitée » du Président de la République, la nomination du nouveau gouvernement, la désignation de « sages » vont montrer qu’il s’agit soit d’un acte précipité pris dans la panique et l’incompétence ou qu’il s’agit d’un acte de malveillance planifié avec une logique étrangère à l’œuvre comme en 1992.

J’ai expliqué que Gaïd Salah est le maillon faible de ce combat et il va être attaqué une fois sur le slogan du « vice de forme », une fois sur sa « corruption », une fois sur « Bensalah » l’homme de Bouteflika : qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. Ici les Conseillers du Président doivent être qualifiés de traitres et traduits devant les tribunaux, car ils avaient le devoir de mener le Président à une porte de sortie honorable pour lui et pacifique pour l’Algérie.

Le second combat est celui que livre l’ANP contre les forces de sécurité et les clans maffieux pour se libérer du rôle sécuritaire dans laquelle on voulait la confiner et la salir comme on l’a fait pour le FLN. L’ANP a refusé remarquablement et avec beaucoup de courage et de lucidité les prête-noms de la pseudo transition et du conseil des sages par lesquels ont mettaient en tutelle le peuple et on fermait la porte à la légalité. On pousse l’armée à l’illégalité. Pourquoi ?

Ne perdez jamais de vue l’histoire de l’ALN ! Ne perdez jamais de vue Janvier 1992 ! Ne perdez jamais de vue comment Bouteflika a dégommé les officiers de l’ANP qui ne partageaient pas sa vision ! Ne perdez jamais de vue les deux slogans de plus en plus estompés dans les festivités populaires : « Peuple, Armée : Frères », « Non aux Marocains » que nous avons amplement explicités dans des articles précédents.

Les deux batailles vont continuer de se livrer, la population va servir de détonateur pour la déflagration ou au contraire s’interposer comme en 1962. Les choses ont changé, il est difficile de faire un pronostic. Contentons-nous donc, pour l’instant, des deux hypothèses de travail.

Pour que la lecture soit simplifiée, il faut rappeler que le refus de débattre, de s’organiser et de s’enflammer sur des slogans faciles et affectifs témoigne d’une orchestration diabolique. Nous connaissons la loi du « milieu » et ses relais forts et actifs dans le domaine associatif (sportif, culturel et social) par la rente et le chantage. Nous savons par intuition que ses relais sont organisés en maillages profonds et étalés par des milliers de myriapodes géants et microscopiques. Si ces tentacules sont coupés alors nous verrons l’entrée en jeu de l’argent sale, de la subversion étrangère qui dispose d’une armée de Baltagis sans état d’âme sauf la violence gratuite, le gain facile et l’emprise sous la drogue ou la menace.

La situation a tardé à se réguler, tout est donc possible : le meilleur comme le pire. Les acteurs de 1962 et de 1992 sont toujours actifs et toujours invisibles malgré leurs fausses apparences idéologiques d’islamistes radicaux ou de gauchistes progressistes. J’ai expliqué l’erreur de laisser nos référents historiques sans contenu autre que le consensus mou : la charte de Tripoli, le Congrès de la Soummam, l’Appel du premier Novembre, les illusions de la Modernité et de l’État Nation. Il nous faut beaucoup de courage et de lucidité pour voir la réalité occultée par le chauvinisme, la rente et la perfidie. Aujourd’hui on nous invente un slogan simple : « la légitimité populaire » sans institutions, sans élections, sans responsables, sans débat, sans organisation, sans révolution, sans évolution. Le nihilisme le plus absurde livré à un peuple frustré et ignorant. Lorsqu’on livre des bouc-émissaires à la justice ou à la vindicte populaire c’est qu’il y a ou un infantilisme ou une diversion, les deux sont dangereux.

Les peuples sous-développés et les élites systèmes ne veulent pas faire l’effort de lire l’histoire et la géostratégie. La pratique de la rente avec ce que Malek Bennabi nomme la chose facile ou la chose impossible engendrent la paresse, la Fawda. Pousser l’armée, la seule force organisée pour l’instant, à se déjuger, à entrer en conflit interne, ou à être dépassée par la situation populaire c’est le vœu tant des revanchards internes et externes que des incompétents inaptes à gagner une prochaine élection lorsqu’elle aura lieu.

Est-il normal qu’un homme (moi) qui a passé près de cinquante ans à travailler qui ne dispose que de près de 300 euros pour vivre et qui ne circule qu’en bus et qui ne dispose que d’un appartement de 40 m2 acquis dans le cadre de la cession des biens de l’Etat puisse être désigné comme « privilégié du système » ou « agent au service de l’ANP » lorsqu’il dit des choses déplaisantes, mais vraies ?

Les lièvres profitent de la confusion et de l’absence encore d’un chef charismatique qui s’impose pour régler la crise. La situation ne va pas durer éternellement, nous sommes obligés par nécessité historique de débattre et d’aller au plus logique sinon gare au triomphe de la démagogie et le retour de l’ancien système. L’expérience a montré que nous pouvons devenir le miroir de Satan en beuglant comme le veau d’or, en s’imaginant être des singuliers exceptionnels, ou en faisant confiance à l’image que nous renvoie notre ennemi traditionnel. Celui-ci ne vous donne le titre d’intelligent et de génie que si vous êtes stupides et arriérés, il ne vous dira jamais que vous êtes vilains et retardés lorsque vous l’êtes, car il ne s’encombre pas de vexer l’adversaire qui pourrait s’éveiller, se cultiver, se rappeler puis devenir un ennemi.

Ce même ennemi, avec ses vassaux internes, va vous pousser à faire de la surenchère jusqu’à l’épuisement ou la rupture. Il a juste besoin de cultiver le Pygmalion qui sommeille en chacun de nous et que le Coran appelle le Siyat du Chaytan : remplir le monde de vacarme, boucher les horizons, imposer l’image, cultiver le narcissisme et le vedettariat de ceux qui sont en quête de reconnaissance alors qu’ils n’ont ni compétence, ni légitimité, ni légalité, ni mérite. Connaissant les mentalités des gens du commun, ils savent que la « plèbe » s’enflamme pour le sensationnel, les fables, et le facile.

Le Samaritain des Baní Israël est, dans la Post Modernité, une réalité qui s’apprend dans les écoles de subversion et de marketing politique.

Les islamistes lisent le Coran avec des yeux de morts ou des âmes de frustrés qui compensent la musique par la psalmodie : le contenu et le sens du texte et de la réalité du monde leur échappent.

Les partis politiciens jouant à la politique et les syndicats jouant au corporatisme ne sont pas dans la vérité oppositionnelle, ce sont des organes qui ne tiennent leur existence que par le système de cooptation, des quotas et de la rente, sans légitimité des urnes, sans utilité publique. Ce sont des bouffons de cirque médiatique appelés à jouer une mauvaise représentation théâtrale pas plus. Le syndicalisme algérien est mort en 1965 lorsque Boumediene a fait arrêter les militants de l’UGTA opposés au coup d’état militaire.Les derniers syndicalistes ont été enterrés lorsque l’UGTA et le Tahhadi ont approuvé l’arrêt du processus electoral en 1992. Ils n’ont ni l’envergure ni la probité des anciens syndicalistes morts au champ d’honneur ou internés avec le FLN et l’ALN par le colonialisme dans les camps de Djorf et Lodi.

Les “militants” de ces derniers sont des chouchous en vacance dans des entreprises en faillite sans militantisme politico-syndicaliste.

Omar MAZRI